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Les enfants avant les affaires

Simon Barrington-Ward *

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L'allaitement maternel présente pour tous les nouveau-nés des avantages incontestables; il est surtout essentiel pour les enfants des pays pauvres en raison du danger que représentent les préparations commerciales pour nourrissons. Poussées par la pauvreté, les mères ont souvent tendance à diluer excessivement ces préparations, ou à les mélanger avec une eau douteuse dans des biberons non stérilisés, ce qui augmente le risque d'infections et de décès. Par ailleurs, ces aliments n'ont pas le pouvoir immunisant du lait maternel. Pourtant, malgré les appels lancés par la communauté internationale et en dépit du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel accepté depuis 16 ans par les fabricants d'aliments pour nourrissons, ces industriels continuent à diffuser leurs produits dans les pays en développement sans souci de l'éthique. Il est temps qu'ils mettent fin à cette pratique.

Les miracles ne résistent pas tous à l'examen scientifique, mais le lait maternel est un miracle qui tient bon. Il est sans le moindre doute l'un des meilleurs sauveteurs du monde. La science la plus sophistiquée a mis longtemps à reconnaître et à prouver ce que les mères et les sages-femmes savent depuis toujours - que le lait maternel est ce qu'il y a de mieux pour l'enfant, et qu'aucun substitut ne peut l'égaler.

Le lait de la mère est une substance «vivante» incroyablement complexe qui contient, outre tous les nutriments vitaux nécessaires à l'enfant, des facteurs de croissance qui favorisent le développement des tissus, et des anticorps qui combattent l'infection. Il est toujours à la bonne température, il n'a pas à être coupé, préparé ou stérilisé, il n'exige aucun matériel spécial, et sa sécurité d'emploi ne dépend pas de la qualité de l'eau ou de sa disponibilité. Sa composition change d'une tétée à l'autre, voire au cours d'une même tétée, et sa quantité est fonction de la réponse hormonale de la mère aux besoins de l'enfant. En même temps qu'il renforce les liens entre la mère et son bébé, l'allaitement maternel joue un rôle contraceptif.

L'Organisation mondiale de la Santé et l'UNICEF recommandent de nourrir les enfants exclusivement au sein jusque vers six mois, sans rien leur donner d'autre, pas même de l'eau. On estime qu'à l'échelle mondiale, en améliorant les pratiques de l'allaitement maternel et en réduisant l'emploi des préparations pour nourrissons, il serait possible de sauver chaque année la vie d'un million et demi d'enfants.

Alors, pourquoi 44 % des nourrissons seulement sont-ils nourris exclusivement au sein dans les pays en développement (et moins encore dans le monde industrialisé)? L'une des raisons en est la promotion acharnée des substituts du lait maternel. Ce n'est pas par hasard que les taux d'allaitement maternel sont élevés dans des pays comme le Burundi ou le Rwanda, où le marketing est réduit.

Je suis maintenant fermement convaincu que la promotion systématiquement pratiquée par les fabricants d'aliments pour bébés est contraire à l'éthique, et qu'elle bafoue le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, pourtant signé par les sociétés productrices. En fait, celles-ci avaient même aidé à l'élaboration du Code, qui entend protéger l'allaitement au sein comme un «moyen inégalé de donner aux nourrissons l'alimentation idéale pour une croissance et un développement sains».

En 1981, le Code a été adopté par l'Assemblée mondiale de la Santé sous forme de recommandation aux Etats Membres. Ceux-ci ont été instamment priés d'intégrer les dispositions du Code dans leur législation nationale, pour éviter que les substituts du lait maternel ne soient commercialisés ou distribués par des méthodes susceptibles de nuire à la protection et à la promotion de l'allaitement au sein.

L'industrie a toujours insisté sur le fait qu'elle surveillait elle-même l'application du Code par ses membres. Pourtant une organisation non gouvernementale, l'IBFAN (International Baby Food Action Network: Réseau international des groupes d'action pour l'alimentation infantile), avait des soupçons, et s'est attachée avec ténacité à mener des enquêtes. Elle a réuni assez de preuves de violations du Code pour justifier un boycott des fabricants d'aliments pour bébés.

S'appuyant sur les conclusions de l'IBFAN et s'efforçant d'être justes, les groupes qui ont imposé le boycott l'ont levé, puis réinstauré au fil des années. Aujourd'hui, des groupes religieux, des associations de consommateurs, des entreprises et des syndicats de sept pays militent pour le boycott, sur la base des constatations de l'IBFAN.

Mais, plutôt que de rectifier des erreurs de marketing, le lobby des fabricants d'aliments pour nourrissons a volontairement donné du Code une interprétation erronée. Bien que le titre même indique qu'il s'agit d'un code «international», les industriels soutiennent que ses dispositions ne visent que les pays en développement. Ils ont fait également tout leur possible pour discréditer les conclusions de l'IBFAN, en particulier auprès des gouvernements et des institutions spécialisées des Nations Unies.

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