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 Les enfants perdus

 Présentation : comment les atteindre
   

Un risque incalculable

La vie de ces enfants perdus est menacée dès leur naissance par la malnutrition, la maladie et des conditions de vie malsaines. Ils sont près de 600 millions, issus de familles pauvres, qui vivent avec moins d’un dollar par jour.

Ils se cachent derrière des statistiques choquantes décrivant des populations qui se recoupent : les plus de 200 millions d’enfants qui souffrent d’un retard de croissance, les presque 170 millions d’enfants qui n’ont pas un poids suffisant. Ils font partie des 40 à 50 % d’enfants de moins de 5 ans dans les pays en développement qui présentent une carence en fer. Ils sont parmi les 31 millions de réfugiés ou de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui vivent dans des camps du monde entier et parmi le milliard de personnes qui entameront le nouveau siècle sans savoir ni lire ni écrire.

Ces enfants perdus font souvent partie des minorités ethniques qui ne savent pas s’exprimer couramment dans leur langue nationale et dont les traditions ne font pas partie de la culture dominante de leur pays. Ainsi exclus, ils peuvent aussi se voir refuser le droit à une citoyenneté et à l’éducation, les rendant encore plus vulnérables à l’exploitation.

Ce sont souvent des enfants qui vivent dans des régions isolées, où les écoles et les services de base sont rares.

Le travail est leur seul horizon. À la campagne, des enfants qui n’ont guère plus de 5 ans travaillent dans la ferme de leurs parents ou aux côtés d’adultes dans les exploitations agricoles aussi bien des pays industrialisés que des pays en développement. Parfois, les enfants de moins de 10 ans représentent 20 % de la maind’oeuvre enfantine employée dans les zones rurales.

Des travaux agricoles éreintants, dans une chaleur étouffante ou un froid glacial, de longues heures de travail, des mouvements répétitifs et des poids trop lourds à soulever épuisent leurs jeunes corps. Ils sont souvent exposés aux produits chimiques et aux pesticides : dans les zones rurales, les empoisonnements par les pesticides font plus de victimes que toutes les maladies de l’enfance réunies. Les conditions de travail sont si difficiles que les enfants qui ont la chance d’aller à l’école après une journée de labeur dans les champs sont malheureusement trop exténués pour apprendre.

Un grand nombre de ces enfants perdus sont des filles. La discrimination dont elles sont victimes s’allie à la misère pour ruiner en elles tout sentiment d’autonomie et de respect de soi et limiter leur potentiel. Dans beaucoup de familles pauvres, quand il faut choisir d’envoyer une fille ou un garçon à l’école, c’est le sexe qui fait pencher la balance en faveur du garçon.

Voilà pourquoi des millions de filles sont privées d’éducation et confinées dans des tâches ménagères, travaillant au sein de leur famille ou à l’extérieur dans d’autres foyers. Elles font partie des enfants exploités les moins visibles parce que les tâches ménagères ne sont même pas considérées comme un «travail ». Ce labeur obscur et peu gratifiant expose les filles à d’autres risques : les violences physiques et sexuelles.

Ensuite, et c’est le pire qui puisse leur arriver, des millions d’enfants perdus, surtout des filles, sont entraînés dans l’enfer de la traite et de l’exploitation sexuelle. En raison de la nature clandestine et criminelle de ces activités, les statistiques sont imprécises. Mais selon les estimations, dans la région de l’Asie et du Pacifique, la traite d’enfants et de femmes à des fins sexuelles a fait plus de 30 millions de victimes au cours des trois dernières décennies.

Au Népal, entre 5 000 et 7 000 filles seraient emmenées illicitement chaque année vers des pays voisins. La vie de ces enfants est menacée à long terme par les sévices subis, notamment les traumatismes psychologiques, le risque de grossesses précoces avec les dangers qu’elles entraînent, ainsi que le VIH/sida et d’autres infections sexuellement transmissibles.

Les enfants subissent une autre forme abominable d’exploitation : la conscription ou l’enrôlement de force dans les conflits armés. Ainsi, ces dix dernières années, 300 000 enfants de moins de 18 ans auraient servi dans les forces gouvernementales ou d’opposition d’une myriade de pays.

Au Libéria, un pays ravagé par sept ans de guerre civile jusqu’en 1997, le conflit a obligé 750 000 personnes à quitter le pays et plus d’un million à se déplacer à l’intérieur du territoire, et il a fait plus de 150 000 victimes. Quinze mille enfants, dont certains n’avaient guère plus de 6 ans, ont servi dans l’armée. Ces jeunes que l’on forçait à commettre des atrocités contre leurs propres familles ou leurs villages pour prouver leur loyauté envers leurs chefs étaient considérés comme des combattants irréductibles. Lors de ce conflit bru-tal, des milliers de fillettes ont été réduites à l’esclavage sexuel par les factions combattantes.