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On les entend et on les voit à peine
ces centaines de millions denfants dont les droits sont violés quotidiennement et
de mille manières. Parmi eux, il y a les millions denfants qui travaillent dans des
fermes et des usines, qui se prostituent, qui participent aux conflits armés, les
millions denfants non déclarés à la naissance, tous ceux qui nont pas
deau salubre et qui ne vont pas à lécole, ceux qui ne sont pas vaccinés et
les millions denfants qui vivent dans les rues. Le sort de ces enfants mérite bien
plus que la réponse timide que lui a jusquà présent réservée la communauté
mondiale.
Chaque jour, un nombre effrayant denfants disparaissent
dans le monde. Beaucoup trop de ces enfants perdus --30 500
par jour, 11 millions chaque année-- meurent de causes qui
auraient pu être évitées.
Pour tragiques et absurdes que soient ces décès, ils ne sont pas lobjet de mon
propos daujourdhui. Je veux parler des millions denfants égarés parmi
les vivants. Des enfants que lextrême pauvreté rend pratiquement invisibles, des
enfants qui ne sont pas déclarés à la naissance et qui nont ni nom, ni
nationalité, des enfants dont les droits ne sont pas protégés par les autorités et qui
souffrent dans lanonymat le plus total.
Ces enfants perdus sont les plus exploités, les plus pauvres dentre
les pauvres : enfants soldats, fillettes prisonnières des
maisons closes, petits travailleurs asservis dans des usines,
des ateliers, des fermes et des foyers de notre planète qui
semble si prospère. On leur y vole la santé, le développement,
léducation et souvent même la vie.
Sur les 250 millions denfants de 5 à 14 ans qui sont économiquement actifs, de
50 à 60 millions denfants de 5 à 11 ans travaillent dans des conditions
intolérables.
Pour avoir une idée de leur nombre, imaginez un pays aussi peuplé que les
États-Unis dont toute la population serait constituée denfants
au travail. Imaginez ensuite que, dans cette population, une
classe inférieure denfants, plus nombreux que les habitants
de la France ou du Royaume-Uni, travaillent dans des conditions
si terribles que leur corps et leur esprit ne pourraient se
développer normalement, que leur croissance serait arrêtée
et leur vie raccourcie.
Personne ne tolérerait une telle abomination si elle était visible et concentrée
dans un seul pays. Pourtant, parce quelle est cachée
et diffuse, nous continuons à la supporter, pour notre plus
grande honte et malgré les risques encourus.
*Juan
Somavía est Directeur général de lOrganisation internationale du Travail.
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