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Après 15 ans de campagnes ininterrompues dans le monde entier, la vaccination est à la croisée des chemins. Grâce
aux efforts des gouvernements, des organisations internationales et de centaines de
milliers de bénévoles, la vaccination sauve chaque année 2,5 millions denfants.
Mais dans les pays en développement, 30 millions de nourrissons ne sont toujours pas
protégés et, parmi eux, 11 millions denfants meurent tous les ans de causes
parfaitement évitables. Le monde a aujourdhui deux défis à relever : dune
part, atteindre tous ces enfants et, dautre part, faire en sorte quils
profitent des nouveaux vaccins.
Je ne connais aucune autre initiative qui ait
laissé un héritage aussi important à lhumanité, avec
des effets aussi profonds et positifs, que la vaccination.
Dans dinnombrables hameaux comme dans les centres urbains
les plus peuplés, en Afrique, en Asie, en Amérique latine
ou dans lex-Union soviétique, plus de 100 millions de
bébés sont vaccinés chaque année contre la diphtérie, le tétanos,
la coqueluche, la poliomyélite, la rougeole et la tuberculose.
Des millions denfants sont ainsi sauvés dune mort
certaine et des millions dautres soustraits aux handicaps,
aux déficiences visuelles ou aux lésions cérébrales.
Des générations dadultes en bonne santé
doivent la vie à des vaccins qui les ont protégés dans leur
enfance contre des maladies meurtrières. Les progrès économiques
et humains qui font la fierté de tant de sociétés dépendent
largement de lamélioration de la santé publique, dont
la vaccination est un pilier.
Pourtant, la vaccination nest pas reconnue à sa juste valeur,
particulièrement dans les pays industrialisés, où elle fait partie des acquis. Et dans
le monde en développement, elle ne reçoit pas lattention quelle mérite,
même si son apport a été remarquable au cours des 15 dernières années. Depuis les
années 70, la couverture vaccinale dans le monde est passée de moins de 10 % à près de
75%, sauvant ainsi la vie de 2,5 millions denfants chaque année.
Depuis léradication de la variole il y a plus de 20 ans, rien
nillustre mieux le pouvoir de la vaccination que les succès étonnants enregistrés
par la campagne visant à éliminer la poliomyélite depuis 12 ans. Le monde entier a les
yeux fixés sur les efforts de vaccination qui ont permis de stopper cette maladie, et son
cortège de handicaps, de souffrances et de décès. Les cas annuels de poliomyélite, qui
se chiffraient encore à 350 000 en 1988, étaient en 1999 inférieurs à 7 000.
Grâce à une mobilisation sans précédent en temps de paix, 470 millions
denfants de moins de 5 ans ont été vaccinés en 1999. Cet exploit est le fruit du
désintéressement, du dévouement et des efforts à long terme déployés par le Rotary
International, lUNICEF, lOMS et par plus de 10 millions de bénévoles dans
une centaine de pays.
Ces efforts ont été couronnés de succès. LAmérique
du Nord et lAmérique du Sud ont été déclarées officiellement
exemptes de poliomyélite, et dans le continent européen, seule
la Turquie a notifié quelques cas en 1998. La maladie disparaît
rapidement de la plupart des pays dAfrique orientale
et australe, dAfrique du Nord et de la Péninsule arabe.
En Asie de lEst et dans le Pacifique, le dernier cas
a été notifié en 1997, au Cambodge. En Asie, la poliomyélite
sest aussi retirée mais reste présente en Afghanistan,
au Bangladesh, en Inde, au Népal et au Pakistan. En Somalie,
au Soudan et dans certaines régions dAfrique occidentale
et centrale, elle se maintient encore en raison des guerres,
de la pauvreté et des difficultés daccès dans certaines
régions. Mais le monde est fermement résolu à gagner cette
bataille.
* Le Dr William Foege est professeur émérite de
santé internationale à la Rollins School of Public Health de lUniversité
dAtlanta (État de Géorgie, États-Unis). Il est conseiller principal de la
Fondation Bill et Melinda Gates et enquêteur principal sur les bourses accordées à
lÉquipe spéciale pour la survie et le développement de lenfant.
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