Somalie

Les réfugiés de guerre somaliens retournent chez eux pour aider à jeter les bases d’un système d’éducation national

Par Mike Pflanz

SOMALILAND, Somalie, 10 janvier 2012 – Ali Abdullah se tient debout devant la salle de classe demandant aux élèves leur âge, combien de temps il leur faut pour marcher jusqu’à l’école, combien sont orphelins et dans quelle mesure leurs besoins en termes d’apprentissage ou de développement doivent être comblés.

VIDÉO : le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Eva Gilliam sur un programme, conçu par l'Union européenne, l'UNICEF et des partenaires, pour reconstruire le système éducatif somalien avec le concours des professionnels de l'éducation expatriés.  Regarder dans RealPlayer

 

Ali Abdullah est le directeur de l’ école primaire de Koossar. Il est l’un des milliers d’enseignants participant à un recensement sans précédent des écoles primaires visant à entreprendre la première enquête gouvernementale de grande envergure portant sur les écoles de l’État du nord de la Somalie.

« Auparavant, le Ministère de l’éducation ne disposait pas de données correctes sur les établissements scolaires, juste des informations à titre théorique, des suppositions » affirme-t-il. « Néanmoins, lorsque vous disposez de la bonne information, vous pouvez indiquer le nombre d’élèves, quels articles manquent comme les manuels scolaires, ou les latrines, et le ministère, pourra, à ce moment-là, s’adresser au Ministère des finances ainsi qu’aux bailleurs de fond et leur fournir des éléments concrets et mentionner les besoins. »

 L'enquête gouvernementale qui, avec le temps, deviendra un évènement annuel, fait partie d'un large effort pour réhabiliter et améliorer le systéme d'éducation du pays, directement depuis l'intérieur.

Des systèmes rudimentaires

De nombreuses années de guerre civile n'ont plus laissé aux agences gouvernementales qu’un nombre très limité d’administrateurs qualifiés. Cela implique que pour les ministères de l’éducation en Somaliland et au Puntland, les systèmes de gestion visant à préparer les politiques éducatives, à organiser les examens et à certifier les apprenants ont jusque-là été rudimentaires.

Les écoles manquent d’électricité, d’eau courante, de manuels scolaires, de toilettes et ne disposent pas d’assez de pupitres et bancs. La formation des enseignants est limitée et le paiement de leur salaire dépend largement des contributions de la communauté.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Somalie/2011/Pflanz
Hassan Suleiman dirige une équipe de professionnels de l'éducation somaliens, dans le cadre d'un programme destiné améliorer les capacités du sytème éducatif somalien.

« Ce sont là des éléments fondamentaux qui pourtant devraient sembler normaux, mais en Somaliland, au Puntland et en Somalie centrale et du sud, ils ne le sont pas » a déclaré Isabel Faria de Almeida, Responsable des Services sociaux auprès de la Division somalienne de la délégation de l’Union européenne dans le Kenya voisin.

« Si le ministère ignore combien d’enseignants il emploie, comment peut-il diriger un système ? S’il ne sait pas de quelles ressources il a besoin, ou quelle quantité de manuels scolaires doivent-être imprimés, ou combien d’élèves viennent à l’école, alors ils ignorent quels sont les besoins qui se posent », dit-elle.

Faire revenir les professionnels

Actuellement, l’Union européenne (UE), l'UNICEF, le CfBT Education Trust et l’Africa Education Trust (AET), ont conçu un programme innovateur visant à renforcer les compétences et élargir les capacités des employés du Ministère de l’ éducation. Au coeur de leur stratégie, faire revenir chez eux les Somaliens spécialisés qui ont vécu et occupé un emploi à l’étranger, en vue de travailler avec les cadres du ministère pour que ces derniers puissent leur transmettre leur expérience professionnelle et leur expertise.

Hassan Suleiman est l’un des 10 conseillers techniques a retourner en Somalie. Il  soutien le Ministère de l'éducation et de l'enseignement supérieur du Somaliland dans le cadre du programme de Développement des Capacités Intégrés pour les Administrations Somaliennes de l’éducation (ICDSEA). L'ICDSEA se focalise sur la planification et la politique, les ressources humaines, la gestion financière, le contrôle de qualité et l'égalité entre les sexes.

« Nous nous sommes rendu compte que la capacité institutionnelle en termes de compétences, connaissance, structure – tous les aspects – n’était pas suffisante pour offrir un système d’éducation adéquat », explique Hassan Suleiman qui a grandi en Grande Bretagne après avoir fui la guerre en Somalie. « Nous avons dû dépendre de consultants internationaux pour produire des documents de politique générale de qualité, qui par la suite prennent la poussière sur un rayon car les compétences nécessaires pour leur mise en oeuvre font défaut ».

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© UNICEF Somalie/2011/Pflanz
Des formateurs montrent à un enseignant de l'école primaire de à Burao au Somaliland, comment remplir un questionnaire d'enquête.

Amina Osman, une autre conseillère technique a grandi en Ouganda. Elle travaille à l’harmonisation des différents programmes scolaires des écoles du Puntland ; elle a également la responsabilité de s’assurer que les examens de fin d’année sont d’une qualité soutenue. Tandis que Abdirahman Mohamud, du Kenya, effectue des tests sur un logiciel australien conçu et reçu en don afin de servir à réunir toutes les données tirées du recensement des écoles primaires.

Chacun des 10 conseillers est accompagné de deux stagiaires Somaliens engagés sous contrat en Somalie même afin de devenir les premiers membres d’un nouveau cadre de gestionnaires professionnels du Ministère.

Le même programme est prévu pour le Ministère de l’éducation de Mogadisho, une fois la situation dans le sud du pays améliorée.

Atteindre les filles

Un matin, au Ministère de l’éducation de Garowe au Puntland, Sahro Koshin se tenait devant une assemblée réunissant les personnalités en vue ainsi que les hauts fonctionnaires du ministère afin d’aider au lancement d’un fonds de bourses pour filles. Sahro Koshin qui était partie de Somalie, et a grandi en Hollande, est activement engagée à pousser les filles à fréquenter l’école.

« Les enseignants ne reçoivent aucune formation sur les questions relatives au genre », a-t-elle déclaré après l’évènement. « Dans une salle de classe typique, vous trouverez les filles d’un côté et les garçons de l’autre, et l’enseignant s’adresse toujours aux garçons indiquant par gestes que les filles devraient se taire et les garçons répondre ».

Il « faudra du temps » pour changer ces préjugés profondément enracinés, admet-elle. Mais la situation s’améliorera, affirme-t-elle, lorsque le besoin de dispenser une bonne éducation aussi bien aux garçons qu’aux filles sera enraciné dans tous les aspects du projet politique du Ministère de l'éducation.

« Nous croyons que la seule manière de s’assurer que tous les enfants somaliens auront l’opportunité d’avoir accès à une éducation de qualité est d’aider les autorités du pays à élaborer leurs propres systèmes et politiques, et à former un personnel compétent », déclare Sikander Khan, représentant de l’UNICEF en Somalie. Et les filles seront sures d'en bénéficier.

« Un exemple de cette assistance est celui du fonds de bourses pour filles mis en place par les divisions du Genre du Ministère de l’éducation avec l’aide de l’UNICEF. Durant la première année, le fonds offrira à plus 450 filles nécessiteuses les moyens de fréquenter l’école et, peut-être avec une aide supplémentaire, pourra-t-on offrir à des centaines d’autres filles somaliennes déshéritées l’opportunité d’aller à l’école dans les prochaines années ».

« Accroître la capacité des gestionnaires ici, tout préparer pour le futur, c’est la seule façon de garantir que la situation ne sera pas statique », affirme Abdulkadir Yusuf Nur, vice Directeur Général de l’éducation du Puntland. « Ca ira, je le sais. Bientôt, nous n’aurons plus besoin d’aide ».


 

 

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