Burkina Faso

Au Burkina Faso, des dirigeants se réunissent pour débattre de l’importance des investissements dans la nutrition

Image de l'UNICEF
© UNICEF Burkina Faso/2011
Natalie. 18 mois, est maintenant en bonne santé après avoir été traitée contre la sous-nutrition à l’hôpital régional de Kaya.

Par Priscilla Ofori-Amanfo

OUAGADOUGOU, Burkina Faso, 15 septembre 2011– L’ancien Président du Cap-Vert (1991-2001), récemment nommé Émissaire de la nutrition pour l'Afrique de l’Ouest, vient d’achever une visite de trois jours au Burkina Faso avant sa participation à la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur la nutrition organisée à New York le 20 septembre 2011. Dans son nouveau rôle, M. Monteiro débat avec de hauts fonctionnaires sur l'importance des investissements dans la nutrition, non seulement pour alléger le fardeau de la sous-nutrition et de la mortalité de l’enfant mais aussi pour accélérer le développement économique de l’ensemble de la région.

Au Burkina Faso, le premier pays que M. Monteiro a visité en qualité de Militant de la  nutrition, les données fournies par l'Enquête nationale sur la nutrition de 2010 montrent que 35 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent de sous-nutrition chronique et 11 pour cent souffrent de sous-nutrition aiguë.

Une attitude proactive

Le Gouvernement du Burkina Faso est intervenu avec énergie contre les problèmes de nutrition, créant en 2002, au sein du Ministère de la santé, la Direction nationale de la nutrition. En 2007, il a lancé trois initiatives : un cadre de coordination multisectorielle par le biais du Conseil national de la nutrition, une politique nationale de nutrition et un système de suivi et d'évaluation. Bien conscient du fait que des partenariats sont nécessaires pour transposer les programmes à plus grande échelle, le Ministère de la santé a signé des accords avec des organisations de la société civile en 2009 pour améliorer la nutrition au niveau de la communauté et il a renforcé sa collaboration avec des partenaires pour le développement. Résultat, les taux de sous-nutrition fléchissent depuis 2009.

Accompagné par le Ministre de la santé et le gouverneur de Kaya, M. Monteiro a commencé sa mission sur le terrain à l’Hôpital régional de Kaya, dans la région du centre-nord du Burkina Faso. Les capacités de l'hôpital en matière de traitement des enfants souffrant de sous-nutrition ont augmenté considérablement depuis que Save the Children et l'UNICEF lui apportent un soutien financier et technique. Comme l’explique le Dr Coumbo Boly, une pédiatre de l'hôpital : « en 2006 nous nous occupions de 30 enfants sous-alimentés. L'année suivante, ce nombre était passé à 130. En 2010 nous avons été en mesure de traiter 282 enfants et cette année nous avons déjà admis 380 nouveaux enfants. Save the Children couvre tous les frais médicaux pour ces enfants et cela encourage les mères à amener leurs enfants ici », dit-elle.

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M. Monteiro, Émissaire de la nutrition pour l'Afrique de l'Ouest, tient un enfant soigné contre la sous-nutrition à l’hôpital régional de Kaya.

Mobiliser la communauté

En dépit de cet appui si nécessaire, l’'hôpital continue de se heurter à bien des  problèmes, dont le manque de certaines fournitures médicales et de personnel médical qualifié. Il est incapable d'assurer le suivi des besoins nutritionnels des femmes qui sont venues seules de villages éloignés.

Des infirmières ont expliqué à la délégation comment les enfants sont traités avec du lait thérapeutique ou des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) fournis par l'UNICEF et elles ont montré comment elles se servaient d’images lors des entretiens. Au cours de ces discussions, les femmes reçoivent des conseils sur ce qu'il faut manger pendant la grossesse et l'allaitement, et des informations sur la valeur nutritionnelle des aliments.

Cette connaissance a fait une grande différence dans la vie de Natalie, 18 mois, et de sa responsable, Augustine Ouédraogo. « Quand Natalie est arrivée à l'hôpital il y a 13 jours, son corps entier était enflé parce qu'elle était dans un état grave de sous-alimentation. Elle était très faible et malade. D'abord nous l'avons traitée avec des antibiotiques et ensuite nous lui avons donné du lait thérapeutique avant de lui faire prendre de la pâte thérapeutique », a expliqué Mamounata Balima, une assistante en nutrition.

Natalie a perdu sa mère et son père et était déjà sous-alimentée lorsque Mme Ouédraogo l’a prise sous son aile. « Je ne savais pas comment améliorer l’état de santé de Natalie, mais les infirmières m'ont montré comment ajouter les graines de sésame que j'ai à la maison dans le porridge que je lui prépare. Maintenant, elle marche et parle à nouveau parce qu’elle va bien », souligne Mme Ouédraogo.


C'est précisément cette information sur la façon d'enrichir les aliments en utilisant des céréales cultivées sur place qui se propage rapidement au sein des communautés. Durant la deuxième partie de sa mission M. Monteiro s’est rendu au village de Weotenga, dans le centre du Burkina Faso, pour voir les interventions en faveur de la nutrition qui sont menées par la société civile. M. Monteiro a rencontré des femmes de la communauté et les organisations non gouvernementales qui les soutiennent, l'Association Chants de Femmes, Baby International Food Action Network (IBFAN) et leurs antennes locales au Burkina Faso, toutes soutenues par l'UNICEF.

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Mr. Monteiro met with Prime Minister Luc-Adolphe Tiao to discuss Burkina Faso’s nutrition challenges and progress.

Mobiliser la communauté

Alors que l’on accueille M. Monteiro avec une chanson bien rythmée l'allaitement maternel exclusif et l'alimentation complémentaire (une chanson composée par Jeremy Dim, un musicien burkinabé, avec le soutien de l'IBFAN), des membres d’ONG expliquent comment ils travaillent ensemble pour faire bouger les choses en matière de nutrition au niveau communautaire. Les ONG organisent une formation de cinq jours et des cours de sensibilisation pour les organisations communautaires au sujet de l'initiation précoce de l'allaitement, du colostrum (premier lait) à donner aux bébés dans la première heure après la naissance, de l'allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois de vie, des éléments nutritifs riches en alimentation complémentaire, de la consommation de sel iodé, du lavage des mains avec du savon, et des pratiques d'hygiène sûres, y compris la construction et l'utilisation des latrines. Après cela, à charge de l’organisation communautaire de partager ces informations au niveau local.

M. Monteiro a écouté des femmes qui avaient participé à des sessions de formation. « Avant, je nourrissais mes bébés avec des boissons traditionnelles et de l'eau parce que je pensais que ça les rendrait forts. Maintenant, je sais que les bébés n’ont besoin que de lait maternel pendant les six premiers mois de la vie et qu’ensuite nous pouvons leur donner de la nourriture plus solide, comme du gruau mélangé avec les céréales que nous cultivons. Les noix et les graines de sésame sont bonnes pour nos enfants car elles contiennent de l'huile. Nous n'avons pas beaucoup d'argent, mais nous avons tout ce dont nous avons besoin pour que nos familles soient fortes et en bonne santé », dit une femme. Une autre présente avec fierté son fils de 14 mois à M. Monteiro, expliquant qu'il avait été allaité exclusivement au sein jusqu'à l’âge de six mois et qu'il n'avait jamais été admis dans un centre de santé à cause d’une maladie.

Partager une vision

De retour à Ouagadougou le lendemain, M. Monteiro y a rencontré le Premier ministre. En présence des plus hautes autorités du Burkina Faso, il a souligné l'importance d'une vision partagée et d’un effort concerté de tous les partenaires et intervenants pour obtenir des résultats durables en matière de nutrition. Il a également rencontré la Direction de la nutrition et certains de ses partenaires, y compris des organisations bilatérales et multilatérales comme la Banque mondiale, l’Union européenne et l'USAID, les ONG Helen Keller International, Plan, la Croix-Rouge, Terre des Hommes, MSF, APAIB, l'Association Chants des Femmes et Action contre la faim (ACF) et des institutions des Nations Unies dont le Programme alimentaire mondial (PAM), l'OMS et l'UNICEF. La réunion technique comportait une étude de l’ensemble de la réponse du gouvernement au problème de la nutrition, présentée par le Dr Sylvestre Tapsoba, Directeur de la Direction nationale de la nutrition et un exposé, réalisé par l’UNICEF, sur l’appui au gouvernement par les partenaires pour le développement.
 
A la clôture de la réunion, M. Monteiro a félicité le Gouvernement du Burkina Faso pour les efforts concertés qu’il déployés pour relever les défis de la nutrition. « Mon rôle, en tant que militant de la nutrition, est de convaincre les autorités de redoubler d’efforts contre la sous-nutrition. Les partenaires du développement ont un rôle important à jouer mais les gouvernements sont les premiers responsables de l'amélioration de la situation nutritionnelle des populations. Il leur incombe de prendre les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif capital. Au Burkina Faso, les autorités ont déjà entrepris d'importantes initiatives. Ce que le Gouvernement fait dans le domaine, avec l'appui des partenaires est vraiment remarquable. Le Burkina Faso est un exemple pour les autres pays d’Afrique de l’Ouest », a-t-il ajouté.

La visite de M. Monteiro s'est terminée par une conférence de presse où il a réitéré les progrès satisfaisants réalisés par le Gouvernement du Burkina Faso contre la sous-nutrition. « Investir dans la nutrition est un moyen de briser l’engrenage de la pauvreté, d’améliorer le capital humain et, en dernière analyse, d’accélérer la croissance économique », a-t-l conclu.

En 2010, le Gouvernement du Burkina Faso a demandé que le pays fasse partie des pays Early Riser (c’est-à-dire ceux qui sont en tête) dans le Mouvement de transposition à grande échelle de la nutrition (Scaling Up Nutrition Movement, SUN). Ce mouvement insiste sur l'importance de l’amélioration de la nutrition, depuis la grossesse jusqu'au deuxième anniversaire de  l’enfant. La visite de M. Monteiro au Burkina Faso lui a apporté des informations sur les obstacles auxquels se heurte le pays et les progrès réalisés et lui a donné l'occasion de constater de lui-même l'importance de la coordination et des partenariats pour apporter une réponse efficace.

M. Monteiro se rendra à New York quelques jours après son départ du Burkina Faso à l'invitation officielle du Secrétaire général des Nations Unies. Il donnera un discours à la Réunion de haut niveau sur la nutrition et y apportera l’expérience de sa mission sur le terrain.


 

 

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