Angola

L'UNICEF et l'Union européenne soutiennent la formation des enseignants pour stimuler la qualité de l'éducation en Angola

Par Alex Duval-Smith

LUANDA, Angola, 17 janvier 2012 – Aux abords de la route principale, non loin d’une chapelle en ruines, blanchie à la chaux, un jacaranda est en fleurs. Sous l’amas des pétales mauves, des enfants sont assis sur des chaises en plastique aux couleurs vives. Ils observent attentivement leur institutrice. Lucrecia Agostinho dessine des pommes et des oranges sur un tableau déformé.

VIDÉO: un reportage de la correspondante de l'UNICEF, Suzanne Beukes à-propos d'un programmme de formation des enseignants angolais afin qu'ils améliorent la qualité de leurs enseignements et de l'éducation en général.  Regarder dans RealPlayer

 

C’est une scène charmante, sauf pour Lucrecia Agostinho qui sait que cela cache des problèmes sérieux à à l’école primaire de Quipungo et ailleurs dans le pays.

« S’il pleut, nous devons arrêter la leçon », déclare l’enseignante de 47 ans. « Si le vent souffle, nous sommes couverts de poussière et le tableau s’envole », ajoute-t-elle , la voix enrouée. « Je passe la journée à crier. Les classes sont tellement grandes – parfois 40 ou 50 élèves – que les enfants assis dans le fond ne peuvent pas suivre la classe. Les élèves sont distraits – ils regardent les voitures passer. Nous ne pouvons pas constament les surveiller. Au début de cette année, un enfant de cinq ans a été renversé par une voiture. Travailler dans ces conditions demande un immense effort ».

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© UNICEF video
Des enfants étudient dans une classe improvisée en plein air à Lubango en Angola.

Un jeu de rattrapage

Lucrecia Agostinho affirme qu'en Angola qui est sorti de la guerre il y a à peine une décennie, l’éducation est un jeu de rattrapage .

Selon l'IBEP (Inquérito Integrado Sobre o Bem-Estar da População), une enquête du Gouvernement, de la Banque mondiale et de l'UNICEF, plus de 21 pour cent des enfants entre 6 et 17 ans ne sont pas scolarisés en Angola, et que seulement 9,3 pour cent des enfants entre trois et cinq ans vont à la maternelle.

Il n’y a pas assez d’écoles et le matériel y est insuffisant ; la plupart des élèves angolais amènent eux mêmes leurs chaises à l’école tous les matins. En dépit d’une vague massive et continue de recrutement, il y a pénurie d’enseignants.

 La qualité de l'éducation est aussi un obstacle majeur. Parmi les enseignants, la formation est limitée. Toute personne ayant terminé la 3ème peut se présenter au concours des enseignants, et dans la province de Huíla, on est même allé jusqu’à recruter des personnes pour enseigner ayant une formation équivalente à 4 ans de niveau primaire. Des classes surpeuplées et des programmes scolaires archaïques contribuent également à éroder davantage la qualité de l'éducation.

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Soeur Cecília Kuyela, une formatrice d'enseignants, aide les professeurs dans la province de Huíla en Angola, à améliorer leurs méthodes et leur propre éducation.

Au Ministère de l’éducation dans la capitale Luanda, Justino Jerónimo, responsable de la formation des enseignants, insiste. « C’est une chose que d’atteindre l’Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) et de mettre tout le monde à l’école. Mais Il faut également fournir une bonne qualité d’éducation aux enfants ».

La formation des enseignants, une priorité

En 2009, dans la perspective d’améliorer les normes d’enseignement et des écoles, le gouvernement a mis en place un ambitieux programme d’appui à l’éducation primaire, (PAEP ou Programa de Apoio ao Ensino Primário), afin de former dans tout le pays les enseignants aux méthodes modernes d'enseignement et de pédagogie. Trois cent cinquante enseignants-stagiaires ont ainsi été recrutés dans sept provinces. Le programme facilité par l'UNICEF a été financé à hauteur de 4,1 millions d'euros (approximativement 5,2 millions de dollars É.-U.) par une contribution de l'Union européenne.

Soeur Cecília Kuyela est l'une des 30 formateurs d’enseignants de la province de Huíla ; depuis 2009, elle a aidé environ 100 instituteurs et institutrices de la province à renforcer leurs compétences.

« Nous n’avançons pas aussi vite que nous l’aurions espéré » dit-elle. « Nous n’arrivons toujours pas à toucher toutes les écoles – loin de là. Les communications sont mauvaises dans les zones reculées ».

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Des enfants étudient dans une classe improvisée en plein air à Lubango en Angola.

Mais son aide est précieuse à ces enseignants dont elle assure la formation. « Ils ont besoin de cette formation pour comprendre comment établir un lien entre ce qu’ils enseignent et la vie de l’enfant », insiste Soeur Cecília.

« Il faut savoir être créatif. Par exemple, avant d’enseigner à un enfant comment indiquer l’heure, il faut se poser la question de savoir s’il vient d’une famille qui a une horloge à la maison ».

Et, en dépit des problèmes rencontrés au niveau du programme, Sœur Cecília est impressionnée par le niveau d’enthousiasme chez les enseignants. « Certains travaillent de longues heures – enseignent le jour et étudient la nuit – pour améliorer leurs compétences. Le dévouement est remarquable. Il est important que ce programme soit prolongé et élargie aux écoles les plus reculées et défavorisées. »

« La formation de l’enseignant devrait être la première priorité de l’éducation. Un bon enseignant peut arriver à de bons résultats, même sous un arbre, » déclare Justino Jerónimo. « Si vous ne dépensez pas d’argent pour un enseignement de qualité, alors le reste – les écoles, le matériel – ne servent à rien. Qui envisagerait de mettre les commandes d’un avion aux mains d’un pilote sans formation ? Ou sa vie entre les mains d’un médecin qui n’a jamais fréquenté une école médicale ? »


 

 

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