Portraits de l’UNICEF

Royston Wright : apporter les secours

Quand des complications se présentèrent en cours d’accouchement, Achan Akuar eut deux coups de chance.

Elle était en travail depuis deux jours et s’affaiblissait rapidement. Grâce au réseau radio qui couvre le sud du Soudan, on avait pu décrire ses symptômes aux médecins de l’hôpital de la Croix Rouge au Kenya voisin. Ils avaient donné le feu vert pour qu’on l’achemine le plus rapidement possible vers l’hôpital, lequel se trouve à proximité de la base aérienne d’où l’Opération Survie au Soudan des Nations Unies (OLS) lance ses opérations de secours. Dans l’immensité du sud Soudan, on ne trouve pas toujours un appareil ni au bon endroit ni au bon moment, mais dans ce cas-ci, un avion-cargo de type Buffalo était disponible.

Allongée sur un brancard dans la soute, Achan était terrifiée. Elle savait qu’elle risquait de mourir. Elle était gravement déshydratée et endurait de grandes souffrances. C’est alors qu’elle eut un deuxième coup de chance.

Royston Wright dit « le Coquard », un spécialiste de la sécurité travaillant pour l’OLS, se trouvait au nord de Bahr el Ghazal pour évaluer la sécurité des travailleurs humanitaires. Par hasard, il avait dû laisser son avion dans le sud du Soudan et s’était arrangé pour rentrer avec le Buffalo.

A peine monté à bord, le Coquard éprouva une réelle inquiétude. « Je me disais qu’elle risquait d’accoucher là, se rappelle-t-il. Elle était en très mauvais état. »

Toujours prêt

Même si donner aux enfants le meilleur départ dans la vie est une de ses priorités, en général l’UNICEF ne demande pas à ses agents de sécurité d’être doués pour l’obstétrique. Mais comme tous ses collègues, cet ancien soldat de la marine britannique est également aide-infirmier. On le plaisante souvent à cause de la quantité de trousses qu’il trimballe avec lui. Dans ce cas précis, il sortit de son sac une paire de gants de chirurgie et demanda qu’on contacte un infirmier par radio. Mais le temps manquait.

Il apercevait la tête du bébé, mais celui-ci ne bougeait pas. Le Coquard passa prudemment le doigt autour de la tête et du cou. Il se mit à tirer doucement. Il avait dû tourner le petit corps, car avec une légère pression, il le fit sortir d’un coup. C’est alors que la radio grésilla et qu’une voix demanda à quel stade de l’accouchement ils en étaient. Un peu sonné, le Coquard enveloppa le bébé dans une couverture et suivit les instructions de la voix qui lui expliquait comment couper le cordon ombilical.

Les Soudanais sont très traditionalistes, et les petits garçons reçoivent en général le nom de leur père. Mais le bébé d’Achan avait eu un départ inhabituel dans la vie, et quand le Coquard vint lui rendre visite à l’hôpital de la Croix Rouge, la jeune femme lui annonça qu’elle avait appelé son fils « Shiner Pilot », Pilote Coquard.

Achan et Pilote Coquard avaient survécu en dépit des circonstances. Mais quel avenir attend le jeune Pilote ?

Le sud du Soudan a connu dix-neuf années de guerre civile. Ses rares hôpitaux manquent de matériel. La scolarisation est minime ou inexistante. Cependant, le Coquard et ses collègues permettent à l’UNICEF de mener des campagnes de vaccination, de creuser des trous de sonde pour trouver de l’eau potable, de former des enseignants et de donner des livres et du travail aux enfants soldats démobilisés. L’équipe de sécurité ne prépare pas de nouvelles opérations dans le domaine de l’obstétrique, mais dans ce type de boulot, on ne sait jamais…


 

 

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