Portraits de l'UNICEF
Roisin De Burca : relever un défi
« Ce fut une période de défis», affirme Roisin De Burca avec un brin d'ironie.
Roisin De Burca, qui est originaire du Comté de Tipperary en Irlande, a travaillé pour l'UNICEF de 1994 à la fin février 2003.
« Le travail d'agent chargé de la protection de l'enfance évolue avec le temps, explique-t-elle. Il y a constamment de nouveaux défis. » De nouveau, cette idée de défi. Un incident datant de l'époque où Roisin De Burca travaillait en République démocratique du Congo (RDC) donne une petite idée de ce qu'elle entend par là.
En 1997, l'équipe de l'UNICEF basée à Goma (RDC) essayait de venir en aide aux réfugiés qui avaient fui à l'intérieur du pays et étaient pourchassés par les forces rebelles. On demanda à Mme De Burca de se rendre dans la jungle par avion avec un chargé de projet du Haut Commissariat aux Réfugiés afin d'évaluer la situation.
« Un de mes collègues de l'UNICEF qui se trouvait dans l'avion me raconta plus tard qu'il avait pris une photo de nous parce qu'il ne pensait pas nous revoir vivants », se rappelle Mme De Burca.
Ces craintes faillirent se réaliser quand l'Irlandaise et son collègue se retrouvèrent nez à nez avec des rebelles lourdement armés. Mais quels ne furent pas leur surprise et leur soulagement en constatant que ceux-ci ne faisaient preuve d'aucune agressivité. Ils leur indiquèrent que les réfugiés se trouvaient « par là », c'est-à-dire à deux heures et demie de marche. Arrivés à l'endroit indiqué, les agents de l'UNICEF se rendirent compte qu'ils ne retrouveraient pas l'avion à l'heure convenue.
« Par je ne sais quel miracle, les rebelles qui nous accompagnaient ont déniché deux vélos, raconte Mme De Burca. Ils ne trouvaient pas correct que je roule à bicyclette, aussi un des soldats a enfourché le vélo, avec son fusil en bandoulière et moi agrippée à son dos. » Son collègue et elle arrivèrent tous deux à temps pour leur vol.
« Ce qui comptait, c'était les vivants. »
Le jour suivant, Roisin De Burca et son collègue retournèrent auprès des réfugiés.
« En moins d'une heure, j'avais découvert douze enfants, tous sévèrement mal nourris et déshydratés. Je me suis assise à même le sol avec eux et avec une seringue, j'ai essayé de faire avaler un peu d'eau à un bébé déshydraté. Tout à coup, un homme derrière moi m'a demandé ce que je faisais assise là. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. Il m'a dit : « Vous êtes entourée de cadavres. » Je me concentrais tellement sur ma tâche que ça m'était égal que le sol autour de moi soit jonché de corps. Ce qui comptait, c'était les vivants. »
Plus de 3 000 enfants séparés de leur famille ont été retrouvés dans la jungle et ramenés à Goma, pour les mettre en sécurité. La majorité d'entre eux avait moins de cinq ans.
Ensuite, Roisin De Burca devint agente de protection de l'enfance en Sierra Leone. Un poste tout aussi exigeant consistant entre autres à négocier la libération des enfants amenés de force dans les camps rebelles. En pareille situation, le personnel subit une pression énorme et leurs familles se sentent également stressées. Le téléphone mobile est un progrès, selon Mme De Burca.
« Pendant la crise en Sierra Leone, je téléphonais à ma mère au moins trois fois par jour pour l'informer de ce qui se passait. Elle pouvait m'appeler quand elle le voulait. Cela m'a permis de m'atteler à la tâche l'esprit en paix. »
Roisin De Burca devint ensuite chargée de projet pour les crises humanitaires du bureau régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest, basé à Abidjan, en côte d'Ivoire. Quand Mme De Burca téléphone chez elle, on pardonnera à sa mère d'espérer qu'elle ne parlera pas de défi.














