Togo

Au Togo, l’insécurité alimentaire fait de l’allaitement maternel exclusif un défi à relever plus important que jamais

Image de l'UNICEF
© UNICEF/Togo/2007/Pudlowski
Véronique a contribué au développement de l’allaitement maternel à Zowla, son village du Togo, un pays où seulement 28 pour cent des mères nourrissent leurs enfants exclusivement au sein.

Par Essi Fafa Soule

Durant la Semaine mondiale de l’allaitement maternel du 1er au 7 août 2008, l’UNICEF et d’autres groupes de mobilisation organisent une campagne d’encouragement à l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de l’enfant, ce qui pourrait sauver la vie, chaque année, de 1,3 million de nourrissons, selon les estimations des experts.

ZOWLA, Togo, 1er août 2008 – Dans ce village de la région maritime du Togo, la couturière Véronique est bien connue. Elle n’est pas respectée en raison de ses compétences dans la couture mais pour son travail à la tête du groupe local de soutien à l’allaitement maternel.

Chaque semaine, Véronique passe une journée à rendre visite aux femmes enceintes et aux mères, d’un bout à l’autre de la communauté. Son but est de les laisser pratiquer un allaitement maternel adapté, grâce à leurs connaissances et compétences, en abandonnant les pratiques d’alimentation traditionnelles qui peuvent conduire à la malnutrition et à des styles de vie nocifs pour la santé.

Des progrès dans un village

Adjoko, 25 ans, comprend trop bien les choix pénibles auxquels les mères togolaises sont confrontées. Après la naissance de son enfant, la décision de le nourrir au sein exclusivement a été difficile.

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© UNICEF/Togo/2007/Pudlowski
Paul, six mois, a été nourri au sein exclusivement ; il vit dans une région du Togo durement touchée par la malnutrition. Dans cette région, les mères luttent pour continuer à assurer un allaitement exclusif tout en subvenant aux besoins de leur famille.

Elle avait vu bien des mères qui ajoutaient de l’eau ou de la bouillie à l’alimentation de leur nourrisson, pendant ses six premiers mois. Mais, grâce au soutien de Véronique, elle a pu persévérer dans sa décision d’allaitement maternel exclusif. 

« Dans les toutes premières semaines, j’ai pu observer les résultats. Ma fille, Emefa, était en bonne santé, elle grandissait normalement, et elle n’a eu, jusqu’à présent, aucun problème de santé », a dit Adjoko.

Aujourd’hui, près de 7 femmes sur 10 du village de Zowla choisissent l’allaitement maternel exclusif. Ce sont de gros progrès dans un pays où seulement 28 pour cent des mères nourrissent au sein exclusivement et où 108 enfants sur 1 000 meurent avant d’avoir atteint leur cinquième anniversaire, souvent à cause de la malnutrition.

Se heurter à une résistance

Dans d’autres villes, les membres d’un groupe de soutien ne sont pas toujours bien accueillis.

« Si nous ne sommes pas mises en accusation par les femmes les plus âgées, ce sont les maris qui nous mettent à la porte, » a raconté une conseillère en allaitement maternel du village voisin d’Anfoin.

« Le problème, c’est qu’il est dur pour les gens de convenir que leurs habitudes traditionnelles peuvent être contraires à la santé de leurs enfants », a-t-elle ajouté. « Et comme les femmes doivent procurer une bonne partie des ressources du ménage, elles ont tendance à cesser l’allaitement maternel exclusif avant que leur enfant ait six mois, afin d’être libres pour mener à bien leurs travaux. »

Afin de surmonter ces obstacles, l’UNICEF et le Gouvernement du Togo vont poursuivre leur appui aux groupes de soutien à l’allaitement maternel et à d’autres activités au niveau communautaire.

La santé d’une mère, la vie d’un enfant

Il est particulièrement difficile au Togo d’encourager les mères à choisir les meilleures pratiques d’allaitement, a admis M. Vincent Maku, qui fait partie de l’équipe de l’UNICEF au Togo.

« Pour que la mère soit en mesure de remplir son rôle, il lui faut un régime alimentaire sain et équilibré », a-t-il expliqué. « Mais ce n’est pas facile de faire en sorte qu’un régime alimentaire soit satisfaisant à la fois en quantité et en qualité dans un pays où la crise alimentaire constitue déjà un défi considérable. »

Mais ce défi est également une opportunité pour aider les femmes enceintes et les mères allaitantes à se préoccuper de leur santé, a observé M. Maku – car la vie de leurs enfants peut être vraiment en jeu.


 

 

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