En bref : Niger

L’UNICEF et ses partenaires se mobilisent alors que la crise alimentaire au Niger atteint un seuil critique

« Nous n’avons plus rien à manger dans ce village »

Par Bob Coen

GAZOURA, Niger, 3 août 2010 – Les précipitations tant attendues ont commencé à tomber sur ce pays d’Afrique de l’Ouest brûlé par le soleil, mettant fin à l’une des sécheresses les plus dévastatrices de son histoire. Mais le Niger reste en proie à une grave crise alimentaire dont les conséquences sont particulièrement dures pour les femmes et les enfants.

VIDÉO (en anglais) : Juillet 2010 – Le correspondant de l’UNICEF Bob Coen décrit l’urgence alimentaire qui frappe les familles au Niger.

 

« C’est une catastrophe. Nous n’avons plus rien à manger dans ce village » dit Raya Sahi, une mère de dix enfants qui en est réduite à nourrir sa famille avec des baies sauvages et des feuilles.

Peu de secours en vue pour les familles

Comme la plupart des hommes du village, le mari de Raya est parti pour chercher du travail et des vivres. Mais pendant tout le mois qu’a duré son absence, il n’a pu envoyer qu’un sac de grain. Chaque matin, Raya est obligée d’affronter la chaleur accablante avec ses quatre enfants les plus jeunes pour aller ramasser des baies d’anza, un fruit sauvage qui résiste à la sécheresse. Même les petits viennent l’aider.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Niger/2010/Coen
Au Niger, une mère donne du Plumpy'nut à son enfant, une pâte alimentaire à base d’arachides riche en micronutriments que l’UNICEF fournit pour aider les enfants dénutris à retrouver des forces et à reprendre du poids.

« Tout ce qui nous reste, ce sont ces feuilles et ces baies sauvages », dit-elle. « Mes deux filles aînées sont parties mendier dans le village pendant que les plus jeunes m’aident à ramasser les fruits qui nous permettent de survivre. Ce matin, les grandes filles sont revenues les mains vides, mais heureusement, nous avons trouvé des fruits. Voilà où nous en sommes. »

Pour être comestibles, les baies d’anza, très amères, doivent être écrasées, lavées avec du savon et guardées sur le feu pendant trois jours. Une fois cuites, elles seront le seul moyen de subsistance de la famille, bien qu’elles n’apaisent pas beaucoup la faim et offrent une valeur nutritionnelle dérisoire.

Médicaments, matériel et formation

Dans la ville de Doungou, le centre de santé régional croule sous le nombre de bébés atteints de malnutrition et de mères qui désespèrent. Chaque jour, de plus en plus d’enfants sont envoyés dans des Centres de réhabilitation nutritionnelle externes pour malnutrition sévère (dont l’acronyme en anglais est CRENAS).

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© UNICEF Niger/2010/Coen
Deux fillettes au Niger, où une crise alimentaire a provoqué une malnutrition généralisée. De nombreuses familles ne mangent plus que des baies sauvages pour survivre.

« Nous avons atteint un pic de malnutrition, » dit Illa Malaman, chef infirmier. « Nous voyons un grand nombre d’enfants dénutris ces jours-ci parce qu’il n’y a plus rien à manger chez eux. Les mères et autres membres de leur famille ne peuvent plus faire face. »

Tous les enfants de moins de cinq ans et toutes les femmes enceintes reçoivent des soins de santé gratuits au Niger ; L’UNICEF soutient le système de santé publique du pays en approvisionnant les centres de santé en médicaments et en fournitures, et en formant les agents de santé.

Soins spécialisés

Dans les centres CRENAS, les enfants dénutris reçoivent du Plumpy'nut, un aliment thérapeutique prêt à l’emploi fourni par l’UNICEF. Cette pâte nutritive et énergétique est riche en micronutriments et peut produire des résultats spectaculaires en l’espace de quelques jours.

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© UNICEF Niger/2010/Coen
Une mère jette un regard inquiet sur son enfant malade dans l’un des centres de santé ouverts par l’UNICEF pour traiter les cas les plus graves de malnutrition au Niger.

Le Plumpy'nut permet aussi de traiter les enfants à la maison car il ne nécessite aucune préparation. Mais il n’est pas efficace à chaque fois. Les enfants atteints de malnutrition sévère qui ont perdu l’appétit sont envoyés dans des Centres de réhabilitation nutritionnelle intensive (CRENI) qui offrent des soins d’urgence spécialisés.

Ces centres sont administrés par une organisation non gouvernementale internationale avec l’aide de l’UNICEF. Dans les lits, des enfants émaciés s’accrochent encore à la vie alors que leurs mères les regardent avec angoisse, sans pouvoir rien faire.

Bien que la plupart de ces enfants récupèrent lorsqu’ils reçoivent les soins adéquats, la prévention de nouveaux cas est une priorité urgente pour l’UNICEF.

« Un lien vital pour les enfants »

À cette fin, l’UNICEF a aidé le gouvernement à lancer un programme alimentaire général, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et d’autres organisations. Grâce à cette initiative, les mères qui ont au moins un enfant entre les âges de 6 mois et deux ans reçoivent une ration d’huile, de sucre et de farine enrichie.

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© UNICEF Niger/2010/Coen
Les mères et les enfants atteints de malnutrition sont pris en charge dans un centre de santé au Niger.

« Cette initiative est un lien vital pour les enfants », dit Brema Garba Yaya, membre de l’ONG Human Appeal International. « Sans cette intervention alimentaire générale, un nombre beaucoup plus important d’enfants seraient en proie à la malnutrition sévère. Nous allons poursuivre ce programme jusqu’à la saison des récoltes, en décembre. »

Malgré tout, les conséquences de la crise alimentaire se feront sentir à long terme. Les experts de la santé s’attendent à ce que la crise dure encore plusieurs mois, au moins jusqu’aux premières récoltes, à la fin de l’année.

« Nous sommes dans une situation critique. Nous prévoyons une année très difficile du point de vue alimentaire, » dit Elizabeth Zanou, responsable de l’alimentation à l’UNICEF.

« Même si nous avons l’espoir que les pluies produiront une bonne récolte, cette crise se poursuivra jusqu’en octobre, et même plus tard, » ajoute le représentant de l’UNICEF au Niger, Guido Cornale. « Pour les familles qui ont tout perdu, la récupération ne sera pas immédiate. »


 

 

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