En bref : Niger

Au Niger, où même les graines sont amères, l'UNICEF fait face à la dernière crise nutritionnelle

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© UNICEF Niger/2010/Onimus-Pfortner
Ali, chef du village d’Angalnadinao dans la région de Zinder, au Niger, observe qu'à la suite de mauvaises récoltes, 60 personnes, sur les 400 habitants du village ont émigré dans l'espoir de gagner assez d'argent pour acheter de la nourriture pour leur famille.

Par Joëlle Onimus-Pfortner

ANGALNADINAO, Niger, mai 2010 – « La récole de cette année a été désastreuse, » dit Ali, le chef du village d'Angalnadinao. « Pas de dolique, pas de mil, pas d'arachides, rien, absolument rien n'a été récolté. Les récoltes ont été un échec total. »

  Difficile d'imaginer qu'ici, dans la région de Zinder, au sud du Niger, quelque chose puisse jamais pousser dans le sol poussiéreux. Les arbres qui n'ont pas encore été coupés pour faire du feu sont pleins d'épines et secs.

Rekia, la belle-fille du chef revient juste de passer des heures à ramasser du « dilo », une graine d'une couleur vert pâle; la quantité sera à peine suffisante pour un repas. Le dilo a besoin de tremper dans de l'eau pendant une semaine avant de pouvoir être mangé et, même dans ce cas, il est extrêmement amer.

« Certains disent qu'il peut vous donner la diarrhée, » dit Rekia. « Mais que faire? Il n'y a rien d'autre à manger. »

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Rekia, la belle-fille du chef du village d'Angalnadinao, au sud du Niger, vient de passer quatre heures à ramasser du « dilo », une graine qui doit être trempée dans l'eau pendant une semaine avant de pouvoir être consommée. Mais même après ce traitement, elle est amère et les enfants n’aiment pas la manger.

Lutter pour survivre

A cause de l'irrégularité des pluies, la production de céréales au Niger accuse un déficit de près de 120 000 tonnes, une situation particulièrement difficile car la plupart des Nigériens sont des exploitants produisant une agriculture de subsistance. Plus de la moitié de la population – environ 7,8 millions de personnes sur un total de 15 millions – sont considérées comme vulnérables et environ 2,7 millions sont répertoriées comme « en état d'insécurité alimentaire extrême. »

« Ce village comprend environ 400 personnes, » observe Ali. « Soixante ont émigré au Nigéria dans l'espoir de trouver des moyens de survivre. »

Le chef poursuit en expliquant que la situation n'a jamais été si mauvaise. La plupart des hommes du village sont partis, avec ou sans leurs familles. Même à Zinder, la localité importante la plus proche, il n'y a pas assez de travail pour chacun.

« Ceux qui le peuvent vendent leur bétail pour acheter à manger, » dit Ali. « Mais les prix des bestiaux se sont effondrés. Et si vous n'avez pas d'animaux, il n’y a qu’une chose que vous puissiez vendre : votre force de travail. »

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Nana est l'une des femmes du village d'Angalnadinao dont les maris sont partis au Nigéria pour travailler à cause de la crise nutritionnelle au Niger.

Une mère restée seule

Le mari de Nana est l'un des hommes qui ont quitté Angalnadinao pour aller chercher du travail au Nigéria. Elle reste seule avec ses quatre enfants dont l'âge va d'un an et demi à six ans.

« Mon mari s'en va pour une période d'un à deux mois et quand il a gagné assez d'argent, il revient pour nous acheter de quoi manger, » dit-elle. « Nous achetons seulement du sorgho. Cette année, il est difficile de trouver du mil et ensuite c'est trop cher. Quand tout l'argent est dépensé, il part de nouveau. »

Le plus jeune enfant de Nana a récemment été soigné pour malnutrition. « J'ai amené ma fille au dispensaire de Takieta, » se souvient-elle. « Pendant quatre semaines de suite, on lui a donné une pâte enrichie à base d'arachide. Maintenant, elle va bien, mais pour combien de temps ? »

Comme le laisse entendre la question de Nana, les enfants sont souvent les plus touchés dans des situations comme celle-ci. Le gouvernement du Niger et ses partenaires, dont l’UNICEF, s'attendent à près de 380 000 cas de malnutrition aiguë sévère parmi les enfants âgés de 6 à 59 mois au cours de l'année prochaine si l’on ne fait rien de plus pour tenter de résoudre la crise. Et on prévoit 1,2 million de cas supplémentaires de malnutrition modérée.

Programme d'alimentation en cours

Mais des mesures pour prévenir la malnutrition des enfants ont déjà été prises. Le Gouvernement, le Programme alimentaire mondial et l'UNICEF ont par exemple lancé une opération de couverture nutritionnelle à la fin du mois d'avril dans le but d'apporter à 500 000 enfants des rations mensuelles de mélange soja-maïs enrichi pendant quatre mois – jusqu'aux prochaines récoltes.

Néanmoins, il s'est produit une augmentation spectaculaire du nombre d'enfants admis pour malnutrition aiguë sévère dans les centaines de centres de traitement nutritionnel du Niger depuis la mi-avril. Environ 124 000 enfants nigériens au total ont été soignés pour malnutrition aiguë sévère en 2009; au moins la moitié de ces nombreux cas ont été signalés cette année même si le gros des admissions est prévu en juillet et en août.

Dans ce contexte de crise de plus en plus grave, il est essentiel d’assurer à temps une alimentation et des services. Et l'UNICEF joue un rôle important, apportant son soutien aux prestataires de services – dont le gouvernement et les ONG – avec des aliments thérapeutiques, des médicaments et du matériel de première nécessité. 

 Aujourd'hui, l'UNICEF et ses partenaires au Niger s’efforcent d’assurer des capacités adéquates et une bonne prise en charge des enfants et familles des zones les plus affectées, dont les habitants en difficulté du village d'Angalnadinao.


 

 

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