Mauritanie

Questions - Réponses avec Mike Golden : mettre fin à la malnutrition en Mauritanie

Image de l'UNICEF
© UNICEF Mauritanie/2012
L’expert en nutrition, Mike Golden parle avec une participante d’un atelier de formation des agents de santé, soutenu par l’UNICEF, et destiné à leur apprendre comment gérer les complications associées à la malnutrition sévère aigüe, à Nouakchott en Mauritanie.

Par Anthea Moore

NOUAKCHOTT, Mauritanie, 30 avril 2012 – Dans le monde de la nutrition, le Professeur Mike Golden est une célébrité. Il est connu pour avoir développé la Formule 100
(F-100), une base pour des aliments thérapeutiques destinés à traiter la malnutrition.

Mike Golden est de passage à Nouakchott, en Mauritanie, pour former les agents de santé régionaux, les pédiatres et les médecins à la gestion de la malnutrition sévère aigüe et ses complications médicales. L’atelier soutenu par l’UNICEF était suivi par des travailleurs de santé du gouvernement, des ONG et de l’UNICEF.

La formation était d’une importance cruciale pour la Mauritanie. Les régions sud du pays sont  en prise avec une crise nutritionnelle, qui fait elle-même partie d’une plus vaste crise alimentaire affectant les régions sahéliennes d’AfriqueL’insécurité alimentaire touche actuellement quelques 700 000 personnes en Mauritanie. Plus de 35 000 enfants ont déjà été dépistés comme souffrant d’une malnutrition gnénérale sévère, et plus de 5000 d’entre eux souffrent de malnutrition sévère aigüe – un état de santé qui met leur vie en danger. Jusqu'à 12 600 enfants devraient souffrir de malnutrition sévère aigüe cette année.

UNICEF.org : Comment en êtes-vous venu à travailler sur la malnutrition ?

Mike Golden : j'ai débuté ma carrière il y a 40 ans comme gastroentérologue au Royaume Uni. J'ai alors compris que les patient atteints de maladie coeliaque (diarrhée blanche) et de la maladie de Crohn ne mourraient pas de ces maladies, mais de malnutrition. Aussi, quand je suis arrivé en Jamaïque pour étudier la malnutrition, J'ai dirigé une équipe de recherche de 60 personnes pendant 12 ans, étudiant tous les aspects de la malnutrition. Nous avons regardé la biochimie, la neurologie, la psychologie, l'anthropologie, ainsi que les aspects psychosociaux et liés au développement. À la suite de ce travail, nous avons développé la Formule 100 et avons aidé à écrire le manuel sur le  traitement de la malnutrition de l'Organisation mondiale de la Santé [OMS]. 

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L’expert en nutrition, Mike Golden, en compagnie de travailleurs de santé régionaux et de docteurs posent ensemble après une session de formation à Nouakchott en Mauritanie.

UNICEF.org : Pourquoi la F-100 était-elle si importante pour pouvoir traiter la malnutrition ?

MG : En développant la F-100, nous avons utilisé toutes les techniques permettant de concevoir un produit simple à utiliser. Il semble simple, mais il y a beaucoup de science derrière en fait. Celà a pris 17 ans pour concevoir la F-100 de sorte qu'un infirmière n'a plus qu'a ouvrir le sachet et verser le produit dans de l'eau.

UNICEF.org : Quels défis doivent relever les agents de santé en Mauritanie pour traiter la malnutrition ?

MG : Les personnels de santé en Mauritanie  évoluent dans un système de santé qui a besoin d'être développé, avec plus de personnels infirmiers et une meilleure coordination entre les centres de santé et les hôpitaux. Je suis déjà venu en 2007, et la situation s'est améliorée. Beaucoup de monde possède les bases en matière de malnutrition maintenant. Il y a aussi une faculté de médecine et la Mauritanie est sur le point d'ouvrir six écoles d'infirmières. Mais il serait aussi utile d'établir des bureaux de district sur la malnutrition et que l'hôpital et les services de santé soient combinés et habilités à mettre en application une forme de coopération.

UNICEF.org : Pourquoi la malnutrition persiste-t-elle ?

MG : Aucun pays ne pourra se débarrasser de la malnutrition tant qu'il ne connaitra pas la croissance économique et la mobilité sociale. Avoir de la mobilité sociale est très important; elle change les sociétés d'une façon spectaculaire. Là où sévit majoritairement la malnutrition, il y a peu de mobilité sociale. Les personnes  sous-alimentées sont issues des secteurs les plus pauvres de la société. Les docteurs et les classes moyennes viennent de l'élite et ne comprennent pas souvent comment vivent les pauvres.

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L’expert en nutrition, Mike Golden, conduit une session de formation qui enseigne aux agents régionaux de santé et aux médecins comment gérer les complications de la malnutrition sévère aigüe à Nouakchott en Mauritanie.

Les pauvres ont une capacité à survivre étonnante, avec presque rien, mais ils ne peuvent pas se permettre de prendre des risques. Ils ne peuvent pas se permettre de prendre le risque de vous croire quand vous leur demandez de faire quelque chose de novateur. Si je vous demande de dépenser 50 dollars pour quelque chose dont je dis qu'il vous aidera, vous l'essayerez et peut-être que cela marchera. Eux non, ils ne le feront pas. Ils ne peuvent pas se permettre de jouer à pile ou face. Ils attendront jusqu'à ce qu'ils voient que cela marche avec les autres.

UNICEF.org : Que pouvons-nous faire pour aider à mettre fin à la malnutrition ?

MG : Les grands services de santé doivent maintenant trouver comment délivrer leurs services efficacement aux plus démunis dans des endroits comme la Mauritanie. Nous devons maximiser l'efficacité des personnels, pas toujours bien formés, et en petit nombre. Si nous parvenons à mettre en oeuvre un système où les docteurs enseignent aux infirmières qui à leur tour forment les aides-soignants, alors on aura un personnel expérimenté capable de transmettre son savoir aux plus jeunes collègues sans expérience.

Les maladies de la pauvreté, comme la malnutrition, nécessitent des sociologues et des anthropologues médicaux – de gens qui vont dans les communautés, vivent avec elles, les comprennent et les assistent sans chercher à imposer un modèle occidental. Et nous devons également penser en termes innovateurs. Probablement que le téléphone mobile est l’invention la plus importante pour la médecine en Afrique, qui permet aux patients et aux agents de santé isolés d’avoir des avis médicaux.

Nous devons sortir des sentiers battus, vivre avec et comprendre les gens. C’est ce qui fera la différence.


 

 

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