Nutrition

Les graves dégâts nutritionnels du VIH

« Avant, il y avait toujours un adulte présent pour faire le travail - pour semer et pour labourer les champs. Maintenant, avec un adulte sur quatre séropositif dans la région, beaucoup de gens sont trop malades pour travailler ou sont déjà morts, et ce sont les enfants, dont certains n’ont pas plus de huit ou neuf ans, qui doivent se débrouiller tout seul. » Roger Moore, Ambassadeur itinérant de l’UNICEF en Zambie.

Au cours des dix dernières années, l’expérience de l’Afrique face au VIH/SIDA a divergé de celle des pays industrialisés de manière dramatique et terrifiante. Toutes les infections prospèrent dans des conditions de pauvreté, de dénutrition, de carences du système de santé, d’analphabétisme généralisé et de manque de sources d’eau salubre ; c’est aussi vrai en ce qui concerne le VIH/SIDA que pour la tuberculose et la rougeole.

La pandémie du VIH/SIDA et la sécheresse, les inondations, la flambée du prix des produits alimentaires, des décennies de conflit, le déclin économique et les coupures dans les budgets des services sociaux qui l’ont accompagné ont accablé les familles dans de nombreux pays, particulièrement en Afrique orientale et australe. La crise dans les pays d’Afrique australe qui connaissent une forte prévalence du VIH et qui sont exposés à des catastrophes naturelles montre à quel point les mécanismes d’ajustement des communautés et des familles étendues se sont détériorés sous l’impact du VIH/SIDA. À une époque, la plus grande partie des populations pouvaient survivre aux sécheresses périodiques et s’en remettre. Aujourd’hui, les familles vulnérables touchées par le VIH/SIDA se retrouvent dans l’impossibilité chronique de satisfaire adéquatement aux besoins alimentaires élémentaires de leurs membres et les catastrophes naturelles achèvent de les ruiner.

Les taux de dénutrition augmentent sous l’effet de ces multiples menaces. La liaison entre la sécurité alimentaire et nutritionnelle et le VIH/SIDA est à double sens : le VIH/SIDA est susceptible d’aggraver le risque d’insécurité alimentaire et nutritionnelle et cette insécurité peut à son tour accroître la vulnérabilité à l’infection par le VIH et accélérer le passage de l’infection à la maladie. Le VIH/SIDA se répercute négativement de diverses manières sur l’état nutritionnel d’une personne, elle va moins s’alimenter et son l’organisme va faire une utilisation moins efficace des nutriments absorbés ; parallèlement les besoins nutritionnels de la personne vivant avec le VIH/SIDA augmentent étant donné que l’organisme doit combattre le virus et les infections opportunistes. Ces infections opportunistes, comme la diarrhée et la tuberculose, aggravent la condition des victimes qui perdent encore plus de poids. Dans certains hôpitaux des pays d’Afrique australe, plus de la moitié des enfants admis pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère sont séropositifs ; et dans certains services traitant le VIH/SIDA plus de la moitié des patients – adultes et enfants – sont diagnostiqués comme ayant besoin de soutien alimentaire et nutritionnel.

À mesure que le VIH/SIDA s’aggrave, les familles sont confrontées à une pénurie grandissante de main-d’oeuvre ; les adultes tombent malades ou doivent se consacrer de plus en plus aux soins des autres membres de la famille touchés par l’infection ou à s’occuper des orphelins, et ces facteurs réduisent leur capacité de travailler leurs terres ou de gagner un salaire. L’insécurité nutritionnelle peut également aggraver la situation crée par le VIH/SIDA en perturbant encore plus les relations sociales, le système d’éducation et le système de santé, en provoquant des déplacements de population et en accentuant l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants – tous facteurs qui favorisent la propagation du VIH/SIDA.

On estime que plus de 2 millions d’enfants de moins de 15 ans vivaient avec le SIDA en 2007, et faute de traitement près de 50 pour cent de ces enfants infectés mourront avant d’atteindre l’âge de deux ans. À la date de décembre 2007, environ 198 000 enfants dans le monde recevaient un traitement antirétroviral, un progrès par rapport aux 127 300 recensés en 2006 et aux 75 000 de 2005.

« Nos voisins ne sont plus comme avant – ils ont pris leurs distances. Ils devraient prendre leurs distances avec le virus, pas avec nous. » Ammanuel, 13 ans, orphelin du SIDA, Éthiopie [Situation des enfants dans le monde 2002]

La crise africaine a mis en lumière les besoins nutritionnels critiques de tous les enfants séropositifs ou touchés indirectement par le VIH/SIDA comme les orphelins et ceux qui vivent dans des ménages dont certains membres sont infectés. Plus de 15 millions d’enfants de moins de 18 ans sont devenus orphelins à cause du SIDA et un grand nombre se retrouvent livrés à leurs propres ressources. De nombreux autres enfants vivent avec des parents séropositifs qui ne sont plus capables de nourrir leur famille. Les enfants sont souvent les membres de la famille qui souffrent le plus et des études ont montré qu’ils sont victimes de taux de dénutrition beaucoup plus élevés que ceux de la population en général. Une étude a par exemple démontré qu’au Mozambique la prévalence globale des retards de croissance dans les zones touchées par la sécheresse étaient de 37 pour cent et que chez les enfants orphelins de leur mère ce taux était de 56 pour cent.

Une autre difficulté est que les services sanitaires de nombreux pays fortement touchés par l’épidémie ont du mal à prendre en charge les très nombreux patients malades ou dénutris et seule une proportion réduite des populations dans le besoin bénéficient de leur action.

La solution

Les priorités de l’UNICEF dans les domaines de la nutrition et du VIH/SIDA

Combattre le VIH/SIDA est un des cinq priorités centrales que s’est fixé l’UNICEF pour les années 2006-2009. En plus de se concentrer sur la réduction de la transmission mère-enfant du VIH, l’organisation porte maintenant une plus grande attention à la nutrition, aux soins et au soutien des enfants séropositifs ou touchés indirectement par le VIH/SIDA comme les orphelins et ceux qui vivent dans des ménages dont certains membres sont infectés. Les femmes enceintes et allaitantes qui sont séropositives sont également un groupe vulnérable de la population qui requière des soins nutritionnels et un soutien spéciaux.

Notre action consiste premièrement à fournir des conseils et une formation pour les programmes de nutrition au bénéfice des personnes infectées par le VIH ou victimes de ses conséquences : évaluation nutritionnelle et conseils pour les victimes du VIH/SIDA, distribution de suppléments en micronutriments, gestion des conséquences diététiques de la prise de médicaments antirétroviraux.

Une autre des priorités de l’UNICEF est de contribuer au soutien thérapeutique et à l’alimentation d’appoint pour les personnes séropositives qui souffrent respectivement de malnutrition aiguë sévère et de malnutrition aiguë modérée. L’approche du traitement de la malnutrition aiguë implique à la fois des soins en établissement hospitaliers et des soins externes dans la communauté. Cette dernière approche est une manière innovatrice de traiter la majorité des patients qui souffrent de malnutrition aiguë sévère, y compris ceux qui sont séropositifs, à domicile ; elle sollicite la collaboration de la communauté pour identifier précocement les victimes de malnutrition aiguë sévère avant qu’il soit nécessaire de les hospitaliser en raison de complications médicales. Elle permet un traitement efficace – en termes de fourniture de médicaments essentiels, de conseils simples pour les personnes qui s’occupent des malades et d’aliments thérapeutiques spécialement formulés et prêts à l’emploi– qui doivent être distribués sur une base hebdomadaire aux établissements de soins primaires ou à des centres de distribution locaux qui ne soient pas situés à plus d’une journée de marche du lieu de résidence des patients. La mise en œuvre de cette approche est combinée avec les soins en établissement hospitalier dans les cas de complications (habituellement <10 pour cent de tous les cas, parfois plus dans les zones fortement touchées par le VIH) ainsi qu’avec des suppléments alimentaires pour les cas malnutrition aiguë modérée.

Troisièmement, nous fournissons des orientations pour mettre sur pied des programmes destinés à répondre aux besoins nutritionnels et autres des enfants orphelins et rendus vulnérables par l’épidémie de VIH/SIDA ; ceci peut inclure la mise en oeuvre d’une intervention de soutien essentiel ou l’organisation d’un système de transferts monétaires. Cette intervention de soutien essentiel peut comprendre des interventions sanitaires, d’éducation nutritionnelle et de protection ainsi qu’une aide nutritionnelle fournie par le Programme alimentaire mondial. Dans certains pays, l’UNICEF aide le gouvernement à mettre en place ou à élargir un système de transferts monétaires au profit des ménages qui comptent des enfants orphelins – par exemple au Kenya, au Malawi et au Mozambique.

Finalement, l’UNICEF s’efforce d’assurer que la question du VIH soit intégrée dans les stratégies d’intervention d’urgence concernant la nutrition. Les activités concernées comprennent favoriser l’allaitement maternel et fournir des conseils nutritionnels en général et plus spécifiquement aux femmes qui viennent pour continuer à utiliser les services de prévention mère-enfant du VIH, les tests de dépistage du VIH pour les femmes enceintes, la fourniture fiable et l’utilisation appropriée de substituts du lait maternel pour les enfants orphelins et les autres enfants auxquels cela est nécessaire.

Tous les enfants passent des tests de dépistage de la malnutrition aiguë et les personnes qui s’occupent des enfants dénutris doivent pouvoir bénéficier librement de conseils et de services de dépistage pour le VIH, les enfants séropositifs qui sont dénutris reçoivent une alimentation thérapeutique ou des suppléments alimentaires en fonction de leurs besoins ainsi que des soins médicaux appropriés et un traitement antirétroviral s’il est disponible, les enfants qui reçoivent déjà ce traitement doivent être suivis afin de s’assurer que ce traitement n’est pas interrompu. Pour ce qui concerne les adultes, leur état nutritionnel doit être régulièrement contrôlé et les soins nutritionnels appropriés fournis (alimentation thérapeutique ou suppléments alimentaires), ainsi qu’un traitement antirétroviral s’il est disponible. Il est important que le personnel médical intervenant en urgence se familiarise avec les implications diététiques du traitement aux antirétroviraux afin d’assurer que les patients soient correctement pris en charge.


 

 

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