Haïti

La nutrition pendant une épidémie de choléra : un défi pour les mères et les bébés haïtiens

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haïti/2010/McBride
Lucienne Rosière et son fils Sébastien, un bébé de huit mois, sous une « tente pour les bébés » bénéficiant de l’aide de l’UNICEF, dans le camp pour personnes déplacées de Mais Gate, à Port-au-Prince, où le personnel fournit de l’information sur l’allaitement maternel exclusif et la prévention du choléra.

Par Tania McBride

PORT-AU-PRINCE, Haïti, 6 décembre 2010 – Lucienne vit à l’étroit et dans l’insalubrité, sous les tentes de Mais Gate, un camp pour les personnes déplacées par le tremblement de terre de janvier. Mais ses yeux brillent lorsqu’elle regarde Sébastien, son bébé.

Âgé de huit mois et bavant car il fait ses premières dents, Sébastien est un gros bébé qui pèse 11 kg. Il est vif, s’assied, grimpe sur sa mère et peut pratiquement rester debout tout seul. C’est le Brutus de la tente pour les bébés et l’exemple pour les jeunes mamans d’un bébé bien nourri, allaité par sa mère. 

Lucienne attribue la bonne santé et la croissance de Sébastien aux infirmières de la tente. Cette tente est gérée par l’organisation non gouvernementale Concern, qui est aidée par l’UNICEF.

Elle le rappelle : « Avant le tremblement de terre, je n’avais pas la moindre idée de la façon dont on s’occupe d’un bébé, je ne savais même pas comment tenir un bébé, et j’ignorais absolument tout de l’allaitement maternel. D’une certaine manière, c’est grâce au tremblement de terre que j’ai ce garçon en bonne santé. »

Les enfants allaités respirent la santé

Le jour du tremblement de terre, Lucienne se trouvait chez elle avec trois parents. Elle n’a pas été blessée, mais elle n’a pas pu vivre dans sa maison sinistrée et a dû se réfugier dans le camp de Mais Gate, survivant tant bien que mal. Elle s’est rendue chaque jour dans la tente pour les bébés avec Sébastien.

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Le camp de Mais Gate, à Port-au-Prince, fait partie des nombreux camps créés depuis le tremblement de terre du 12 janvier en Haïti. Un bon nombre de personnes déplacées vivent là dans les conditions insalubres.

« J’ai rejoint le camp alors que Sébastien allait bientôt naître », dit-elle. « Avec l’information que j’ai reçue de Mauvette, j’étais préparée à assurer la survie de Sébastien. »

 Mauvette, l’infirmière en chef qui enseignait dans une l’école d’infirmières de Port-au-Prince avant le tremblement de terre, a accompagné plus de 450 femmes dans le cadre du programme de la tente pour les bébés à Mais Gate, depuis son démarrage, début février. Elle insiste sur l’importance de l’éducation non seulement des mères, mais des pères et des autres soignants non professionnels en ce qui concerne le caractère essentiel de l’allaitement maternel exclusif et des soins donnés au nourrisson, au milieu de ces difficultés.

« Un bon nombre de mères se rendant sous la tente avaient nourri leurs bébés à la naissance avec des liquides de tel ou tel type, puis avec des aliments solides avant l’âge de six mois, » constate Mauvette. « En les formant correctement, nous avons pu les convaincre de pratiquer l’allaitement maternel exclusif et leurs bébé respirent la santé. »

L’éducation balaie des mythes

Le personnel de la tente pour les bébés a également travaillé à tordre le cou des mythes accompagnant le tremblement de terre. Par exemple, beaucoup de femmes craignaient que leur lait ait été affecté par le tremblement de terre et soit nocif pour leur bébé. Mauvette et son équipe, comprenant deux infirmières et un psychologue, ont rassuré les mères grâce à des séances éducatives. À présent, ils signalent que 80 pour cent des mères dont ils s’occupent pratiquent l’allaitement maternel exclusif.

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L’infirmière en chef des « tentes pour les bébés » du camp de Mais Gate à Port-au-Prince applique de façon rigoureuse les mesures de prévention du choléra. En particulier, toute personne pénétrant sous une tente doit se laver soigneusement les mains avec du savon.

« C’est extrêmement encourageant dans un pays comme Haïti : des données factuelles concluantes au niveau mondial indiquent que l’allaitement maternel exclusif constitue l’un des moyens les plus efficaces pour la survie de l’enfant, » dit le Dr Mohamed A. Ayoya, Responsable de l’UNICEF en Haïti pour la nutrition. « Ce que nous voyons dans cette tente pour les bébés est repris dans d’autres tentes pour les bébés, aidées par l’UNICEF, dans les programmes thérapeutiques communautaires et également dans des centres de stabilisation pour les enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère. »

Au-delà de l’urgence actuelle, ajoute le Dr Ayoya, il va falloir développer une stratégie durable, à long terme, afin de promouvoir une alimentation adéquate pour les nourrissons et les jeunes enfants, dans tout le pays. « Il faut impliquer beaucoup de monde, des femmes, des hommes professionnels de la santé et des dirigeants traditionnels, » dit-il.

La prévention du choléra

Entre-temps, au camp de Mais Gate, des mares d’eau stagnante se sont formées le long des routes improvisées, et les gens vivent les uns sur les autres, avec peu ou pas d’intimité, sous des bâches ou des tentes de fortune fournies par les organisations humanitaires. Les hommes, les femmes et les enfants vont constamment aux points d’eau du camp afin de remplir les récipients utilisés pour boire, se laver et faire la cuisine.

La tente pour les bébés de Concern est une oasis pendant l’épidémie de choléra qui s’est déclarée en Haïti au mois d’octobre. Chaque personne qui entre dans la tente doit se laver soigneusement les mains avec de l’eau traitée au chlore et du savon. Mauvette veille à l’hygiène des visiteurs. On montre à ceux qui ne se lavent pas assez minutieusement comment ils doivent procéder et on leur expose l’importance de la prévention du choléra.

« Chacune de ces mères reçoit du savon, des sels de réhydratation et des Aquatabs pour les aider à traverser cette période pendant laquelle Haïti est victime du choléra, » explique l’infirmière en chef, faisant allusion aux approvisionnements en vue d’empêcher et de soigner la déshydratation diarrhéique liée aux maladies d’origine hydrique. « Les tentes pour les bébés ne constituent pas seulement un lieu où on enseigne la pratique de l’allaitement maternel exclusif, » dit-elle. « De bien des manières, c’est un lieu pour la survie où on donne aux mères et aux pères l’information qui leur est nécessaire pour garder leur famille en bonne santé et lui permettre d’échapper à la maladie. »

 Lucienne acquiesce. Elle est reconnaissante pour la camaraderie et le soutien dont font preuve le médecin, les infirmières et les autres mères des tentes pour les bébés. Toutefois, elle secoue la tête lorsqu’on lui demande si elle aimerait avoir d’autres enfants. « Ce sont les pires conditions pour élever un enfant, » dit-elle. « Tant que ma situation familiale ne change pas, je ne compte pas faire vivre cette vie à un autre enfant. »


 

 

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