Tchad

En pleine crise alimentaire, des centres de nutrition et de santé aident les enfants au Tchad

Image de l'UNICEF
© UNICEF Tchad/2010/Gangale
Radié Hami et sa fille Achta, un an, au centre de santé et de nutrition qui a récemment ouvert à Moussoro, Tchad.

Par Anne Fouchard

MOUSSORO, Tchad, 27 mai 2010 – Radié Hami serre près d'elle son bébé, Achta, une fille, alors que toutes deux sont en train d'attendre au nouveau centre de santé et de nutrition de Moussoro. La jeune mère est accompagnée par son mari et un oncle. Il s'agit d'une famille de nomades et c'est leur première visite au centre et la première fois qu'ils viennent dans la ville.

Achta, deux ans, est malade depuis trois mois. Ses parents avaient d'abord essayé les remèdes traditionnels comme le beurre fondu pour soulager sa toux. Mais cela n'avait pas marché et Achta continuait à perdre du poids. Finalement, Radié Hami et son mari ont décidé de faire les 20 kilomètres qui mènent au centre de nutrition de Moussoro, la capitale de la province tchadienne de Bar-el-Ghazel qui se trouve dans la ceinture sahélienne de l'Afrique. Appuyés par l'UNICEF et ses partenaires, des centres de nutrition comme celui-ci se consacrent à lutter contre la malnutrition aiguë sévère chez les jeunes enfants de la région.   

Difficultés croissantes

La famille d'Achta est l'une des nombreuses familles qui ont voyagé à travers le désert pour aller chercher de l'aide dans les centres de nutrition. Dans le désert, l'accès aux soins de santé et à l'eau salubre est limité ou inexistant, rendant les enfants vulnérables à la malnutrition et à la maladie.

Comme Radié Hami était malade lorsqu'elle était enceinte, Achta – comme de nombreux enfants de la région – souffrait d’insuffisance pondérale à la naissance. Radié Hami ne pouvait pas l'allaiter au sein car elle était elle-même atteinte de malnutrition. A la place, elle nourrissait sa fille avec du lait de chèvre provenant du petit troupeau qui fait vivre sa famille.

La population de cette région semi-aride est habituée à des conditions de vie difficiles. La malnutrition y est si répandue que les parents ne se rendent souvent pas compte à quel point leurs enfants sont émaciés. Avec des taux de malnutrition se situant depuis une décennie au-dessus des seuils d'urgence, la santé nutritionnelle est devenue un défi permanent au Tchad. Chaque année entre mai et août, les stocks de nourriture provenant des récoltes précédentes arrivent à épuisement et de nombreux habitants ont faim. Cette année est pire que la plupart des autres, le Tchad ayant été gravement touché par la crise alimentaire qui a déferlé sur la plus grande partie de la région et la population a épuisé plus tôt que d'habitude ses maigres réserves. On estime que des dizaines de milliers d'enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition auront besoin en 2010 de soins indispensables à leur survie et d'aide alimentaire dans la ceinture sahélienne du pays.

Avec l'appui de l'UNICEF, 42 centres de nutrition de jour y sont aujourd'hui opérationnels. Alors que la crise alimentaire généralisée se poursuit, ces centres permettent de traiter plus efficacement les enfants souffrant de malnutrition.

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© UNICEF Tchad/2010/Gangale
Des agents humanitaires de l'UNICEF dans un centre de santé et de nutrition appuyé par l'UNICEF, à Moussoro, Tchad, rédigent une demande d'admission pour un enfant atteint de malnutrition aiguë sévère.

Les centres de santé apportent l'espoir

Quand vient le tour d'Achta d'être examinée, un responsable de la nutrition mesure son bras gauche. La circonférence de son bras est inférieure à celle du col très fin d'une bouteille, ce qui veut dire qu'Achta est dans la « zone rouge » : elle est atteinte de malnutrition aiguë sévère. Le responsable de la nutrition calcule que le ratio « poids/taille » de l'enfant est inférieur à 60 pour cent de celui de la valeur médiane d'un enfant de son âge. Alexis, l'infirmier qui s'occupe de la santé et de la nutrition au centre, ausculte la poitrine d'Achta et confirme qu'elle souffre également d'une infection respiratoire.

Le centre ne dispose par des moyens nécessaires pour traiter l'état extrême d'Achta. Alors, elle est orientée vers le centre de nutrition thérapeutique de l'hôpital de Moussoro.
Quand elle a entendu le mot « hôpital », Radié Hami  a frémi. Elle a perdu un enfant, qui est mort à l'hôpital quand il avait 11 mois après avoir été atteint de malnutrition et de diarrhée. La famille n'avait pas les moyens de le faire soigner et quand elle est arrivée  à l'hôpital, il était trop tard.

Aujourd'hui cependant, davantage de centres de nutrition de jour appuyés par l'UNICEF existent dans toute la région, rapprochant des foyers les tests nutritionnels. Dans des cas comme celui d'Achta, ils permettent de détecter la malnutrition aiguë sévère et apportent un traitement plus rapidement. Ils donnent aussi aux mères comme Radié Hami davantage de possibilités pour protéger leurs enfants, même lorsque les pénuries alimentaires sont importantes.

Avec  Achta dans les bras, Radié Hami quitte le centre de santé et descend l'avenue sablonneuse qui conduit à l'hôpital. Un médecin prélève un échantillon de sang et admet l'enfant. Il rédige une ordonnance pour son traitement. Malgré ses faibles pleurs, Achta a à présent une bonne chance de survivre.


 

 

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