Bangladesh

Lutter contre la malnutrition au Bangladesh grâce à l’éducation

Par Guy Hubbard

Un nouveau rapport de l’UNICEF révèle la forte prévalence des retards de croissance chez les enfants de moins de cinq ans et souligne également les vastes possibilités pour que ce problème s’inscrive dans le passé. 

Au Bangladesh, la lutte contre les retards de croissance passe par des visites chez les familles pour leur parler des régimes nutritifs et des comportements sains à la maison.

JAMALPUR, Bangladesh, le 16 avril 2013 – Les pluies de la mousson s’abattent sur le nord-ouest du Bangladesh. Les eaux montantes inondent les champs et les rizières, et les chemins et routes de terres se transforment en boue.

L’UNICEF fait le point sur les agents de santé des villages ruraux du Bangladesh qui luttent contre la malnutrition en sensibilisant la population aux régimes alimentaires, à l’allaitement et à l’hygiène.  Regarder dans RealPlayer

 

Saerni Shirka, agrippée à un petit parapluie mauve, brave la tempête pour aller faire du porte-à-porte dans les villages ruraux qui bordent Jamalpur. Agent de santé des collectivités depuis plus de vingt ans, sa mission consiste à apprendre aux mères comment nourrir leurs enfants au mieux.

Un taux de malnutrition élevé

Les inondations de la mousson, bien que potentiellement destructrices, sont vitales pour l’économie rurale du pays. Les eaux emportent avec elles un riche limon depuis leurs sources himalayennes. Lorsque les eaux se retirent, elles laissent un sol fertile. Les eaux de crue amènent aussi des poissons dans les rivières et les villages, apportant aux pêcheurs modestes une riche source de protéines – et de revenus.

Néanmoins, malgré le sol fertile et les réserves de poisson, les enfants des familles pauvres ne reçoivent pas ici la nutrition qui leur est nécessaire. 

Le taux de malnutrition du Bangladesh figure parmi les plus élevés dans le monde. Quarante et un pour cent des enfants de moins de cinq ans y souffrent de retards de croissance modérés à graves, un indicateur de malnutrition chronique. Beaucoup de leurs parents sont agriculteurs ou pêcheurs. Les agriculteurs cultivent presque exclusivement du riz, et les pêcheurs vendent tout ce qu’ils attrapent pour acheter du riz.

Ici, le riz est l’aliment de base traditionnel. La nutrition qu’il procure n’est pas suffisante pour des enfants en croissance.

Enseigner les bienfaits d’une alimentation variée

« Ici, de nombreuses familles n’ont pas accès aux légumes et au poisson, explique Saerni Shirka. Mais surtout, nous avons réalisé qu’elles ne connaissaient pas les bienfaits de la consommation de légumes, de poisson, ou de ce genre d’aliments en général.  Elles ne savent pas que la diversité des aliments et des nutriments permet d’améliorer la santé d’un enfant. Nous essayons donc de leur apprendre pourquoi c’est important, et comment y arriver facilement ».

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© UNICEF Video
Au Bangladesh, les enfants des familles pauvres ne reçoivent pas la nutrition qui leur est nécessaire. Quarante et un pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent de retards de croissance modérés à graves.

Lorsque les pluies cessent, elle organise une  réunion de mères. Elles y abordent l’importance de l’allaitement au sein exclusivement, de l’hygiène et de l’intégration d’aliments riches en vitamines et en protéines à chaque repas. Tous ces comportements constituent des facteurs clé pour réduire la malnutrition ici.

Le travail de Saerni Shirka s’inscrit dans le cadre d’une initiative conjointe de l’UNICEF et de l’Union européenne pour informer les mères et les femmes enceintes de l’importance de la nutrition et d’une alimentation variée. Ce partenariat  mondial de 41 millions d’euros vise la réduction du taux de malnutrition dans neuf pays en développement.

Dépasser les barrières culturelles

En plus du manque d’informations que comble Saerni Shirka, des restrictions culturelles et des tabous contrôlent également ce qui peut et ne peut pas être mangé. Dépasser ces tabous, voilà qui risque d’être le plus difficile dans la sensibilisation des mères, et Saerni Shirka devra souvent répéter ses leçons aux mêmes groupes de mères, encore et encore.

Doucement mais sûrement, elle sent qu’elle participe au changement.

« Il y a ces fausses croyances, ces traditions, selon lesquelles tel ou tel aliment est mauvais pour les enfants. De nombreuses mères pensent que les légumes ne sont pas bons pour les enfants. Mais à force d’être conseillées et motivées, elles commencent à avoir les bons réflexes, et les bienfaits sont visibles sur les enfants. Ils tombent moins malades, ils courent, ils jouent, ils ont plus d’énergie, ils sont en bonne santé – et ils grandissent en se fortifiant. »

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Saerni Shirka, agent de santé des collectivités depuis plus de vingt ans, organise des réunions avec les mères et rend visite aux foyers des villages ruraux afin de leur apprendre à cuisiner sainement et à adopter des comportements sains à la maison.

Toucher les foyers, au sein des foyers

A la fin de la réunion, Saerni Shirka  suit l’une des mères chez elle pour une session de porte-à-porte. Car c’est dans les maisons des familles que le message a le plus d’impact.

Saerni Shirka mène des sessions de nutrition individuelles avec les mères de jeunes enfants, en leur montrant comment cuisiner des repas nutritifs. Elle fournit également des boites de micronutriments en poudre aux mères d’enfants de moins de deux ans et leur explique comment s’en servir.

Pour Chaya Rani, mère de trois enfants, la journée a été chargée mais utile.

« J’ai beaucoup appris aujourd’hui », affirme-t-elle, «  d’abord à la session habituelle avec les mères, puis ici, chez moi. Elles nous ont tout expliqué sur la nutrition, de l’allaitement au sein exclusivement à l’alimentation d’appoint, en passant par la manière dont il fallait préparer la nourriture. Elles nous ont également dit qu’il fallait changer notre manière de penser en ce qui concerne l’alimentation. »

« Je pense qu’en suivant leurs conseils et leurs démonstrations, tout le monde dans ce village vivra plus sainement », ajoute-t-elle.

Le changement des mentalités, la rupture avec les traditions et les tabous représentent un lent processus. Mais il est vital pour la santé et l’avenir des enfants du Bangladesh, ainsi que pour la santé et l’avenir du pays, d’une manière générale. Si ces traditions et ces tabous persistent ici, la malnutrition persistera également.


 

 

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