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Graça Machel demande que l'on mette fin à l'impunité pour les crimes de guerre contre les femmes et les enfants

13 septembre 2000 – Graça Machel, l’ex-première dame du Mozambique et de l’Afrique du Sud, a fait appel aujourd’hui à la communauté internationale afin de renouveler le sentiment d’urgence à l’égard de la protection des enfants touchés par les conflits armés.

Au moment de diffuser les résultats de la première étude d’importance des progrès réalisés à l’ échelle mondiale depuis la publication de son étude innovatrice de 1996, Étude sur l’impact des conflits armés sur les enfants, Mme Machel a indiqué que, malgré les efforts louables de la part de divers gouvernements, de groupes nationaux et internationaux et d’organismes des Nations Unies, personne n’a assez fait ou agi assez rapidement pour protéger les millions d’enfants victimes de la guerre.

« L’avidité et la recherche du pouvoir ne doivent jamais servir d’excuses pour le sacrifice d’enfants », a indiqué Mme Machel au moment de la diffusion de son rapport à Winnipeg, au Canada.. « En tolérant le fléau que représente la guerre pour les enfants, nous devenons tous complices de la violence et des souffrances dont ils sont victimes », a-t-elle ajouté.

L’étude met en évidence les importantes réalisations des quatre dernières années, notamment l’adoption de nouvelles mesures pour protéger les enfants contre le recrutement militaire et punir les responsables de crimes de guerre dont sont victimes les enfants et les femmes. On y décrit également l ’accent mis sur l’éducation en tant que quatrième pilier du secours humanitaire, ce qui vient ainsi s’ajouter à la nourriture, à l’abri et aux soins de santé.

Le rapport indique toutefois que les droits des enfants font toujours l’objet de graves violations. On estime que 300 000 enfants âgés de moins de 18 ans participent à des conflits, que ce soit en tant que combattants, esclaves sexuels ou porteurs. Au moins 20 millions d’enfants ont été déracinés de leur foyer en raison de conflits. Plus de 2 millions d’enfants ont été tués au cours des guerres de 1990 et des millions d’autres sont morts en raison des maladies et de la malnutrition attribuables à la guerre. En fait, parmi les 10 pays ayant le taux de mortalité le plus élevé chez les enfants âgés de moins de cinq ans, sept sont touchés par des conflits armés.

Le rapport de Mme Machel fait état de plus d’une douzaine de questions d’importance critique. Il indique notamment que le VIH/sida est la menace la plus importante auxquels sont confrontés les enfants des pays touchés par des conflits. De plus, il lance un appel à la prise de mesures visant à atténuer les effets combinés du sida et de la guerre sur les enfants.

« Les circonstances chaotiques et brutales de la guerre aggravent tous les facteurs qui alimentent la crise du VIH/sida, déclare Mme Machel. La guerre brise des familles et des communautés, entraînant des millions de réfugiés et exposant les femmes et les enfants aux risques de violence sexuelle ou de viol systématique utilisés pour terroriser les forces d'opposition. Elle ruine les services de santé qui auraient pu détecter les maladies associées au VIH/sida ou dépister les transfusions sanguines susceptibles de transmettre le virus. La guerre détruit les systèmes d'éducation qui auraient pu enseigner la pré vention et ralentir la propagation de la maladie. Le sida contribue à l'instabilité politique en laissant des millions d'enfants orphelins et en tuant des enseignants, des travailleurs sociaux et d'autres fonctionnaires. »

De façon générale, l’étude communique un sentiment d’impatience croissante à l’égard du mal que les conflits armés continuent à infliger aux enfants, déclarant que « l'humanité n'a pas encore réussi à les protéger contre la guerre ni à leur en épargner les effets pernicieux. » Mme Machel maintient néanmoins qu’elle « continue de croire que les enfants représentent une cause à laquelle il vaut vraiment la peine de se consacrer. Notre impuissance collective à les protéger doit devenir une raison de combattre les problèmes qui sont à l'origine de leurs souffrances. »

Le rapport, qui découle d’une étude indé pendante financée par les gouvernements du Canada et de la Norvège, sert de document de base à la Conférence internationale sur les enfants touché s par la guerre qui a lieu cette semaine, à Winnipeg. Sa préparation a été possible grâce au soutien du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNCIEF).

On y trouve des recommandations précises destinées à la communauté internationale; elles portent sur toute une gamme de questions relatives aux enfants qui se trouvent en situation de guerre, à savoir notamment les enfants-soldats, le VIH/sida, les mines terrestres et les armes légères, la violence sexuelle et l’aide humanitaire. Le rapport demande que l’on mette fin à l’imposition de régimes complets de sanctions, tout en faisant état de la preuve accablante du mal que font ces mesures aux enfants. L’étude soulève également plusieurs thèmes très importants, comme mettre fin à l’impunité des personnes qui commettent des crimes contre les enfants, veiller à ce que les processus de paix fassent une place de choix aux enfants et renforcer les mécanismes de surveillance et de documentation des infractions aux droits des enfants.

La directrice générale de l'UNICEF, Carol Bellamy, a très bien accueilli le rapport, le qualifiant d’étape clé dans la lutte visant à protéger et à respecter les droits des enfants qui se trouvent en situation de guerre. Elle a applaudi l’importance accordée aux thèmes du VIH/sida, du rôle de la femme dans les conflits et de la priorité de l’éducation.

« L’éducation est essentielle à l’épanouissement de l’enfant et lui ouvre des perspectives d’avenir, indique Mme Bellamy. Il ne faut pas négliger cette activité pendant des conflits. L’éducation offre une solution de rechange indispensable permettant de lutter contre le recrutement militaire par les forces armées; elle peut également jouer un rôle critique dans la guérison de l’enfant traumatisé par la guerre et dans la promotion de la paix et de la tolérance. De plus, elle constitue la solution aux problèmes relatifs au VIH/sida en favorisant la sensibilisation, la prévention et la prestation de soins », dit-elle.

La directrice générale d’UNIFEM, Mme Noeleen Heyzer, a également fait l’éloge de l’étude : « Graça Machel met en évidence ce que nous savons déjà, mais que nous continuons à négliger : les femmes et les enfants font l’objet de souffrances disproportionnées pendant les conflits armés. Dans le cas des femmes et des filles surtout, les interventions humanitaires sont insuffisantes et parfois inappropriées. »

Mme Heyzer se réjouit de l’attention accordée au rôle important des femmes dans l’édification de la paix. « Cette étude innovatrice montre comment la communauté internationale peut faire en sorte que cette ressource indispensable - les femmes - soit à la source de tous les efforts d’édification de la paix et de réglemente de conflits. »

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