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Immuniser contre la poliomyélite le dernier enfant non vacciné

Communiqué OMS/60 / 27 septembre 2000 – Avec l’appui d’un large éventail de personnalités du monde des affaires et de responsables de gouvernements, d’organismes du système des Nations Unies et de groupes humanitaires, le Secrétaire général de l’ONU a déclaré aujourd’hui qu’il était possible de gagner la course contre la poliomyélite à condition que les agents de santé soient en mesure de vacciner chaque enfant.

Présentant le plan stratégique pour 2001-2005 qui constituera le dernier chapitre de l’éradication mondiale, le Secrétaire général a déclaré que le départ de la course pour immuniser le dernier enfant non vacciné avait été donné. « Cette course pour vacciner le dernier enfant est une véritable course contre la montre. Si nous ne saisissons pas maintenant la chance qui nous est offerte, le virus se ressaisira et nous aurons perdu cette occasion à jamais. »

M. Annan a fait sa déclaration lors d’une réunion sans précédent des principaux acteurs dans l’effort mondial de l’éradication parmi lesquels on retrouve notamment le Vice-Président de Time Warner, Ted Turner, le Président du Rotary International, Frank Devlyn, le Directeur général de l’OMS, le Dr Gro Harlem Brundtland, et le Directeur général de l’UNICEF, Carol Bellamy, ainsi que des représentants des gouvernements de pays touchés par la poliomyélite, des donateurs du secteur privé comme du secteur public, et l’actrice Mia Farrow – elle-même victime de la poliomyélite pendant son enfance et dont le fils Thaddeus est paralysé à la suite de la maladie.

« Nous devons engager des négociations » a déclaré M. Annan « pour avoir accès à tous les enfants lors de journées nationales de vaccination, surtout dans les pays prioritaires en proie à des conflits. Nous devons veiller à la sécurité des agents de santé et des volontaires dont beaucoup s’attachent quotidiennement à débusquer le virus bien après que les bannières de la vaccination ont disparu. Nous devons utiliser tous les instruments du système de l’ONU pour terminer ce dernier chapitre de l’éradication ».

Les délégués étaient réunis au Siège de l’ONU à New York pour relancer les efforts en vue d’obtenir les fonds et maintenir l’élan politique nécessaires pour parvenir à la certification de l’éradication, une cible qui a été fixée dès 1988. A la tête de l’initiative, on retrouve l’Organisation mondiale de la Santé, le Rotary International, les Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis et le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF).

Les plus de 250 participants au sommet se sont engagés à tout mettre en oeuvre pour surmonter les problèmes : le poliovirus circulera encore dans une vingtaine de pays à la fin de cette année et il faudra US $450 millions de ressources supplémentaires pour venir à bout de la maladie. Ces 20 pays à haut risque présentent également certains des défis logistiques les plus difficiles à relever, notamment la présence de groupes géographiquement isolés et difficiles à atteindre et, dans quelques cas, une situation de conflit grave.

Une Course contre la montre

Pour symboliser la course qui s’est engagée, M. Annan et Thaddeus Farrow ont mis en marche un compte à rebours spécialement conçu qui comptera les secondes restant jusqu’à la date de la certification à la fin de 2005. Le dispositif, offert par le fabricant international OMEGA et que l’on pourra voir à l’Organisation des Nations Unies, indiquera également le nombre décroissant des cas de poliomyélite dans le monde - lequel a été ramené à quelque 7000 cas notifiés en 1999, une diminution de 95% depuis 1988.

Le Directeur général de l’OMS, le Dr Gro Harlem Brundtland, a ouvert le sommet en dévoilant le plan stratégique 2001-2005 qui précise les mesures nécessaires pour interrompre la transmission du poliovirus sauvage dans le monde au cours des 24 prochains mois, confiner les stocks de virus en laboratoire dans de bonnes conditions de sécurité, certifier que le monde est exempt de poliomyélite en 2005 et, enfin, mettre un terme à la vaccination antipoliomyélitique.

Ainsi que l’a déclaré le Dr Brundtland, « nous savons ce que nous avons à faire et nous disposons des instruments et la stratégie nécessaires pour y parvenir. Les problèmes peuvent être surmontés, mais uniquement si les partenaires actuels et ceux qui se joindront à eux s’engagent à apporter leur appui jusqu’en 2005. Je demande instamment à chacun de jouer le rôle qui est le sien pour parvenir à ce résultat historique ».

Le Dr Carol Bellamy, Directeur général de l‘UNICEF, qui a co-présidé le sommet s’est félicitée des efforts accomplis par tous les partenaires en vue de l’éradication - des efforts dignes des Jeux olympiques – en soulignant cependant que tout relâchement risquait de compromettre le succès de l’entreprise.

« Pour atteindre nos objectifs, a-t-elle ajouté, il faudra que chacun assume sa part de ce travail d’équipe. Le transport des vaccins antipoliomyélitiques des fabricants aux régions difficiles d’accès où l’on en a besoin constitue une véritable course d’équipe à laquelle de nombreux relayeurs doivent participer. Sur la ligne de départ, on retrouve les fabricants qui doivent continuer à assurer une production dans les délais voulus ».

Une Campagne synchronisée

Illustrant le climat de coopération internationale sans précédent qui caractérise les efforts consentis, le Président du Nigéria Olusegun Obansanjo – qui s’est exprimé par vidéo – s’est engagé à faire participer le mois prochain son pays de plus de 100 millions d’habitants à un effort régional d’intensification des activités d’éradication couvrant 17 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

La campagne de vaccination synchronisée vise à administrer le vaccin à 70 millions d’enfants de moins de 5 ans en une seule semaine ; il s’agit de l’initiative sanitaire régionale la plus importante jamais entreprise en Afrique.

« Nous, les dirigeants africains, a déclaré le Président Obasanjo, demandons à tous les secteurs dans nos pays et dans le monde entier de faire en sorte que nous saisissions l’occasion unique qui nous est offerte. »

Ted Turner, qui préside aussi la Fondation des Nations Unies, aidera à réunir les fonds nécessaires. Frank Devlyn, Président du Rotary International qui compte des membres dans 163 pays, s’est engagé à appuyer les appels de fonds et à fournir des volontaires supplémentaires pour mener à bien les efforts de vaccination porte-à-porte toujours plus intenses qui sont devenus la clef de la vaccination de tous les enfants contre la poliomyélite. Le Rotary est le principal partenaire du secteur privé et ses contributions à l’initiative jusqu’ici atteignent déjà US $378 millions ; le Rotary s’est engagé à fournir au total US $500 millions d’ici 2005.

Ted Turner et Frank Devlyn ont lancé un appel aux entreprises et aux philanthropes du monde entier pour qu’ils fournissent les fonds qui manquent encore. Ils ont l’intention de se rendre dans d’importantes villes du monde entier pour inciter les fondations, les entreprises et les particuliers à faire des dons de US $1 million ou plus.

Comme l’indique Frank Devlyn, « le coût de l’échec dépasserait de loin les sommes que nous cherchons à réunir aujourd’hui. Cette campagne de 18 mois du secteur privé vise à obtenir les fonds nécessaires pour appuyer les journées nationales de vaccination, les activités de surveillance et d’autres projets qui affectent directement l’éradication de la poliomyélite. »

Pour sa part, Ted Turner a ajouté : « Une fois que la poliomyélite aura été éradiquée et que nous pourrons cesser de vacciner les enfants contre le fléau, nous économiserons chaque année US $1,5 milliard de frais de vaccination. Investir aujourd’hui en faveur de l’éradication est donc tout simplement une opération rentable du point de vue économique. »

Mia Farrow, représentante de l’UNICEF chargée de la poliomyélite, a fait part de son expérience personnelle de la maladie : « Alors que j’avais 9 ans, le jour même de mon anniversaire, je me suis écroulée par terre et je ne pouvais plus me relever … Nous étions en 1954 en plein milieu d’une épidémie de poliomyélite. Thaddeus est là aujourd’hui avec moi pour témoigner de notre soutien en faveur de cette initiative majeure. »

Le Secrétaire d’Etat à la Santé des Etats-Unis, le Dr Donna E. Shalala, était également présente. Evoquant la responsabilité des pays industrialisés dans les efforts en vue de l’éradication, elle a notamment déclaré : « L’éradication de cette maladie qui ignore les frontières est une responsabilité pour nous tous. Nous devons continuer à financer ce programme et nous devons rechercher les laboratoires où nous pourrons confiner le virus dans de bonnes conditions de sécurité. »

Egalement présent au sommet, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’est engagé à rechercher des fonds et à faire participer ses agents sur le terrain à l’administration du vaccin antipoliomyélitique oral aux enfants vivant dans les zones les plus difficiles d’accès, dont beaucoup n’ont jamais eu de contact d’aucune sorte avec les soins de santé publique.

L’initiative

L’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite a été lancée en 1988 sous l’égide de l’OMS, du Rotary International, des Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis et de l’UNICEF.

L’initiative bénéficie du soutien de fondations privées (comme la Fondation des Nations Unies et la Fondation Bill & Melinda Gates), de banques de développement (par exemple, la Banque mondiale), des gouvernements (notamment ceux de pays donateurs comme l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis d’Amérique, la Finlande, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni), d’organisations humanitaires (comme le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) et d’entreprises privées. Les volontaires dans les pays en développement jouent également un rôle essentiel et plus de 10 millions d’entre eux ont participé à des campagnes de vaccination de masse ces dernières années.

On compte actuellement 30 pays d’endémie situés surtout en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, notamment l’Angola, le Bangladesh, l’Inde, la République démocratique du Congo et la Somalie. A la fin de l’an 2000, le nombre des pays où le poliovirus circule encore devrait être ramené à 20.

Pour de plus amples renseignements, voir le site http://www.interpartners.org/polio/

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