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L'UNICEF pour l'allégement de la dette d'ici l'an 2000

Vendredi 15 mai 1998. Au nom de l'UNICEF, Carol Bellamy, Directeur général du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, s'est jointe aux voix qui, toujours plus nombreuses, demandent pour l'an 2000 l'annulation de la dette sous laquelle succombent les pays les plus pauvres du monde.

«Les efforts menés jusqu'ici ont été beaucoup trop lents» affirme Mme Bellamy. «L'an 2000 devrait marquer un nouveau départ. Nous avons maintenant suffisamment d'informations pour savoir que l'allégement de la dette est essentiel si l'on veut parvenir à réduire la pauvreté - et donner de l'espoir à des millions d'enfants.»

Les progrès dans l'application de l'Initiative de 1996 en faveur des pays lourdement endettés sont restés modestes, constate Mme Bellamy qui suggère au G8 de revoir, à l'occasion du Sommet qui se tiendra du 15 au 17 mai à Birmingham (Royaume-Uni), la portée et le calendrier de l'Initiative. Les membres du G8 sont l'Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la Fédération de Russie, la France, l'Italie, le Japon et, le Royaume-Uni.

L'Initiative, adoptée en 1995 par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, entendait mettre fin à la crise de la dette dans les pays les moins avancés. Si quelques-uns, aujourd'hui, en ont retiré certains bénéfices, la plupart des nations les plus endettées ne peuvent attendre les trois à six ans exigés par le processus d'allégement. Selon une étude réalisée par OXFAM en Ouganda, rappelle Mme Bellamy, l'aide n'a été reçue qu'après des délais considérables.

OXFAM indique qu'en attendant l'arrivée de l'aide prévue par l'Initiative, l'Ouganda a dû dépenser pour le service de la dette 184 millions de dollars. Cela représente une dépense par habitant - homme, femme ou enfant - de 9 dollars, soit presque 10 fois plus que pour la santé publique, et sept fois plus que pour l'enseignement primaire Malgré ce lourd fardeau, l'Ouganda est parvenu à honorer son engagement d'augmenter les crédits alloués à l'éducation de base.

On retrouve un tableau analogue dans d'autres pays fortement endettés. Le service de la dette absorbe beaucoup plus d'argent que les quantités disponibles pour financer les programmes essentiels de santé et d'éducation destinés aux enfants. L'Initiative devrait secourir cette année la Bolivie et le Guyana, et l'an prochain la Côte d'Ivoire et le Mozambique.

Selon les dispositions actuellement prévues, seul un petit nombre des pays les plus pauvres du monde devraient être ajoutés à la liste de l'Initiative en l'an 2000 et par la suite. «Aussi, malgré les discours ronflants, l'Initiative se montre aussi lente, frustrante et inadéquate que le chapelet de projets de réduction de la dette qui l'ont précédée» déplore Mme Bellamy. «Ce n'est pas ce que nous attendions. Nous espérions beaucoup plus.»

L'UNICEF ne se borne pas à demander que l'on accélère les choses, mais suggère aussi d'augmenter considérablement les ressources consacrées à la réduction de la dette dans le cadre de l'Initiative. Le chiffre actuellement prévu est de 7,5 milliards de dollars, alors que la dette totale de l'Afrique se monte à 235 milliards de dollars. Comme le fait remarquer Mme Bellamy, «ces 7,5 milliards de dollars représentent moins de 4 % du total. Un tel calcul d'allégement de la dette ne remportera pas le Prix Nobel de mathématiques !»

Rappelant que l'UNICEF est mandatée par la Convention relative aux droits de l'enfant, Mme Bellamy ajoute : «Dans ce contexte, il n'est que juste d'exprimer une vive préoccupation de voir les puissances économiques mondiales engager 100 milliards de dollars pratiquement d'un jour à l'autre pour sortir les économies asiatiques des turbulences, alors que l'Initiative met moins de 10 milliards de dollars à la disposition des plus pauvres des pauvres. Pareille dichotomie, si elle n'est corrigée, risque de perpétuer le profil "Trop peu et trop tard", avec ses effets désastreux sur les enfants.»

«Je ne veux pas dire qu'il faut donner moins à l'Asie», poursuit Mme Bellamy. «Ce dont nous avons un besoin désespéré, c'est d'une aide accrue aux pays les moins avancés, principalement en Afrique.»

Le Directeur général de l'UNICEF ajoute que l'on peut trouver de nouveaux arguments probants en faveur de l'allégement de la dette et de l'investissement dans des programmes sociaux de base des sommes ainsi épargnées dans l'ouvrage intitulé Development With A Human Face (Le développement à visage humain) publié sous la direction de Santosh Mehrothra, Conseiller spécial à la Division de l'évaluation, de la politique et de la planification de l'UNICEF et de Richard Polly, ex-Directeur général adjoint de l'UNICEF et actuellement Conseiller spécial auprès de l'Administrateur du Programmes des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Cet ouvrage (Oxford 1997) montre comment, en concentrant essentiellement les investissements sur les services de santé et d'éducation pour les enfants et les femmes, dix pays en développement ont réalisé des progrès remarquables, arrivant dans certains cas au niveau des pays industrialisés,

Au nombre des leçons politiques dégagées dans le livre figurent l'importance de la fourniture par l'Etat de ces services, de systèmes de santé fondés sur les soins préventifs en zone rurale, l'équité et l'efficience dans les dépenses sociales, un échelonnement des dépenses tel que les investissements dans l'éducation de base précèdent ou accompagnent les investissements dans la santé, et des interventions d'ordre général pour améliorer le statut des femmes.

«L'UNICEF espère que les dirigeants de la finance internationale saisiront l'esprit de cette étude marquante et se joindront au mouvement mondial en faveur d'une réduction de la dette avant qu'il ne soit trop tard» conclut mme Bellamy. «Quand on donne la priorité aux enfants et aux femmes les plus vulnérables du monde, on arrive à réaliser des progrès sociaux qui paraissent impossibles. Mais cela ne peut se faire que si les gouvernements les plus pauvres peuvent investir dans les services sociaux de base. On sait depuis dix ans déjà que la réduction de la dette est une condition préalable indispensable pour le développement. Il ne faut pas que nous laissions passer l'an 2000 sans y parvenir.»

Veuillez envoyer vos commentaires ou demandes d'information par courrier électronique à netmaster@unicef.org avec la référence CF/DOC/PR/1998/025

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