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Au Rwanda, les plus pauvres vivent dans des foyers orphelins, affirme un rapport

Lundi, 23 février 1998: Des centaines de milliers d'enfants qui ont survécu au génocide de 1994 et à ses suites au Rwanda luttent maintenant pour subsister sans leurs parents dans des foyers cruellement appauvris, a déclaré l'UNICEF aujourd'hui.

"Au Rwanda, de très nombreuses personnes sont encore dans une situation accablante", a affirmé le Directeur général de l'UNICEF, Carol Bellamy. "Mais bien peu demeurent aussi vulnérables que les enfants vivant dans des foyers sans parents. Ce sont les plus marginalisés des pauvres dans une région de souffrances et de carences presque inimaginables".

L'UNICEF a noté que la disparition presque totale du tissu social du Rwanda a rendu le problème des familles dirigées par un enfant bien pire dans cet Etat d'Afrique centrale que dans d'autres pays ravagés par la guerre ou la maladie. La propagation du SIDA au Rwanda est également un facteur de plus en plus important.

A la fin du conflit, le Gouvernement rwandais avait évalué le nombre de ces ménages à 85.000. Mais d'après un rapport du groupe non gouvernemental World Vision, ce nombre a pu fluctuer à la baisse puisque quelques enfants ont retrouvé leurs parents survivants, ont été adoptés par des membres de leur famille ou des voisins ou, comme chefs de famille, ont atteint l'âge de dix-huit ans. Certaines estimations établissent maintenant le nombre de familles dirigées par des enfants au Rwanda à environ 60.000 - un chiffre qui représente plus de 300.000 enfants.

"Quel que soit le nombre exact, le problème des ménages dirigés par des enfants est d'une ampleur et d'une persistance effrayantes", a-t-elle poursuivi. "Mais avec les maigres ressources du Gouvernement faisant l'objet de sollicitations énormes de la part de nombreux secteurs - non seulement pour la reprise et la reconstruction, mais aussi pour affronter les mouvements restants de révolte - nous avons besoin d'un effort urgent et généralisé, qui partira du niveau local".

Le rapport, préparé par World Vision avec l'assistance technique et financière de l'UNICEF, a indiqué que les enfants vivant dans ce type de ménages sont particulièrement vulnérables aux mauvais traitements et à l'exploitation parce que - dans une région où les femmes sont en butte à une profonde discrimination - trois ménages sur quatre sont dirigés par des filles.

Le rapport, intitulé Evaluation qualitative des besoins des ménages dirigés par des enfants au Rwanda (Qualitative Needs Assessment of Child-Headed Households in Rwanda) a découvert que 95% des enfants dans ces foyers au Rwanda n'avaient pas accès aux soins de santé ou aux services éducatifs, qu'ils souffraient fréquemment de l'exploitation et de violences sexuelles, non seulement de la part de leur propre communauté, mais même de parents, qu'ils possédaient peu de choses en guise d'ustensiles ménagers ou d'outils agricoles de base et qu'ils se voyaient souvent refuser leurs droits de propriété, ce qui pouvait les priver des biens que leurs parents leur ont transmis, y compris des terres et des maisons.

"Les structures familiales qui soutenaient jadis l'enfant n'existent plus", a déploré le rapport.

Les conclusions du rapport de World Vision sont fondées sur des entretiens réalisés avec 1.649 enfants chefs de famille dans neuf préfectures de par le Rwanda, ainsi qu'avec des autorités locales, des enseignants et des groupes communautaires. Les enfants interrogés - dont une majorité de filles - étaient âgés de 10 à 18 ans.

Les pénuries alimentaires sont chroniques dans les ménages dirigés par des enfants partout dans tout le pays, a révélé le rapport, un problème qui oblige les enfants citadins à mendier dans les rues et les enfants ruraux à compter sur les quelques produits alimentaires qu'ils parviennent à produire ou sur les aumônes de voisins. Le logement a également été identifié comme une préoccupation majeure, particulièrement à la campagne, où de nombreux foyers d'enfants ne sont guère plus que des toiles plastiques.

En outre, le rapport a montré que l'existence même de ces ménages "n'a presque pas fait l'objet d'une reconnaissance" de la communauté rwandaise survivante. Pour des enfants déjà traumatisés, les conséquences psychologiques de cette invisibilité et de cette impuissance peuvent être redoutables, a averti le rapport.

Il a noté que si l'on demande à des enfants en psychothérapie de dessiner, ils représentent parfois des gens sans bouche. Beaucoup de ces enfants "ne peuvent plus parler, ayant constaté que lorsqu'ils pleurent de douleur, ou expriment leurs sentiments, personne ne les écoute", a expliqué le rapport. "Ils sont donc devenus silencieux, choisissant de garder leurs problèmes pour eux".

L'UNICEF travaille actuellement avec sept organisations non gouvernementales (ONG) rwandaises et internationales qui aident quelque 16.000 enfants dans des ménages dirigés par des enfants. L'assistance comprend une formation professionnelle, le financement des frais de scolarité et des fournitures scolaires, ainsi qu'une aide pour former des associations et démarrer des petites entreprises.

"Ces enfants sont des survivants", a déclaré Mme Bellamy. "Nous devons intensifier nos efforts pour leur donner les outils - matériels et psychosociaux - qui les aideront à prendre la place leur revenant en tant que membres sains et productifs de la société rwandaise".

Veuillez envoyer vos commentaires ou demandes d'information par courrier électronique à netmaster@unicef.org avec la référence CF/DOC/PR/1998/11

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