La vaccination antipoliomyélitique supplémentaire devra être ciblée sur les pays clés
Tokyo / Bruxelles / Genève / Washington DC, 13 mai 2003 – L’Initiative pour l’éradication mondiale de la poliomyélite a annoncé aujourd’hui que les principaux experts estiment qu’une réorientation tactique sans précédent est indispensable dans la campagne visant à libérer le monde de la poliomyélite. Les campagnes de vaccination seront revues dans 93 pays où la transmission de la poliomyélite a déjà été stoppée afin d’engager davantage de ressources en faveur des 7 pays d’endémie restants et des 6 pays considérés comme à risque élevé de réinfection.
La réorientation répond aux changements intervenus dans l’épidémiologie de la maladie, la poliomyélite étant géographiquement plus circonscrite que jamais. Seuls 7 pays d’endémie subsistent : l’Inde, le Nigéria, le Pakistan, l’Egypte, l’Afghanistan, le Niger et la Somalie (énumérés par ordre décroissant de la charge de morbidité). Pratiquement tous les cas de poliomyélite au monde (99 %) sont concentrés dans 3 pays : l’Inde, le Nigéria et le Pakistan.
Pendant le reste de l’année 2003 et en 2004, les campagnes d’éradication seront axées uniquement sur les 7 pays d’endémie, ainsi que sur les 6 autres pays considérés comme à risque élevé de réinfection – l’Angola, le Bangladesh, l’Ethiopie, le Népal, la République démocratique du Congo et le Soudan.
En 2003, 51 campagnes de vaccination antipoliomyélitique seront organisées dans 13 pays cibles. Des campagnes supplémentaires ne seront organisées d’urgence qu’en cas d’importation. Par comparaison, en 2002, 93 pays avaient organisé 266 campagnes. Cette orientation tactique permettra d’accélérer l’éradication mondiale en ciblant les zones d’endémie tout en protégeant les investissements importants consentis dans les zones désormais exemptes de poliomyélite.
La réorientation a été annoncée par les principaux partenaires de l’Initiative pour l’éradication mondiale de la poliomyélite, dirigée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Rotary International, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis d’Amérique et l’UNICEF.
Conformément à cette nouvelle tactique, 297 millions de doses supplémentaires de vaccin antipoliomyélitique buccal seront redistribuées dans la zone géographique cible resserrée, de même que US $35 millions de ressources supplémentaires en 2003.
« Tant que nous n’aurons pas stoppé la transmission du poliovirus dans les 7 pays infectés restants, les enfants seront partout exposés au risque de contracter la maladie », a déclaré le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l’OMS. « Il est essentiel de concentrer nos ressources sur ces pays stratégiques pour extirper et éteindre les réservoirs restants de poliovirus sauvage. »
La réorientation tactique a été mise au point et adoptée le 12 mai 2003 par le groupe consultatif technique sur l’éradication mondiale de la poliomyélite (TCG), à l’issue de ses délibérations des 24 et 25 avril à Genève. Cet organe technique indépendant se réunit chaque année pour faire un bilan stratégique de l’Initiative pour l’éradication mondiale de la poliomyélite.
A l’intérieur même des pays d’endémie, la poliomyélite a été circonscrite à des zones très concentrées. En Inde, par exemple, la maladie est circonscrite principalement à des régions du Nord, mais ces poches se sont avérées extrêmement dangereuses. Suite à la réduction du nombre de campagnes de vaccination antipoliomyélitique en Inde, l’année dernière, les poches de transmission du nord de l’Inde ont été à l’origine de la plus importante épidémie de l’histoire récente, qui a vu le nombre de cas nouveaux multiplié par six et la transmission reprendre dans des zones précédemment libérées de la poliomyélite dans le pays.
« La maladie peut être importée dans des pays exempts de la maladie par des personnes infectées dans les pays d’endémie », a déclaré le Dr Walter Orenstein, Directeur du Programme national de vaccination des Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis d’Amérique, et Président du TCG mondial. Le Dr Orenstein a noté que le séquençage génétique avait confirmé qu’un cas récent de poliomyélite survenu au Liban avait été importé d’Inde. « C’est pourquoi il est aussi vital de stopper la transmission dans les pays réservoirs et d’intensifier la surveillance dans les pays qui ne sont pas des pays d’endémie. Cette approche ciblée est précisément le type d’action nécessaire pour stopper une fois pour toutes la transmission de la poliomyélite. »
Une surveillance accrue, alliée à des moyens d’intervention en cas d’urgence au niveau mondial est nécessaire pour protéger l’investissement consenti par la communauté internationale et particulièrement dans les régions exemptes de la maladie.
« Pour résumer, l’étau se resserre », a déclaré Carol Bellamy, Directeur général de l’UNICEF. « Malheureusement, les fonds nécessaires pour mener à bien cette tâche sont extrêmement limités eux aussi. » Mme Bellamy a déclaré qu’à la fin de 2002, US $275 millions supplémentaires manquaient pour réaliser les objectifs d’ici 2005, US $33 millions étant nécessaires d’urgence rien que pour 2003. « Nous avons besoin de cet argent pour être certains de pouvoir pleinement mettre en oeuvre la nouvelle tactique, et nous en avons besoin maintenant » a insisté Mme Bellamy.
Afin de contribuer à combler le déficit de financement jusqu’en 2005, le Rotary international a lancé une deuxième opération majeure de collecte de fonds au niveau mondial auprès de ses membres, visant à mobiliser US $80 millions d’ici juin 2003 pour des activités s’échelonnant sur les trois prochaines années. Ce montant vient s’ajouter aux US $500 millions et aux innombrables heures données bénévolement par des membres du Rotary qui se sont engagés en faveur de l’éradication de la poliomyélite depuis 1985. « Les succès passés de cette initiative ont suscité un sentiment d’espoir sans précédent », a déclaré Bill Sergeant de Rotary International. « Les succès à venir seront le fruit de partenariats positifs qui ont été forgés depuis le début de l’initiative. »
Si ces activités sont couronnées de succès, la poliomyélite sera la première maladie éradiquée au XXIe siècle, et la deuxième seulement après la variole en 1979. Les experts de la santé publique insistent sur les conséquences graves qu’aurait un ralentissement des efforts en faveur de l’éradication à ce stade. Si l’on ne parvient pas à éradiquer la poliomyélite, cela voudra dire que l’on aura utilisé en vain toutes les ressources investies dans cet effort, c’est-à-dire plus de US $2 milliards et l’action de 20 millions de volontaires de par le monde, que la confiance de la communauté internationale dans les futures initiatives de santé publique sera sapée et que le nombre de cas de poliomyélite survenant chaque année augmentera considérablement.
Autres informations sur l’Initiative pour l’éradication mondiale de la poliomyélite :
La coalition pour l’éradication de la poliomyélite rassemble les gouvernements des pays touchés par la maladie, des fondations privées (Fondation des Nations Unies, Fondation Bill & Melinda Gates, par exmeple), des banques de développement (Banque mondiale par exemple), des gouvernements donateurs (Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Etats-Unis d’Amérique, Finlande, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni), la Commission européenne, des organisations non gouvernementales et humanitaires (Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, par exemple) et des entreprises (Aventis Pasteur, De Beers, par exemple). Dans les pays en développement, les volontaires jouent également un rôle important ; 10 millions d’entre eux ont participé aux campagnes de vaccination de masse.
Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :
Melissa Corkum, OMS/Genève, tél. : +41 22 791 2765, corkumm@who.int
Oliver Rosenbauer, OMS/Genève, tél. : +41 22 791 3832, rosenbauero@who.int
Vivian Fiore, Rotary International/Chicago, tél. :+1 847 866 3234, fiorev@rotaryintl.org
Steve Stewart, CDC/Atlanta, tél. : +1 404 639 8327, znc4@cdc.gov
Mohammad Jalloh, UNICEF/New York, (1-212) 326-7516, mjalloh@unicef.org.