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Communiqué de presse

Enfants exclus, enfants invisibles

Maltraités et négligés, des millions d’enfants sont devenus pratiquement invisibles

LONDRES, 14 décembre 2005 – Des centaines de millions d’enfants, exploités et victimes de discriminations graves, sont devenus pratiquement invisibles aux yeux de la communauté internationale, a déclaré aujourd’hui l’UNICEF dans un important rapport qui examine les causes de l’exclusion et de ces mauvais traitements.

L’institution affirme que des millions d’enfants disparaissent lorsqu’ils sont vendus ou forcés de travailler comme domestiques. D’autres, comme les enfants des rues, sont parfaitement visibles, mais exclus des services de base et de la protection la plus élémentaire. Non seulement ces enfants subissent des mauvais traitements, ils sont aussi pour la plupart privés d’éducation, de soins de santé et des services essentiels dont ils ont besoin pour grandir et s’épanouir.

La Situation des enfants dans le monde 2006 : exclus et invisibles (www.unicef.org/french/sowc06) se penche sur le sort des enfants les plus vulnérables du monde, ceux dont les droits à une enfance protégée et en bonne santé sont extrêmement difficiles à défendre. Ces enfants grandissent sans bénéficier des programmes de développement et sont souvent invisibles dans leur société, absents qu’ils sont des débats publics, de la législation, des statistiques ou des journaux.

Si l’on ne se mobilise pas pour eux, des millions d’enfants seront oubliés, prisonniers d’une enfance marquée par la négligence et la maltraitance, ce qui aura des conséquences désastreuses sur leur bien-être à long terme et sur le progrès des nations. Aucune société soucieuse du bien-être de ses enfants, et de son propre avenir, ne peut le tolérer, soutient le rapport.

« Pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement, il sera nécessaire d’atteindre les enfants vulnérables dans l’ensemble du monde en développement », a déclaré la Directrice générale de l’UNICEF Ann M. Veneman, à l’occasion du lancement de la publication du rapport à Londres. « Il ne peut pas y avoir de progrès durable si nous continuons à ignorer les enfants qui ont le plus besoin d’aide – les plus pauvres, les plus vulnérables, ceux qui sont exploités et maltraités. »

Pourquoi les enfants deviennent invisibles 

Dans le passé, l’UNICEF s’est attaché à montrer comment la pauvreté, le VIH/SIDA et les conflits armés mettent l’enfance en péril. Exclus et invisibles explique en détail comment ces facteurs, ainsi qu’une mauvaise gouvernance et la discrimination, privent les enfants de toute protection contre la maltraitance et l’exploitation, les excluent de l’école, des services de santé et d’autres services essentiels dans des proportions alarmantes.

Le rapport conclut que les enfants privés de ces services vitaux risquent plus de se faire exploiter parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’informations sur les moyens de se protéger, et parce que leurs options économiques sont limitées. Les enfants pris dans un conflit armé, par exemple, sont souvent victimes de viol et d’autres formes de violence sexuelle. Ce sont ces enfants – seuls et sans défense – que l’on abandonne.
Selon le rapport, les enfants courent le plus de risques de devenir invisibles et oubliés dans quatre situations :

Enfants sans identité officielle. Chaque année, dans le monde en développement (à l’exclusion de la Chine) plus de la moitié des naissances ne sont pas enregistrées, ce qui prive plus de 50 millions d’enfants d’un droit fondamental : la reconnaissance de leur statut de citoyen. Les enfants non enregistrés à la naissance n’apparaissent pas dans les statistiques officielles et ne sont pas considérés comme des membres à part entière de leur société. Sans identité officielle, ils peuvent être exclus de l’éducation, des soins de santé de qualité et d’autres services de base, avec de graves conséquences sur leur enfance et leur avenir. Par exemple, les enfants non enregistrés ne peuvent pas aller à l’école lorsqu’il faut un certificat de naissance pour s’inscrire. En bref, les enfants qui n’ont pas d’identité officielle ne comptent pas, et l’on ne tient pas compte d’eux.

Enfants privés des soins de leurs parents. Des millions d’orphelins, d’enfants des rues et de jeunes détenus grandissent sans l’affection et la protection de leurs parents ou d’une famille. Souvent, ces enfants ne sont pas du tout traités comme des enfants.

  • On estime que 143 millions d’enfants du monde en développement – 1 sur 13 – ont vu mourir au moins un de leurs parents. Pour les enfants très pauvres, la perte même d’un seul parent, notamment de la mère, peut avoir de lourdes conséquences sur leur santé et leur éducation.

  • Dans le monde, des dizaines de millions d’enfants passent une grande partie de leur vie dans la rue, où ils sont exposés aux mauvais traitements et à l’exploitation sous toutes ses formes.

  • Plus d’un million d’enfants vivent en détention, la plupart du temps pour des délits mineurs. Beaucoup d’entre eux sont abandonnés, victimes de la violence et de divers  traumatismes.

Enfants assumant un rôle d’adulte. Le rapport affirme que les enfants obligés d’assumer trop tôt un rôle d’adulte sautent des étapes cruciales de leur développement.

  • Des centaines de milliers d’enfants participent à des conflits armés en tant que soldats, messagers, porteurs, cuisiniers et esclaves sexuels pour le compte de factions armées. Dans bien des cas, ils ont été enlevés de force.

  • Malgré les lois qui interdisent les mariages d’enfants dans de nombreux pays, plus de 80 millions de filles du monde en développement sont mariées avant l’âge de 18 ans – et pour beaucoup, bien avant.

  • On estime à 171 millions le nombre d’enfants qui travaillent dans des conditions périlleuses et manient des équipements dangereux, notamment dans des usines, des mines et dans l’agriculture.

Enfants exploités. Enfermés à l’abri des regards par les personnes qui profitent d’eux, exclus de l’école et des services essentiels, les enfants victimes de l’exploitation sont certainement parmi les plus invisibles. Leur situation et leur nombre sont pratiquement impossibles à évaluer.

  • Quelque 8,4 millions de jeunes se livrent aux pires formes du travail des enfants, y compris la prostitution. De nombreux sont asservis : obligés de travailler pour rembourser une dette, ils vivent dans une situation proche de l’esclavage.

  • Près de 2 millions d’enfants sont exploités dans l’industrie du sexe à des fins commerciales, et ils y sont régulièrement exposés à la violence sexuelle et physique.

  • Chaque année, on estime que des millions d’enfants sont vendus dans des cercles clandestins et illicites où ils sont forcés de se livrer à des activités dangereuses et dégradantes, y compris la prostitution.

  • Des enfants en nombre considérable, mais difficile à cerner avec précision, sont exploités lorsqu’ils entrent comme domestiques dans des résidences privées. La plupart ne sont pas autorisés à aller à l’école, sont maltraités physiquement, ne reçoivent pas assez à manger ou sont accablés de travail.

Le rapport estime également que les enfants vivant dans des « États fragiles » – des pays qui n’ont pas les moyens ou la volonté de fournir des services de base à leurs jeunes citoyens – sont aussi quasiment invisibles. La discrimination, qu’elle soit fondée sur le sexe, l’appartenance ethnique ou l’invalidité, est aussi un facteur d’exclusion. Par exemple, la discrimination empêche des millions de filles d’aller à l’école et bloque la fourniture de services cruciaux aux enfants des minorités ethniques et des groupes autochtones. On estime à 150 millions le nombre d’enfants handicapés dans le monde, dont beaucoup sont privés d’éducation, de soins de santé et d’un soutien affectif en raison d’une discrimination systématique. 

Honorer nos engagements en faveur des enfants

La Situation des enfants dans le monde affirme que la communauté internationale doit aller bien au-delà des efforts qu’elle consent actuellement pour le développement afin de s’assurer que les enfants les plus vulnérables ne soient pas laissés pour compte. Les gouvernements sont principalement responsables de l’aide à apporter à ces enfants, et doivent redoubler d’efforts dans quatre domaines clés :

  • Recherche, contrôle et établissement de rapports : pour atteindre les enfants exclus et invisibles, des systèmes doivent être mis en place pour consigner et signaler la nature et la fréquence des mauvais traitements infligés aux enfants.

  • Législation : le droit national doit se conformer aux engagements internationaux pris en faveur des enfants, et les législations qui encouragent la discrimination doivent être modifiées ou abolies. Les lois relatives à la poursuite des auteurs de crimes contre les enfants doivent être systématiquement appliquées. Le climat d’impunité qui entoure les viols d’enfants, par exemple, se perpétue lorsque la loi n’est pas suffisamment respectée.

  • Financement et renforcement des capacités : des budgets orientés sur les besoins des enfants et le renforcement des institutions au service des enfants doivent compléter la législation et la recherches.

  • Programmes : des réformes urgentes sont nécessaires dans de nombreux pays et communautés pour éliminer les obstacles qui bloquent l’accès des enfants aux services essentiels, par exemple en supprimant l’obligation de fournir un certificat de naissance pour s’inscrire à l’école.

Le rapport met aussi en avant les actions concrètes que la société civile, le secteur privé, les donateurs et les médias peuvent entreprendre pour empêcher que des enfants ne passent à travers les mailles du filet. Ces mesures, et d’autres fournis par des individus et des organisations à tous les niveaux de la société, contribuent à la mise en place d’un environnement protecteur pour les enfants – qui les protège des mauvais traitements de la même façon que la vaccination et une bonne nutrition les protègent des maladies.

Les gouvernements, les familles et les communautés doivent redoubler d’efforts pour prévenir dès le départ la maltraitance et l’exploitation, et pour protéger les enfants qui en sont victimes. Des législations qui reconnaissent la culpabilité des auteurs de crimes contre les enfants doivent être adoptées et rigoureusement appliquées; les attitudes, les traditions et les pratiques qui nuisent aux enfants doivent être remises en cause; et les enfants eux-mêmes doivent recevoir les informations et les connaissances dont ils ont besoin pour se protéger.

« Ceux qui font du mal aux enfants les privent de la possibilité de grandir en toute sécurité, en bonne santé et avec dignité », a déclaré Mme Veneman. « Pour garantir la protection des enfants, il faut exposer en pleine lumière les mauvais traitements et l’exploitation dont ils sont victimes, et poursuivre en justice ceux qui violent leurs droits ».

*  *  * 

Un rapport qui fait autorité
La Situation des enfants dans le monde est le fleuron annuel des publications de l’UNICEF. Il s’agit de l’étude la plus complète des tendances générales affectant les enfants dans le monde et elle présente l’ensemble des dernières statistiques sur la situation des enfants.  Pour les gouvernements du monde entier, les ONG, les universités et instituts de recherche, La Situation des enfants dans le monde est un ouvrage qui fait autorité sur toutes les questions qui touchent à l’enfance. On peut facilement procéder à des recherches statistiques dans tous les tableaux du rapport à www.unicef.org/french/sowc06.

Cette année, le lancement du rapport coïncide avec le 60e anniversaire  de l’UNICEF. L’UNICEF est le principal défenseur de la cause des enfants et travaille su le terrain dans 158 pays pour aider les enfants à survivre et à s’épanouir, de leur plus jeune âge jusqu’à la fin de l’adolescence.
 
Notes aux télévisions : le lancement international du rapport 2006 aura lieu à Londres et sera diffusé en direct par APTN Direct et également sur Internet à www.unicef.org. Des vidéos non montées sont maintenant disponibles.

Pour de plus amples informations et des interviews :

Alfred Ironside, UNICEF Media, Londres (+1 917) 476-1635
Oliver Phillips, UNICEF Media, New York (+1 212) 326 7583
Allison Hickling, UNICEF Media, New York: (+1 212) 326 7224


 

 

 

Vidéo (en anglais)

14 décembre 2005 :
Le correspondant del'UNICEF, Dan Thomas présente le lancement du rapport La situation des enfants dans le monde.

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14 décembre 2005 :
La situation des enfants dans le monde 2006

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