Aptitudes à la vie quotidienne

Interview du TPO – L’initiative d’éducation basée sur l’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante

Interview avec Jumana Haj-Ahmad, Programme de l’UNICEF pour le développement et la participation des adolescents, Territoire palestinien occupé, juin 2002

Q. Pouvez-vous décrire l’initiative d’éducation basée sur l’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante en TPO ?

L’UNICEF travaille avec l’Autorité palestinienne et des organisations non gouvernementales pour aider les adolescents à acquérir des connaissances essentielles qui leur permettront d’avoir des modes de vie sains, de se développer, et de faire face aux difficultés complexes et multiples qui accompagnent l’évolution rapide de la société palestinienne. Le but est d’aider les adolescents à participer à la vie de leurs communautés et à acquérir les « compétences nécessaires dans la vie courante » qui leur permettront d’apporter des changements. Nous essayons de mobiliser les jeunes à travers le système d’éducation classique et en dehors, par exemple, dans les camps d’été. Nous devons atteindre ceux qui sont le plus marginalisés, parmi eux les adolescentes des zones rurales, les victimes de la violence et des mauvais traitements et les jeunes qui risquent d’adopter des comportements dangereux, comme la consommation de drogue.

Q. Quelles conséquences a le conflit sur la vie des jeunes Palestiniens ?

Les jeunes se sentent stressés, frustrés et désespérés parce que le conflit limite leurs opportunités présentes et à avenir. Pour les jeunes enfants, c’est même difficile d’aller à l’école, de jouer, de faire du sport ou de se livrer à des activités récréatives. Lors d’une discussion récente que j’ai eu avec des adolescents, une jeune femme qui venait de terminer le lycée m’a dit : « Pour moi, l’avenir est bouché. Le couvre-feu et les barrages limitent notre mobilité, et je ne peux même pas aller à l’université, alors je ne vois aucune possibilité. » 
Nous devons aider les jeunes à canaliser cette frustration de manière positive, à surmonter la perte de leurs proches, et à maîtriser la peur et l’angoisse engendrées par les incursions militaires. Nous voulons aussi les encourager à ne pas tomber eux-mêmes dans la violence, bien qu’elle soit tout autour d’eux. Donner des opportunités aux adolescents à travers des projets d’éducation conventionnelle et non conventionnelle basée sur l’acquisition de compétences importantes dans la vie courante s’est révélé très efficace pour permettre aux adolescents d’évacuer leur frustration, leur stress et leur angoisse.

Q. Quelles sont les principales difficultés pour mettre en oeuvre de ce type d’éducation dans une situation de conflit ?

Les difficultés sont nombreuses. La restriction de la mobilité et l’existence de zones non contiguës limitent la coordination et la communication au niveau central et entre les districts eux-mêmes. Par conséquent, la plupart des activités sont décentralisés, ce qui peut être considéré comme positif ; mais cela limite la capacité de surveillance au niveau central.
En outre, la disponibilité de personnel hautement qualifié dans les 17 districts est limitée, et en raison des restrictions de mobilité, l’accès à un personnel formé au niveau central devient très difficile.
La planification est aussi très malaisée, car des incursions militaires peuvent interrompre les activités à tout moment. Au début de l’année, des couvre-feux répétés dans différentes zones et à différentes périodes ont empêché le bon déroulement de nombreuses activités. Nous avons dû reporter un grand nombre de réunions et des ateliers qui avaient été prévus, et cela nuit à la continuité de nos efforts.

Q. Comment avez-vous tenté de surmonter ces difficultés ?

Pour compenser le manque de personnel qualifié, nous avons élaboré au niveau central des matériels de formation à utiliser dans les districts, de sorte que le travail soit consistant. Nous avons aussi soutenu des ateliers centralisés de type « Former le formateur » où de deux à trois représentants par district ont appris à utiliser ces manuels. Pour ce qui est du contrôle de la qualité, nous avons mis au point un système de surveillance dans lequel le personnel formé informe régulièrement le personnel central. Nous avons aussi élaboré des questionnaires de suivi sur les éléments psychosociaux et les connaissances essentielles, pour nous assurer que tous les districts travaillent avec les mêmes éléments. Par exemple, le questionnaire de suivi utilisé dans les camps d’été s’inspire de la Déclaration nationale sur les camps d’été, elle-même basée sur la Convention relative aux droits de l’enfant, qui a été approuvée par le gouvernement, les organisations non gouvernementales et les jeunes eux-mêmes l’an dernier.
De plus, nous nous appuyons sur les organisations non gouvernementales pour mettre le programme en oeuvre au niveau des districts.

Q. Personnellement, comment avez-vous géré ces conditions de travail difficiles ?

Je ressens parfois une certaine frustration, par exemple, lorsque des projets sont constamment modifiés ou remis à plus tard. Mais je considère que le rôle de l’UNICEF est très important dans cette situation. C’est ce qui m’encourage à continuer, ainsi que le sourire des enfants une fois que les activités ont démarré, et la persistance de nos collègues à trouver des solutions alternatives à chaque fois.


 

 

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