Aptitudes à la vie quotidienne

Interview de Namibie– mon avenir est mon choix

Interview avec Rick Olson, responsable de projet, UNICEF Namibie, novembre 2001

1e partie : Leçons sur l’élaboration des matériels de formation

Q. En élaborant les matériels de Mon avenir est mon choix (MFMC), comment avez-vous adapté des matériels comme « Focus on Kids » et « Stepping Stones » à la situation sur place en Namibie ?

R. C’était avant mon arrivée, mais d’après ce que j’en sais ... L’UNICEF a fait appel à l’University of Maryland (École de médecine) aux États-Unis, qui avait élaboré les matériels du programme Focus on Kids. Avec des fonds de Fogerty et de la Fondation mondiale de lutte contre le SIDA, des « consultants » ont préparé une version préliminaire du projet, en collaboration avec la Direction de l’éducation spéciale, sous la tutelle du Ministère de l’Éducation de base. Durant ce processus, ce Ministère, qui avait lancé une intervention basée sur l’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante à travers le Comité intersectoriel des écoles et de la santé, a établi « un sous-comité de recherche sur les compétences nécessaires dans la vie courante et un sous-comité chargé du programme d’étude ». Le projet initial a été testé auprès des jeunes. Cela a conduit au choix de son nom, etc., et une phase de recherche a été décidée pour tester l’intervention.

Ceux qui ont participé au programme MFMC ont eu des rapports sexuels plus tard, et lorsqu’ils sont devenus sexuellement actifs, ils ont été plus nombreux à utiliser des préservatifsLa recherche a été effectuée en 1996 à l’aide de groupes de contrôle et d’intervention, et une version du manuel comportant 14 cours (28 heures) a été utilisée. Les résultats ont montré que les jeunes qui avaient participé au programme MFMC ont eu des rapports sexuels plus tard et que, lorsqu’ils sont devenus sexuellement actifs, ils ont été plus nombreux à utiliser des préservatifs. Lorsque je suis arrivé à la mi-1998, le manuel ne contenait plus que 11 cours (22 heures), et le programme fonctionnait depuis 1997. J’en conclus que les résultats de la recherche ont abouti à d’autres modifications du manuel.

Lorsque je me suis familiarisé avec l’intervention, des jeunes qui suivaient la formation et qui utilisaient le manuel m’ont rapporté qu’ils avaient des difficultés avec le niveau d’anglais, ainsi qu’avec certaines activités et méthodes. À partir de mes propres observations, j’ai également constaté des problèmes. Par exemple, on ne donnait aucune information d’ordre général sur le VIH et la santé sexuelle avant la leçon 5, mais dès la leçon 1, les participants utilisaient la notion de VIH (on assumait qu’ils avaient déjà les connaissances nécessaires). J’ai organisé un atelier avec les jeunes et les formateurs, et nous avons examiné le manuel. Je l’ai ensuite réécrit, et organisé deux autres ateliers avec les jeunes qui ont formé les formateurs pendant la refonte du matériel, afin de tester les leçons et les activités et recueillir des commentaires sur ce qui allait, ce qui manquait, etc. Cela a abouti à la version actuelle du manuel, qui s’accompagne d’un système de surveillance et de suivi élargi. Nous partons de l’hypothèse que, si la version précédente a pu retarder l’âge des premiers rapports sexuels et encourager les jeunes à utiliser des préservatifs, cette version – plus concentrée, qui fait davantage appel à la participation, et qui est plus logique dans ces processus – sera encore plus efficace. Toutefois, on pourrait encore y apporter des améliorations.

Q. Quels sont les mythes que vous avez dû briser, et comment variaient-ils d’un groupe à l’autre ou d’une région à l’autre ?

R. Il y en a beaucoup. Certains mythes sont sexospécifiques ; par exemple : « un garçon ne devient un homme qu’après sa première IST », ou « il est normal dans une relation de forcer une fille à avoir des rapports sexuels ». Certains croient encore que les guérisseurs traditionnels peuvent guérir le SIDA. Nous avons fait des tests avant et après le programme, et les participants obtiennent encore de mauvais scores sur cette question. Nous avons réfléchi et réalisé que c’était sûrement parce qu’il n’y avait pas une seule ligne sur les guérisseurs traditionnels dans les matériels pédagogiques.

Certains mythes sont sexospécifiques ; par exemple : « un garçon ne devient un homme qu’après sa première IST ».

Les idées fausses abondent sur les chances qu’à une fille de tomber enceinte : « On ne peut pas tomber enceinte debout ou la première fois qu’on a des rapports sexuels. » La confusion règne aussi quant à la force du virus, des pratiques telles que le coitus interuptus et sur le fait qu’on ne peut pas voir le VIH. Les jeunes ne comprennent pas le message de prévention qui recommande d’être fidèle à un seul partenaire ; ils pensent avoir des rapports sexuels protégés en restant fidèles à leur partenaire du moment, mais, quand cette relation se termine au bout de trois mois, ils en commencent une autre, et se disent fidèles à ce nouveau partenaire, et ainsi de suite …

Nous avons aussi découvert que la transmission était mal comprise. Les jeunes ne personnalisent pas le risque. Selon nous, l’utilisation du préservatif est beaucoup plus faible que ce qu’indiquent les études. On s’inquiète de l’écart entre les connaissances et le comportement, mais pour moi, le niveau de connaissances n’est pas aussi élevé qu’on le croit. Il n’est élevé que pour quelques indicateurs seulement. Donc, il y a encore des lacunes dans notre programme. Sur 20 heures de formation, deux consacrées au VIH/SIDA et deux autres à la santé sexuelle, cela ne suffit pas. Les animateurs doivent passer rapidement de ce qui est connu à ce qui ne l’est pas, et leurs connaissances doivent être mises à jour.

Q. Quelles leçons avez-vous tirées du processus d’adaptation ?

  • Impliquer les jeunes dès le départ
  • L’adaptation est un bon point départ, mais ce qui est adapté compte aussi pour beaucoup
  • Les tests préliminaires sont importants, notamment auprès de différents groupes de jeunes (ruraux/urbains, niveaux d’éducation, niveaux de langue, etc.) et les commentaires recueillis doivent être pris en compte, dans la mesure du possible
  • Il est important de former un « comité de développement », dirigé par le gouvernement, avec le soutien technique de l’UNICEF ou d’un sous-traitant. Tous les autres partenaires travaillant dans ce domaine doivent aussi participer ... et il faut s’assurer que cette participation ne se limite pas à des réunions ou des discussions de « projets ». Ils doivent aussi s’investir autant que possible dans les tests préliminaires.
  • La recherche conventionnelle pour tester les matériels est une bonne chose, mais pas une fin en soi.

2e partie : Leçons sur la participation des bénéficiaires

Q. Comment avez-vous obtenu le soutien et l’engagement des dirigeants politiques /hauts responsables, des enseignants et des parents ?

R. En 1995, le Ministère de l’Éducation de base a suivi un atelier régional organisé par l’UNICEF en Ouganda sur les compétences nécessaires dans la vie courante. La représentante ministérielle a pris cette question très au sérieux et a convaincu le ministre de s’y intéresser. L’UNICEF a fourni des fonds pour enclencher le processus, et un projet a été lancé dans le cadre du Programme de coopération 1997-2001. À la fin de 1998, j’ai formé un Comité directeur national pour recruter d’autres ministères (les Ministères de la Jeunesse et de la Santé, ainsi que le Conseil national des jeunes) en tant que partenaires officiels, pour susciter un intérêt national. Nous avons aussi constitué et officialisé des Comités multisectoriels pour la santé et le développement des jeunes chargés de planifier, de gérer et de surveiller l’intervention. Nous avons confié le financement de la mise en oeuvre du programme à ces comités, pour leur donner davantage de contrôle. Les fonds ont transité par  les bureaux des gouverneurs régionaux, pour que ceux-ci aient connaissance de l’intervention et prennent certaines responsabilités (par ex., la transparence du financement). En donnant aux hauts responsables du gouvernement l’opportunité de voir l’intervention en action et de parler avec les jeunes, nous avons gagné le soutien du Secrétaire permanent du Ministère de la Santé et du Ministère de l’Éducation de base. Il a aussi été utile d’informer des fonctionnaires clés, et de charger le représentant d’informer les hauts responsables du gouvernement, pour que ces derniers puissent en parler judicieusement comme de « leur » intervention.

Les enseignants n’ont eu aucune incitation financière, mais le Ministère de la Jeunesse a insisté pour que les jeunes soient compensés.  Cela ... a poussé certains enseignants à abandonner.

Nous avons obtenu des résultats mitigés avec les enseignants. Au départ, nous les avons formés, car le projet prévoyait que les leçons soient faites par un enseignant et un jeune. Mais cela n’a pas marché, pour plusieurs raisons. L’une d’elles est que beaucoup d’enseignants avaient des difficultés à parler de sexualité et à recommander l’utilisation du préservatif à leurs élèves, notamment des adolescents sexuellement actifs. Une autre raison est que les jeunes n’étaient pas non plus à l’aise pour discuter de leurs expériences sexuelles ou de la prise de substances dangereuses, etc, avec un de leurs professeurs. Et il y avait le problème des incitations financières : le Ministère de l’Éducation de base a décrété que les enseignants ne recevraient rien, alors que le Ministère de la Jeunesse a insisté pour que les jeunes touchent de l’argent. Cela a démotivé les enseignants, et certains d’entre eux ont abandonné le projet. Ces facteurs ont conduit à éliminer les enseignants en tant que co-animateurs.

Mais les enseignants sont encore impliqués et nous prévoyons de renforcer leur rôle. Nous avons créé le poste de « professeur de liaison » pour nous assurer que, dans chaque école, le directeur délègue la supervision des activités sur le SIDA à un professeur. Cette personne assure la continuité du projet, la tenue des dossiers, le suivi et une partie de la supervision à l’école. Le Ministère de l’Éducation de base a rédigé une circulaire destinée à toutes les catégories de personnel les informant de l’intervention et précisant leurs responsabilités.

Pour les parents, nous avons préparé en 1999 un petit livre d’informations sur l’intervention, qui a été largement distribué. Chaque jeune qui s’inscrit en a reçu un qu’il doit ramener chez lui. Nous passons aussi deux messages destinés aux parents à la TV et à la radio, qui leur demandent d’encourager les jeunes à utiliser des préservatifs, ce qui est l’un des objectifs du programme MFMC.

Q. Comment suscitez-vous l’intérêt des communautés où le programme MFMC est en cours ?

R. Plusieurs méthodes ont été utilisées … Comme je l’ai expliqué, la planification, la gestion, le financement et la surveillance sont décentralisés et confiés aux Comités régionaux pour susciter un certain intérêt à ce niveau. Plusieurs Comités régionaux ont offert des « orientations » aux chefs traditionnels et aux comités des écoles pour expliquer la mission du programme MFMC. D’autres ont organisé des journées Comités régionaux/MFMC pour sensibiliser l’opinion. Les médias de masse ont aussi été utilisés, les jeunes des comités régionaux ont été invités à parler du programme à la radio, et la presse a également couvert l’intervention sur les radios nationales et en différentes langues.

Q. Comment recrutez-vous les éducateurs pour les pairs ?

A. Il est important de donner les encouragements adéquats. Parmi les jeunes qui se présentaient au début, beaucoup le faisaient pour les mauvaises raisons : les 500 dollars namibiens payés à chaque animateur pour 20 heures de cours. Cette somme peut représenter plus du salaire mensuel moyen d’un vendeur ou d’un agent de sécurité. L’an prochain, dans le cadre du nouveau programme, nous adapterons les incitations à la formule nationale – le gouvernement versera aux volontaires jusqu’à 250 dollars namibiens par mois, pour un travail bénévole. Nous avons parlé de cela avec nos volontaires, en leur disant que nous couvrirons leurs menues dépenses, mais que la « prime aux formateurs » sera supprimée. Cela pourrait décourager certains, mais nous sommes sûrs de conserver un groupe loyal et prêt à accepter le bénévolat. Les économies ainsi réalisées seront investies dans la formation continue, ce qui nous permettra de conserver de bons animateurs pendant plus longtemps.

Quant à la sélection des animateurs, le processus a été décentralisé en 1998. Les Comités régionaux pour la santé et le développement des jeunes font un repérage pour identifier les besoins et recrutent sur cette base, en faisant des annonces dans les communautés où nous avons besoin d’animateurs. Les régions peuvent aussi passer par les services de langue de la radio nationale pour expliquer le processus de candidature. Les jeunes qui se présentent sont interviewés par des membres des sous-comités de suivi et d’évaluation.

Les jeunes sélectionnés suivent une formation de 10 jours (cette formation est centralisée à des fins de contrôle de qualité), pendant laquelle ils se livrent à de nombreux jeux de rôle, s’entraînent à animer des ateliers factices, sont évalués par leurs pairs et, dans certains cas, sont priés de ne pas continuer. La formation est assez intensive, car c’est d’elle que dépendra la qualité du travail des animateurs. Une fois qu’ils ont achevé leur formation, les jeunes signent un contrat de service volontaire qui stipule qu’ils recevront certaines compensations et qu’ils seront renvoyés s’ils ne respectent pas les directives qu’on leur a données. Les nouveaux animateurs sont ensuite affectés à une école /communauté.

Q. Comment trouvez-vous les jeunes qui reçoivent cette formation (quelles méthodes, quels cadres d’apprentissage) ?

R. Les jeunes viennent d’eux-mêmes. Les animateurs posent des affiches dans les écoles et les communautés annonçant la date et le lieu de la formation. Un quart des stagiaires sont en principe des jeunes qui ne vont pas à l’école. En moyenne, environ 80 pour cent des participants suivent la totalité des 10 cours (20 heures). Environ 90 pour cent suivent de 6 à 8 cours. Le VIH est abordé dans les 2 premiers cours, pour diffuser ces informations à ceux qui ne finiront pas la formation. Il y a aussi des incitations prévues pour les participants : un T-shirt et un certificat lorsqu’ils finissent les dix cours. On donne généralement une petite collation pendant les cours de 2 heures, car ils ont lieu juste après la classe, et certains participants ont faim. C’est ce qui avait été prévu sur le papier, mais dans la pratique, les participants doivent attendre cette collation jusqu’à la fête de fin de stage, lorsqu’ils ont fini les 10 cours.
Le programme nécessite donc un approvisionnement assez important qui requiert un système de distribution et de surveillance bien organisé. Cela comprend la distribution de préservatifs (achetés par le FNUAP). Actuellement, pour les 25 000 participants que nous formons chaque année, nous avons besoin de 22 000 T-shirts et certificats, de 25 000 manuels, cahiers, stylos, des centaines de milliers de fiches de surveillance, etc.

Q. Que faites-vous pour conserver l’engagement des jeunes ?

R. Malheureusement, les meilleurs animateurs ne durent pas longtemps. Au cours des deux dernières années, l’armé et la police ont recruté la majorité d’entre eux. Lorsque nous formons les animateurs, nous leur demandons de s’engager à faire au moins 4 cours de 20 heures chacun (cela veut dire qu’ils formeront de 80 à 85 jeunes). Comme chaque cours dure de 3 à 5 semaines (avec un minimum d’un cours de 2 heures par semaine), nous leur demandons de s’engager pour une durée de 3 à 5 mois.

Nous demandons [aux animateurs] de s’engager à faire au moins 4 cours de 20 heures chacun ... pendant une durée de 3 à 5 mois.

Certains de nos animateurs sont avec nous depuis 1997. Ils assurent deux cours au premier semestre et font un autre travail volontaire ou rémunéré. Nous avions plus de 600 animateurs en 1999 ; ils ne sont plus que 330 aujourd’hui, mais nous dispensons presque le même nombre de cours. Cela veut dire que beaucoup d’animateurs font de 7 à 8 cours par an. Chacun des 13 bureaux des comités régionaux a au moins un maître formateur principal. Ce dernier, qui rend compte directement au président du comité régional, gère le bureau et le matériel et supervise plusieurs maîtres formateurs. Chaque maître formateur est chargé de superviser plusieurs animateurs (10 au maximum), et se déplace dans les écoles pour surveiller les animateurs, faire des suggestions et dispenser une formation en cours d’emploi. Les maîtres formateurs regroupent aussi les rapports des animateurs et surveillent l’utilisation du matériel. Ils fournissent une aide supplémentaire pour gérer le bureau. Ils reçoivent une rémunération mensuelle et les partenaires du programme considèrent que cet argent est bien dépensé.

Q. Avec toutes leurs obligations, comment persuadez-vous les enseignants de participer ?

R. Certaines écoles ont le même professeur de liaison depuis quatre ans. D’autres ont du mal à en désigner un. Nous voulons examiner l’engagement des enseignants dans le nouveau programme. Le gouvernement met actuellement sur pied une politique nationale de lutte contre le SIDA selon laquelle les programmes sur le VIH/SIDA à l’école seront intégrés à des Plans régionaux (pour l’éducation de base et supérieure). Nous aimerions que le programme MFMC devienne une activité périscolaire dans chaque école, figurant dans le calendrier et le programme scolaires. Nous aimerions qu’un seul professeur soit responsable du programme sur le VIH/SIDA à l’école, dont le MFMC ne serait qu’une composante. Les programmes scolaires devraient aussi prévoir un système de récompenses, un club de sensibilisation au SIDA et la distribution de matériels IEC. Le comité de lutte contre le SIDA au Ministère informe d’autres donateurs sur l’intervention, et en est largement responsable à présent

3e partie : Leçons apprises concernant le « passage à grande échelle »

Q. Comment avez-vous étendu le rayon d’action du programme chaque année ?

R. Il était important de mettre un comité opérationnel sur pied au niveau régional. Il était aussi important de rédiger des notes de travail sur la gestion du projet, et de les actualiser chaque année. Des mandats existent pour les comités et les sous-comités chargés de la surveillance, de la formation et du financement. Nous avons aidé ces organes à ouvrir des bureaux dont les comptes financiers étaient gérés par les bureaux régionaux du gouverneur. Nous avons offert des formations sur la création de comités, la gestion du budget et des comptes, et nous avons mis en place une structure d’exécution. Nous avons révisé le manuel et la formation en 1999. Le processus n’a pas été sans heurts : il s’est interrompu et a redémarré plusieurs fois en raison d’un manque de ressources - par ex., les bureaux ne

pouvaient pas obtenir de nouveaux fonds avant d’avoir justifié toutes leurs dépenses passées.
Si j’ai un conseil à donner aux autres programmes … Planifiez le programme à l’échelle. Au moment où vous le concevez, concevez-le à l’échelle. Assurez-vous que le budget est suffisant. Réfléchissez sérieusement à l’argent qu’il vous faudra. Pensez au nombre de personnes à former, au nombre d’écoles à mobiliser, aux moyens d’accomplir cela pendant la période donnée, aux ressources dont vous devez disposer. Rédigez des plans de travail annuels plutôt que sur cinq ans, en vous ménageant la possibilité de les modifier chaque année. Fixez des cibles réalistes et planifiées. Nous avions prévu initialement d’atteindre 80 pour cent des 10-18 ans, avec différents programmes destinés aux 10-12 ans, 13-14 ans et 15-18 ans. Nous avons dû revoir ces chiffres à la baisse. Nous avons donné la priorité aux jeunes sexuellement actifs et réussi à lancer un programme pour les 15-18 ans. Autant que possible, utilisez des structures existantes et souvenez-vous : les jeunes doivent participer dès le départ, en tant que partenaires.

Q. Que devrez-vous faire pour atteindre la cible de 80 pour cent des 15 à 18 ans d’ici à la fin de l’année ?

Acheter 25 000 T-shirts chaque année revient cher, mais c’est maintenant entré dans la norme de nos activités.

R. Le problème avec ce pourcentage est qu’il faut y ajouter chaque année 25 000 jeunes (qui passent de 14 ans à 15 ans). C’est pourquoi les partenaires nationaux ont arrêté le nombre de 100 000 comme équivalent à la cible de 80 pour cent. Nous avons déjà atteint ce nombre et nous pourrions arriver à près de 110 000 d’ici à la fin de l’année. Mais cette intervention nécessite des ressources importantes. Chaque participant reçoit un manuel, un T-shirt, et un certificat ; chaque animateur reçoit une compensation financière ; il y a des comités multisectoriels qui gèrent l’intervention dans chaque région … Et si on lance dès le départ une intervention « riche », il est difficile de faire machine arrière par la suite. Acheter 25 000 T-shirts, etc., chaque année revient cher, mais c’est maintenant entré dans la norme de nos activités. Nous pourrions faire des économies sur le papier des manuels et prendre d’autres mesures, mais la dépense la plus importante reste celle de la compensation des animateurs, qui va devoir baisser. Nous devrons convenir d’une nouvelle incitation forfaitaire minimum et l’annoncer dès le départ. Pour récompenser les efforts qui dépassent le cadre des attributions ordinaires, il y aura des prix comme une bicyclette ou un voyage d’études. Il est important de donner des incitations, mais il doit y avoir un équilibre entre les récompenses en nature et en argent.

Donc, pour poursuivre l’intervention, nous avons besoin de fonds. Chaque année, entre 25 000 et 30 000 adolescents de plus auront 15 ans, et pourront en bénéficier. Ce n’est pas comme lorsqu’on creuse un puits, le projet ne sera « durable » que si le gouvernement le finance … C’est une intervention, et à ce titre, les activités doivent avoir lieu chaque année si nous voulons freiner la propagation du VIH. La difficulté consistera à réduire les coûts au fil du temps.

Mais par ailleurs, il n’est peut-être pas nécessaire d’atteindre un si grand nombre de jeunes ; 80 pour cent n’est peut-être pas indispensable – ce n’est peut-être pas la masse critique requise pour modifier le comportement social des jeunes. À l’heure actuelle, nous demandons à chaque stagiaire, pendant le dernier cours, de rédiger un plan d’action et de s’engager à parler à 5 amis des compétences et des informations les plus importantes qu’ils ont acquises. Si le programme de formation est efficace, et que tous ceux qui y participent mobilisent 10, 20 ou 50 de leurs pairs, cela peut fonctionner tout aussi bien, si ce n’est mieux … Nous ne savons pas avec certitude quelle est la masse critique de l’éducation pour les pairs.

Q. Tandis que le programme s’élargit au niveau national, comment répondez-vous aux besoins uniques de chaque communauté/région ?

R. Nous essayons maintenant de faire le maximum avec un minimum de ressources. Au début, nous avions des comités multisectoriels très nombreux au niveau régional. Maintenant, nous travaillons avec un groupe réduit de fonctionnaires engagés qui gèrent l’intervention à ce niveau avec des incitations minimes. La participation des jeunes des communautés où le programme MFMC est mis en oeuvre, à la fois en tant qu’animateurs et surveillants, est un élément fondamental. Ces jeunes sont connus dans la communauté et ont accès aux écoles. Dans certaines régions, nous avons formé plus d’un comité, pour refléter à la fois la taille de la région et sa diversité ethnique.

Nous souhaiterions améliorer le suivi, à travers un système de récompenses et de clubs anti-SIDA dans les écoles.

Nous sommes à présent en train de transformer les Comités régionaux en Comités pour la santé des jeunes, dont les opérations seront officiellement soutenues par un ministère, qui assurera le secrétariat. Ces Comités pour la santé des jeunes seront des sous-comités officiels des Comités régionaux de coordination de la lutte contre le SIDA. Ils géreront d’autres activités en plus du programme MFMC. Ils serviront de plate-forme pour mobiliser, organiser et former les jeunes à la prévention du VIH et aux activités liées aux soins. Ils élargiront le rôle des jeunes en tant que ressource dans le domaine de la santé des jeunes. Tout programme, toute ONG, etc., qui souhaite mobiliser les jeunes en tant que partenaires pourrait le faire par l’intermédiaire de ces comités. D’autres organismes pourraient contribuer à les financer pour soutenir leurs activités. Ce processus va s’accélérer une fois que tous les partenaires de l’ONU acceptent le principe de cette structure. Le gouvernement a besoin de notre aide pour transformer les comités régionaux en Comités pour la santé de jeunes officiels, définis et dotés d’un budget. Une fois que cela sera fait, les mêmes jeunes pourront participer à plus d’une activité, financées par plusieurs partenaires différents.

Q. Tout en élargissant le programme, quels changements envisagez-vous ?

R. Nous sommes heureux que le programme MFMC soit plus largement reconnu – nous venons de recevoir le prix du Commonwealth pour la lutte contre le VIH/SIDA – mais nous voulons rester honnêtes quant aux problèmes. Et nous voulons l’améliorer. Par exemple, nous aimerions améliorer le suivi assuré par les animateurs, à travers des systèmes de récompense et de clubs anti-SIDA dans les écoles. Nous aimerions aussi voir le programme exécuté partout. La priorité est donnée à présent aux écoles où le nombre de grossesses d’adolescentes est élevé. Nous voulons aussi améliorer la sélection des animateurs. Nous envisageons de constituer un réseau de militants anti-SIDA, actifs dans les écoles et les communautés.


 

 

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