Zimbabwe

Des fonds de transition insufflent une nouvelle vie au système de santé du Zimbabwe

Les nouveaux fonds ont permis aux hôpitaux du Zimbabwe d’embaucher et de maintenir du personnel, comme le Dr Emmanuel Chagondah, après que la crise économique ait dévasté le secteur de santé du pays. Mercy Muchero, à droite, est l'une de ses patientes.

 

Par Suzanne Mary Beukes

Un fonds de financement mis en place par de multiples donateurs aide à revitaliser le système de santé du Zimbabwe après des années de pénuries et de négligence provoquées par la crise économique. 

Chivi, Zimbabwe, le 12 juillet 2013 – Sentant les premières douleurs de l'accouchement, Mercy Muchero commença la longue marche depuis son village, dans le District de Chivi au sud-est du Zimbabwe, jusqu’à l'hôpital le plus proche. Mais elle avait mal calculé le temps qu’il faudrait pour y arriver. « Tout à coup, j'ai perdu les eaux. L'enfant était en train de naître », explique la jeune femme de 26 ans.

A mi-chemin, elle donna naissance sur le côté de la route. À peine capable de marcher, avec son nouveau-né dans ses bras, elle continua lentement, ne
sachant pas que son utérus était descendu pendant l'accouchement.

Quand elle a atteint l'hôpital du District de Chivi, un médecin l’a immédiatement emmenée en salle de chirurgie. « Son risque d'infection était extrêmement élevé, le médecin de district de l'hôpital, le Dr Emmanuel Chagondah, explique. Elle aurait pu mourir si un médecin n'avait pas été disponible ».

Forte baisse

Mlle Muchero n'aurait pas eu tant de chance il y a à peine un an. À l'époque, l'hôpital du district ne comptait pas un seul médecin parmi son personnel, et de nombreux postes d'infirmières étaient vacants. Ces conditions ne faisaient pas figure d’exception au Zimbabwe et de nombreux établissements de santé dans ce pays d'Afrique australe étaient confrontés à de telles pénuries de personnel.

Selon le ministère de la santé et de la protection de l'enfance, 69 pour cent des postes de médecins et 80 pour cent des postes de sages-femmes étaient vacants en 2011.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
L’hôpital du district de Chivi est un hôpital de référence pour 18 dispensaires en milieu rural dans la province méridionale de Masvingo au Zimbabwe. La plupart des patients sont des femmes et des enfants.

Le secteur de la santé du Zimbabwe était l'un des meilleurs en Afrique subsaharienne dans les années 1980, mais s'est presque effondré suite à la crise économique provoquée par une hyperinflation de plus de 230 millions pour cent en 2008. Les années suivantes, le sous-investissement chronique n’a fait qu'empirer la situation.

Dr. Henry Madzorera, Ministre de la santé et de la protection de l'enfance, se souvient de la pire période. « Il y avait un manque d'équipement. L'approvisionnement en médicaments avait cessé. Les hôpitaux publics ont dû fermer. La plupart des professionnels de la santé ont quitté le pays pour poursuivre des opportunités dans d'autres pays », dit-il.

Les mères et les bébés ont le plus souffert de l’écroulement du système de santé. Les taux de mortalité maternelle et infantile ont grimpé. Environ huit femmes mouraient chaque jour de complications liées à la grossesse, selon l'Enquête démographique et de santé 2010-2011. En outre, on estime que 80 enfants de moins de 5 ans sont morts chaque jour, principalement de causes évitables – tel que le VIH pédiatrique, la diarrhée, la pneumonie et la malnutrition.

Réanimation

La communauté internationale des bailleurs de fonds est finalement intervenue. Grâce à un fonds dirigé par le ministère de la Santé et géré par l'UNICEF, un groupe de donateurs s’est engagé à fournir 435 millions de dollars É.-U. pour le système de santé du Zimbabwe entre 2011 et 2015. L'argent soutient la santé maternelle et infantile, la nutrition, les médicaments essentiels, vaccins et équipements de base, les ressources humaines, ainsi que les politiques de santé et la planification financière.

Une des mesures les plus urgentes implémentées par le du Fonds de transition pour la santé a été de retenir les quelques agents de santé qualifiés restés dans le pays en augmentant les salaires, en collaboration avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les progrès ont été constants, mais toutefois entravés par des obstacles administratifs, et de nombreux postes restent vacants, en particulier dans les zones rurales.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Le bébé de Mercy Muchero est né sur le côté de la route alors qu'elle se rendait à la clinique. Elle dit que dès qu'elle est rentrée en salle d'accouchement, les sages-femmes ont pris soin d’elle et du bébé. Il y a quelques années, elle n’aurait pas reçu cette attention médicale.

Aboubacar Kampo, Chef de la survie et du développement infantile pour l' UNICEF au Zimbabwe, explique que le Fonds étant un mécanisme de transition, il est essentiel que le Gouvernement travaille en étroite collaboration avec l'UNICEF et d'autres partenaires de développement pour améliorer le système de santé et assurer sa viabilité sur le long terme. Le Gouvernement doit prioritairement augmenter le budget national de la santé - actuellement fixé à 380 millions de dollars É.-U., soit moins de la moitié du budget nécessaire – afin de prendre en charge les frais actuellement assumés par les donateurs.

Les déficits deviennent évidents dès que l'on quitte les centres urbains du Zimbabwe. A l'hôpital de district de Chivi dans la province de Masvingo, le Dr Chagondah se promène dans les couloirs où résonnent les échos, en décrivant les conditions dans lesquelles il doit superviser une structure 174 000 personnes.

La plupart du temps, il n'y a pas d’eau courante, et les pannes d'électricité sont fréquentes, dit-il. L’équipement de réanimation et d’autres machines essentielles sont cassées.

Des signes d'amélioration

En dépit de ces problèmes, le Dr Chagondah note quelques évolutions positives. Le Gouvernement a commencé à éliminer les frais pour les femmes enceintes et allaitantes et les enfants de moins de 5 ans. Ainsi, les barrières pour accéder aux services sont considérablement réduites pour eux, dit-il. Avec les paiements supplémentaires, plus de personnel a été engagé.

Ce médecin de 29 ans est lui-même un exemple de certains des premiers succès du Fonds de transition, qui, en lui offrant un salaire correct, lui a permis d'accepter un poste dans une partie rurale de Chivi. « Je savais que cela faisait plus de quatre ans qu'il n'y avait pas eu de médecin à Chivi, dit-il. Je voulais aider. »

Pendant ce temps, Mme Muchero se remet sur pied à la maternité. « Les infirmières me traitent très bien, avec beaucoup de passion », dit-elle avec un sourire timide. Comme elle avait a donné naissance à son deuxième enfant il y a près de trois ans dans le même hôpital, elle peut voir une différence marquée dans la prestation de services: « La dernière fois que j'étais ici, il n'y avait pas de médecin. Cette fois, je me sens très en sécurité. J'ai vraiment envie de donner naissance ici à nouveau. »


 

 

Related links

Partenariat UNICEF-Union européenne

Recherche