En bref: Yémen

Au Yémen, les mines terrestres et les munitions non explosées constituent une grave menace pour les enfants

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© UNICEF Yémen/2012/Simonsen
Ameed, 10 ans, a perdu une jambe et la seconde a été mutilée lorsqu’il a marché accidentellement sur une mine terrestre alors qu’il jouait sur un marché de Sana'a au Yémen.

Par Sven G. Simonsen

SANA’A, Yémen, 12 juillet 2012 – Ameed, 10 ans,  ne se réjouis pas tellement de quitter la maison désormais, mais aujourd'hui il doit le faire. Son père l'amène à l'hôpital. Il y a deux mois, il a marché sur une mine qui lui a emporté une jambe et mutilé l'autre. Maintenant la douleur a empiré.

Par chance, Ameed pourra bénéficier d'une prothèse quand il en aura fini avec les opérations. les médecins pensent qu'il lui faudra encore en subir trois pour finir de lui oter les éclats de métal de son pied et de son épaule. Ensuite, il devrait pourvoir remarcher. 

Ameed fait partie du nombre croissant des enfants victimes au Yémen des mines terrestres et des munitions ou engins non explosés (ENEX). Sur les seuls quatre premiers mois de cette année, 16 enfants ont été tués et 24 mutilés dans 20 accidents. La plupart des victimes étaient des garçons qui joaient à l'extérieur de leur domicile.

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Ameed, 10 ans, jeune victime de l'explosion d'une mine terrestre, joue à la maison avec ses frères et soeurs à Sana'a au Yémen.

Se battre pour pouvoir payer les soins

Ameed vit chez ses parents avec ses quatre frères et soeurs plus jeunes. Il se déplace en rampant sur le parquet ; sa chaise roulante est trop grande pour les petites pièces et les couloirs étroits de la maison.

Il ne se rappelle pas grand-chose de ce qui est arrivé le jour où il a perdu sa jambe. Il était sorti avec des amis pour jouer au marché à quelques kilomètres de sa maison ; c’est un endroit où ils avaient l’habitude de jouer.

« Et puis soudainement, j’ai marché sur la mine », raconte-t-il. « Après cela je ne me rappelle de rien jusqu’à ce que je me réveille avec plein de gens autour de moi pour me venir en aide ». 

Ameed a passé deux mois en hospitalisation. Il a reçu beaucoup d’attention et de sympathie ; même le premier Ministre lui a rendu visite. Pourtant sa famille doit se battre pour assumer ses soins. Le père d’Ameed est un soldat de la première division blindée ; payer les factures de l’hôpital lui étaient impossibles avec son salaire. L’UNICEF a donc, par l’intermédiaire de son partenaire le Danish Refugee Council (DRC), pris en charge le coût des opérations.

« Tous les enfants ont peur de cet endroit maintenant ; nous n'y allons plus », explique l'un des frères d'Ameed. Pourtant aucune évaluation ou relevé des mines terrestres sur cette place n'a encore été entrepris.

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Au Yémen, Ameed fait partie du nombre croissant des enfants victimes des mines terrestres et des munitions ou engins non explosés (ENEX).

Un problème répandu

Les mines et les ENEX constituent des menaces particulièrement sérieuses dans les zones affectées par le conflit au nord du Yémen, où les forces gouvernementales se sont affrontées six fois aux rebelles Al-Houthi entre 2004 et 2010, et dans le sud, spécialement dans le gouvernorat d’Abyan, où des combats sont en cours entre les forces gouvernementales et l’Ansar Al-Sharia/Al-Qaeda.

Mais la menace est réelle ailleurs également. Dans la zone Al-Hasaba à Sana’a, où vit Ameed, des batiments ont été vises et réduits à l’état de ruines, et dans d’autres des sacs de sable sont empilés sur les toits pour protéger des snipers, des rappels de l’intensité des combats en 2011 entre les forces gouvernementales et la première division blindée. Les mines étaient l’une des armes utilisées au cours de cette bataille.

Une convalescence difficile

« J’ai très mal à ma jambe », dit Ameed. « La nuit je n’arrive plus à dormir ».

Pourtant, il ne ménage pas ses efforts pour se remettre de sa blessure. Il est joyeux avec ses frères et soeurs, et continue d’étudier avec ses camarades de classe pour ne pas perdre sa quatrième année.

Grâce à un arrangement avec l’école, Ameed étudie à la maison. Il ira à l’école seulement pour les examens, qui commencent dans cinq jours. Il est prêt, mais son manque de sommeil l’inquiète.

Hier, le père d’Ameed l’a ramené à l’école pour la première fois depuis l’accident. Ils ont rencontré le Directeur pour discuter de la présence d’Ameed en classe et aux examens. Quand les élèves ont vu Ameed arriver, ils se sont rassemblés autour de lui pour lui demander comment il allait.

« J’étais si heureux », se rappelle-t-il, avec un large sourire, « surtout quand j’ai retrouvé mes amis. C’était comme si rien ne m’était arrivé ».


 

 

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