En bref: Yémen

Une jeune fille courageuse fait bouger les choses au Yémen après s'être opposée au mariage d'enfants

Image de l'UNICEF
© UNICEF Yémen/2009/Rehman
Nojoud (troisième à partir de la gauche) aime jouer avec ses frères et sœurs et est heureuse d’avoir retrouvé son rôle d’enfant chez elle, au Yémen.

Par Naseem-Ur-Rehman

SANA’A, Yémen, 24 juillet 2009 – S'opposer au mariage des enfants était quelque chose d'inconnu au Yémen jusqu'à ce que, à Sanna'a, Nojoud Ali, 10 ans, aille devant les tribunaux et demande le divorce. Mettant fin à ce qu'elle avait décrit comme une « vie conjugale de cauchemar », le tribunal lui a accordé le divorce de son mari, âgé de 30 ans.

Nojoud n'est pas une fille ordinaire. Sa démarche courageuse a entraîné une énorme attention de la part des médias et préparé le terrain à des actions sociales et juridiques. Dans les semaines à venir, le parlement du Yémen devrait examiner une loi stipulant que les filles ne peuvent pas se marier avant l'âge de 18 ans.

Le défi rencontré par le Yémen, celui d'accepter la réalité et les risques des mariages d'enfants, n'a pas été une chose facile. La coutume du mariage précoce est depuis longtemps acceptée dans cette société traditionaliste et conservatrice.

Une étude récente menée par l'université de Sana'a a révélé que l'âge moyen du mariage dans les villages des zones rurales se situait entre 12 et 13 ans. Et selon le Centre international de recherche sur les femmes, presque la moitié des femmes du Yémen sont mariées avant qu'ellles atteignent 18 ans.


Mortalité maternelle élevée
Cette coutume a pour résultat que les taux de mortalité maternelle et néo-natale au Yémen sont parmi les plus élevés du monde avec 365 femmes et 41 nouveau-nés qui meurent pour 100 000 naissances vivantes. Les jeunes mères âgées de moins de 15 ans risquent cinq fois plus de mourir de complications au moment de l’accouchement que les femmes âgées de vingt à trente ans.

 Mais les efforts déplyés par le Yémen pour mettre un terme aux mariages d'enfants commencent à porter leurs fruits. Un sujet qui était jadis tabou fait aujourd'hui l'objet de discussions dans les foyers, les villages et les milieux politiques. L'histoire de Nojoud est sur toutes les lèvres.
 
Parallèlement aux actions menées en faveur d'une législation efficace interdisant le mariage des enfants, l'UNICEF appuie les communautés locales alors qu'elles deviennent de mieux en mieux informées sur les effets sociaux, médicaux et psychologiques de cette coutume. Des forums réunissent des responsables religieux, politiques et du secteur de  l'enseignement pour discuter de la façon dont ils peuvent jouer un rôle pour y mettre fin.

L'action des médias
Les médias ont été un puissant allié dans cette action. Pour apporter une aide, l'UNICEF a formé plus de 200 journalistes locaux à des problèmes qui sont souvent passés sous silence comme les mariages d'enfants, la mortalité maternelle, l'éducation des filles et la traite des enfants.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Yemen/2009/Rehman
Le Représentant de l'UNICEF au Yémen Aboudou Karimou Adjibade (à gauche) a rendu visite à Nojoud (troisième à partir de la gauche) et à sa famille. Il s'est entretenu avec ses parents de l'importance de l'éducation des filles et des risques posés par les mariages d'enfants.

« Quand on expose des questions délicates, on peut être surpris par l'effet que cela peut avoir sur ceux qui souffrent en silence. L'action menée contre l'acceptation de coutumes dangereuses est la première mesure importante à prendre, » dit le Représentant de l'UNICEF au Yémen Aboudou Karimou Adjibade.  

Il reste beaucoup à accomplir. Le pays a surmonté son refus de reconnaissance du problème mais il n’est pas encore parvenu à  un consensus national pour déclarer illégaux les mariages d'enfants.

Ramasser les morceaux
En attendant,  Nojoud ramasse les morceaux de son enfance interrompue.

« Je conserve de grands espoirs. J'apprécie d'aller à l'école et j'étudierai d'arrache-pied pour devenir avocat, » dit-elle.

« Je réalise aujourd'hui l'erreur et je n'engagerai plus jamais une autre de mes filles dans un mariage d'enfants, » affirme le père de Nojoud. « Mes filles seront mariées quand elles seront en âge de l'être. »


 

 

UNGEI

Site de l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles
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