Ouganda

En Ouganda, un forum cherche à améliorer l’enregistrement des naissances pour toute l’Afrique

Des officiers d’état civil de 13 pays africains se sont récemment réunis en Ouganda pour améliorer l’enregistrement des naissances à travers le continent.  Télécharger cette vidéo

 

Par Kun Li

Plus de la moitié des enfants d’Afrique subsaharienne n’ont pas de certificat de naissance, ce qui limite leur accès aux services sociaux de base comme les soins de santé et l’école. Treize pays se sont rassemblés afin d’étudier les tendances actuelles, et ont conclu que les innovations technologiques étaient importantes, mais ne représentaient qu’une partie de la solution.

KAMPALA, Ouganda, le 16 octobre 2013 – L’enregistrement des naissances et des décès constitue une fonction de base de tout gouvernement national, puisqu’il aide à garantir le respect des droits fondamentaux des citoyens et à fournir des données statistiques importantes. Mais aujourd’hui, plus de la moitié des enfants d’Afrique subsaharienne ne sont pas enregistrés à la naissance.

La réforme des systèmes d’enregistrement civil caducs constitue aujourd’hui un problème que de nombreux gouvernements africains ne peuvent plus ignorer. Mais comment les pays peuvent-ils avancer si leurs systèmes sont défaillants ? La technologie détient-elle la solution ? Et comment le processus d’enregistrement peut-il mieux atteindre tous les niveaux de la société ?

C’est avec ces questions à l’esprit que les représentants de 13 pays se sont récemment réunis en Ouganda pour partager leurs expériences, apprendre les uns des autres et s’inspirer d’un projet ambitieux utilisant les technologies mobiles pour enregistrer les naissances en Ouganda.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Uganda/2013/Sibiloni
Les représentants lors de la conférence. Le forum a permis aux participants d’apprendre les uns des autres en partageant leurs réussites et les défis rencontrés par leurs pays.

Parmi les participants à ce voyage d’étude qui a duré une semaine figuraient des officiers d’état civil et des statisticiens nationaux, ainsi que des responsables de la santé de l’Angola, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Malawi, du Mozambique, du Niger, du Nigeria, du Sénégal, d’Afrique du Sud, de Tanzanie, d’Ouganda et de Zambie, ainsi que des homologues d’Inde et des experts d’organismes partenaires. L’événement était organisé par le Bureau des services d’enregistrement ougandais, avec l’appui de l’Union européenne et de l’UNICEF.

Une possibilité d’apprentissage

Entre les présentations et les exercices de groupe, une journée de visites sur le terrain était prévue pour que les participants puissent quitter les salles de conférence et visiter des hôpitaux et des villages isolés, et constater par eux-mêmes comment les technologies avaient permis de rendre les systèmes d’enregistrement civil ougandais plus efficaces et efficients.

« Grâce aux nouvelles technologies, l’Afrique peut faire un bond en avant dans un laps de temps plus réduit et en parvenant aux mêmes résultats que d’autres pays, qui les ont acquis suite à des siècles d’investissement dans ce domaine », a affirmé Pali Lehohla, directeur de Statistics South Africa.

Un autre participant, Dieh Mandiaye Ba, directeur du Centre National de l’Etat-Civil du Sénégal, a présenté les principaux défis pour son pays : la sécurité dans le cadre de l’enregistrement civil, de la collecte et du stockage des données, et la garantie d’une couverture complète des enregistrements. « Nous espérons que ce genre de possibilités d’apprentissage nous aidera à développer une stratégie pour relever tous ces défis », a-t-il affirmé.

L’enregistrement sur place

Contrairement à d’autres pays d’Afrique où l’enregistrement des naissances est indépendant des services de santé, l’Ouganda a placé les services d’enregistrement dans les hôpitaux – en maternité et en pédiatrie – afin que les mères puissent faire enregistrer la naissance de leurs enfants juste après l’accouchement, ou lorsqu’elles reviennent pour les vaccins et les bilans de santé de leurs enfants. Les informations sont ensuite transférées vers une application Internet reliée à une base de données du gouvernement. Après vérification par un  responsable administratif de l’hôpital, un certificat de naissance officiel est imprimé, le tout en quelques minutes.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Uganda/2013/Sibiloni
Une femme montre le certificat de naissance de son bébé. Le certificat vient d’être généré grâce au Mobile Vital Record System, à l’hôpital de Mulago en Ouganda. Un enfant privé de certificat de naissance voit son accès aux services sociaux de base fortement limité.

Le groupe a également pris connaissance du Mobile Vital Record System, développé avec l’aide de l’UNICEF et de Uganda Telecom, qui permet aux communautés d’enregistrer les naissances. Même dans un village isolé, il suffit que la mère signale une naissance à un  notifiant local du gouvernement, qui entre ensuite les informations via un téléphone mobile dans la base de données centrale. Lorsqu’il se rend au village pour vérifier la naissance, le notifiant n’a pas besoin d’amener de registres, son téléphone portable suffit. S’il a besoin de faire des modifications, il peut récupérer le dossier via le téléphone et le modifier sur place.

« Avant, nous faisions des certificats de naissance manuscrits, mais de nos jours, tout est informatisé », affirme Joel Sebakije, chef de paroisse et notifiant dans le sous-comté de Kiyuni. « Et puis notre paroisse s’agrandit. Pour enregistrer les 20 villages, avant, il nous aurait fallu trois registres par mois. Mais grâce aux téléphones portables, nous n’avons plus  besoin de nous déplacer avec les registres. De plus, dans les villages, les gens sont toujours contents quand je leur montre leur dossier depuis le téléphone ».

Enregistrer chaque naissance

L’expérience de l’Ouganda en matière de technologies a permis d’exposer de nouvelles possibilités aux participants, mais leur a également rappelé quelque chose de plus fondamental : un système solide et profitant à tous doit précéder les technologies pour qu’elles soient utiles.

« [L’Ouganda] a réussi à surmonter de nombreux obstacles dans le domaine de l’enregistrement civil et des statistiques d’état civil, et cela a été relativement bien fait », a affirmé Carla Guilaze, directrice du bureau de l’état civil et du notariat au Mozambique. « Pourquoi ? Parce qu’ils sont capables d’enregistrer, à la base, toute naissance qui a lieu ».

« D’après ce que j’ai vu en Ouganda, des solutions innovantes et technologiques peuvent nous aider à faire un bond en avant quant à l’enregistrement civil, en particulier dans les régions isolées », a affirmé Cornelius Williams, conseiller régional de l’UNICEF pour la protection de l’enfance en Afrique de l’Est et australe, qui a souligné que les échanges Sud-Sud comme celui-ci permettaient aux participants de réaliser que les autres rencontrent les mêmes défis qu’eux.

« Nous sommes enchantés de notre expérience en Ouganda, » a affirmé Garba Musa Rano, directeur adjoint de l’enregistrement de l’état civil au Nigéria. « Nous allons rentrer et continuer notre collaboration avec nos collègues de l’Ouganda et de l’UNICEF afin que notre système fonctionne mieux. Nous avons encore un long chemin à parcourir et beaucoup de choses à faire, notamment en matière de plaidoyer politique, mais nous y parviendrons ».


 

 

Photographie : L’enregistrement des naissances et l’école

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