En bref: République arabe syrienne

Les vie des enfants sont en suspens dans la République arabe syrienne

Par Iman Morooka

Alors que des familles syriennes affluent dans le gouvernorat de Tartous pour échapper à la violence dans leurs villes, trouver un abri parmi des étrangers et surmonter les pertes et le deuil, les vie de leurs enfants  sont en suspens et il n'y a pas de fin en vue.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Syrian Arab Republic/2013/Morooka
Un enfant joue avec le morceau d’une boîte en plastique cassée dans la cour d'un abri collectif à Tartous, République arabe syrienne. Alors que le conflit entre dans sa troisième année, des familles de plus en plus nombreuses fuient les violences et viennent dans des villes comme Tartous.

TARTOUS, République arabe syrienne, 2 avril 2013 – « Ma petite sœur de 4 ans ne pouvait plus parler après avoir vu notre quartier se faire attaquer », affirme Siham*.

Siham a 20 ans. Elle vient d'Alep. Elle me raconte l'histoire de l'exode de sa famille jusqu’à la ville côtière de Tartous. J'ai rencontré la famille quand j'ai visité l'un des abris collectifs pour les familles déplacées dans cette région plus calme d’un pays déchiré par le conflit.

« Nous lui avons donné de l'eau et a essayé de la faire parler, mais elle ne pouvait pas, poursuit-elle.
Elle était en état de choc. »

Un abri dans Tartous

Il y a environ 200 000 personnes qui ont besoin d'aide humanitaire dans le gouvernorat de Tartous, mais le nombre réel a augmenté récemment d’après les dernières informations. Les gens sont venus d'autres régions du pays, notamment Homs, Alep, Raqqa, Deir ez-Zor, Idleb et Deraa. De nouveaux arrivants affluent tous les jours.

Ce n’était pas la première fois que j’entendais parler d’une personne qui avait temporairement perdu la capacité de parler, suite à un choc extrême, un acte de violence ou simplement parce qu’elle avait été témoin d’un acte de violence. Plusieurs familles que j'ai rencontrées m'ont dit que l'un de leurs membres --ou elles-mêmes – avaient subi un tel traumatisme.

« Dieu merci, elle va bien maintenant » sourit Siham. La famille vit actuellement dans l'une des chambres dans un bâtiment communal à Tartous. Ils sont en sécurité maintenant, mais leur sortie d’Alep n'était pas sans risques. « Alors que nous nous éloignions de la maison dans la voiture, des combats ont éclaté. Nous avions tellement peur que nous avons commencé à pleurer. »

Siham ne se plaint pas du fait qu'elle doive partager l'espace avec d'autres familles. Il y a 37 familles qui vivent ensemble dans cet abri, elles ont toutes échappé à la violence qui sévit dans le gouvernorat d’Alep. « On aime être ici parce que c'est sûr, et je veux rester ici jusqu'à ce que la paix revienne », affirme Siham. « Maintenant, ma plus jeune sœur se porte beaucoup mieux, elle peut de nouveau parler. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF Syrian Arab Republic/2013/Morooka
Ces enfants déplacés par le conflit ont trouvé refuge dans l'un des abris collectifs à Tartous. Quelque 200 000 personnes ont besoin d'une aide humanitaire dans le gouvernorat. Selon un des agents humanitaires, si l'aide ne peut pas suivre le rythme toujours plus rapide des besoins, la situation va se détériorer à Tartous.

« Je veux aller à l'école »

Ali, 12 ans, me dit que ce qu'il souhaite le plus au monde, c’est de « rentrer à la maison, et vivre avec ma famille à nouveau comme avant ». La famille d’Ali vit dans le même abri que celle de Siham. De nombreuses familles y partagent l'espace commun. Son appartement a été détruit à Alep quand un obus a frappé l'immeuble de plein fouet.

«Nous avions un beau logement, confortable, avec de beaux meubles », affirme la mère d'Ali. La famille a perdu tout ce qu'elle possédait dans l'attaque. Ali ajoute : « Je n'ai plus de jouets ou de jeux. J'ai tout perdu quand l’immeuble a été détruit. Nous étions dans l’appartement lorsque l’obus est tombé. C'était si effrayant. Les murs sont tombés, tout a été détruit, mais Dieu nous a sauvés. »

Les sandales que portent Ali sont ses seules chaussures maintenant.

Ali a dû abandonner ses cours de 5e année lorsque la famille a été déplacée. Il a trois frères et sœurs, et sa maman est enceinte. Pour aider sa famille, Ali vend des épices dans une rue de Tartous durant la journée. « Je veux un travail pour aider ma famille. Mais surtout, ce que je veux, c’est aller à l'école. »

La mère d'Ali dit que ses enfants ne sont pas scolarisés parce qu’il n’y a plus de place dans l’école d’à côté. « Je ne veux pas que mes enfants aillent dans une école loin de là où nous sommes, dit-elle, ma fille a dû quitter l'école après sa deuxième année d’école. Elle était si bonne en classe, je suis triste qu'elle ait dû abandonner. »

Comme beaucoup d'autres enfants déplacés que j'ai rencontrés à Tartous, Ali et ses frères et sœurs sont scolarisés à domicile. Trop d'enfants ont été privés de leur droit à l'éducation à cause des déplacements provoqués par la violence et la poursuite du conflit.

La situation va empirer

« Vous voyez des enfants qui arrivent complètement démunis, constate l’un des bénévoles d’une organisation partenaire, ils marchent pieds nus dans la rue et dans les refuges »,  explique un volontaire travaillant dans une organisation partenaire. Il ajoute que la situation des familles déplacées mais aussi celle des communautés d'accueil de Tartous va devenir de plus en plus désespérée si l'aide ne correspond pas aux  besoins.

« Comme il n'y a pas de combats ici, explique-t-il, Tartous n'est pas considéré comme une priorité en matière d'aide humanitaire. Mais les gens doivent comprendre que ce problème ne fera que s'aggraver. De plus en plus de familles arrivent, et elles ne vont pas pouvoir retourner dans leurs foyers de sitôt. Ce n'est pas seulement à cause de la destruction, c’est aussi à cause de l'approfondissement des divisions dans la société et de l'intolérance croissante envers ceux d’une autre affiliation ou ceux qui ont un autre point de vue. »

Peut-être ont-ils eu plus de chances que d’autres, en ce sens qu'ils ont réussi à se réfugier dans un abri sûr alors que le conflit fait rage. Mais, trop de familles sont obligées de supporter la vie dans des abris de fortune en essayant de surmonter la perte d'êtres chers.

Trop d'enfants sont privés d'éducation. Les enfants et leurs familles ont dû mettre leur vie en suspens, attendant patiemment la fin d'un conflit qui est maintenant entré dans sa troisième année.

* Les noms des enfants ont été changés.


 

 

Rapport UNICEF Les enfants syriens : une génération perdue ?

Photographie UNICEF : crise en Syrie

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