Soudan

Carnet de route : Au Soudan, une longue attente avant le voyage de retour au Soudan du Sud

Image de l'UNICEF
© UNICEF Soudan/2012/Khanna
Des enfants attendent sur une péniche sur le départ à la station de Kosti Way. Elle naviguera sur le Nil en direction du Soudan du Sud.

Par Priyanka Khanna

Plus de six mois après la sécession du Soudan du Sud, des milliers de Sud-soudanais attendent toujours de pouvoir entamer leur voyage de retour vers le sud. Les Nations Unies estiment que près de 700 000 personnes d’origine sud-soudanaise sont toujours au Soudan, anxieuses de partir avant la date limite d’avril. Priyanka Khanna a voyagé jusqu’à la station de transit de Kosti, point de départ central vers le Sud, d’où elle nous livre son reportage sur la situation des  familles migrantes.

KOSTI, Soudan, 1er février 2012 – Une poupée en loques c'est tout ce qui reste à Sabina Saisa, 18 ans, pour se  rappeler de Jacqueline sa meilleure amie.

Sabina, Jacqueline et leurs familles sont arrivées à la station de transit de Kosti en juin 2011, afin d’entamer le voyage de retour vers leur nouvelle patrie, le Soudan du Sud. Jacqueline est partie à la fin décembre à bord d’une péniche du Nil bondée qui navigue jusqu’à Juba, la capitale du Soudan du Sud.

« J’espérais que Jacqueline et moi nous resterions ensemble. Mais maintenant elle est partie, et je n’ai aucune idée de l’endroit où elle se trouve, ni quand il me sera possible de partir à mon tour », raconte Sabina.

Sabina fait partie des milliers d’habitants du Sud (entre 9000 et 14 000 selon les estimations) qui endurent une longue et inconfortable attente aux alentours de la gare de transit surpeuplée de Kosti. Le port sur le Nil est le principal point de départ vers le Sud, mais ne peut accueillir que 2000 personnes. Ses installations sont donc grandement saturées.

Pourtant les mouvements de population ont été extraordinairement lents, ici et dans d'autres points de départ, où des milliers d'autres personnes  sont bloquées.

Un avenir incertain

Six mois après l’indépendance du Soudan du Sud, près de 700 000 personnes d’origine sud-soudanaise sont toujours au Soudan. Du fait d’une législation récente, beaucoup ont perdu ou sont susceptible de perdre leur nationalité sud-soudanaise, et doivent en faire l’acquisition avant le 8 avril 2012, date limite fixée par Khartoum. Ils n’ont pas d’autre choix que de voyager vers le Sud pour obtenir les bons documents. Les habitants du Sud souhaitant rester vivre au Soudan doivent acquérir à la fois la  nationalité sud-soudanaise et un titre de résidence valable au Soudan.

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Sabina Saisa, 18 ans, est assise au bord du Nil. Elle fait partie des milliers d’habitants du Sud qui endurent une longue attente à la station de transit surpeuplée de la ville de Kosti au Soudan, dans l’espoir de retrouver bientôt leur nouvelle patrie.

Certains peuvent rencontrer des difficultés pour prouver leur droit à l'une ou l'autre nationalité. Mais sans les documents nécessaires, ils risquent de se retrouver dans une situation juridique incertaine dans leur pays de résidence, sans compter la perte potentielle de leurs droits aux mesures de protections et aux services, ou encourir d'autres peines possibles.

Les agences des Nations Unies mènent campagne pour que les gouvernements des deux pays établissent des procédures qui facilitent aux habitants du Sud l’acquisition de la citoyenneté sud-soudanaise et un titre de résidence pour vivre et travailler au Soudan.

Pendant ce temps, les organisations non-gouvernementales et les agences de l'ONU – comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'UNICEF – travaillent avec des ressources limitées pour satisfaire aux besoins des voyageurs.

De graves pénuries

Les conditions de vie pèsent lourdement sur les migrants en attente à Kosti où pour refléter la dureté de leur existence, les familles appellent leurs nouveau-nés « Meena », ce qui signifie le port, et « Toub », pour dire fatigué.

« On manque cruellement d’eau potable, de nourriture, de couvertures, de sanitaires etc. Nous épuisons nos économies à attendre ici », dit le chef de la communauté, Stephan Badidi.

Les jeunes enfants ont plus souffert que la plupart. Les enfants ne peuvent non plus exercer leur droit à l'éducation en l'absence de dispositifs scolaires et beaucoup sont tombés malades. Dona Simon, deux ans, est tombée malade en août et est maintenant soignée dans un centre de nutrition soutenu par l'UNICEF.

Parmi ceux qui trouvent un endroit sur les péniches soutenues par l'OIM, il y a un soulagement visible.

« Je sais qu’il ne sera pas facile de recommencer une nouvelle vie, mais j’ai bon espoir », raconte Ragena Okage, une mère de 40 ans qui assure bénévolement la sécurité sur la péniche. « Je vais former des groupes de femmes  comme ceux que l’on trouve ici dans les camps ».

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Des enfants chantent et dansent dans un espace prévu pour l’accueil des enfants « Ami des enfants » et soutenu par l’UNICEF à Kosti au Soudan.

Cependant, elle sait qu'elle a du pain sur la planche, car le voyage dure environ trois semaines sur des péniches où sont entassées plus de 2000 personnes.

Après la mort de deux enfants au cours d’un récent voyage, les ONG soutenues par l’UNICEF ont commencé à délivrer des informations sur la sécurité à bord des péniches, sur l'hygiène et la salubrité de l'eau. Et les plus vulnérables sont acheminés par avion à Juba, afin de leur éviter les risques du voyage ; Victoria Patrice, 12 ans, souffre à la fois du paludisme et de la typhoïde. On l’a retirée de la péniche quelques instants avant le départ de celle-ci.

Un soulagement provisoire

La frustration des voyageurs est palpable, particulièrement après des rapports récents qui font état de violences ethniques au Soudan du Sud.

Mais l’établissement avec le soutien de l’UNICEF d’un espace d’accueil « Amis des enfants » par des membres communautaires, apporte un soulagement provisoire. L’espace offre aux enfants un endroit sûr où ils peuvent jouer, dessiner chanter, danser et apprendre.

« J’ai amené mon fils ici et je veille que les autres enfants de mon voisinage viennent ici », raconte Hanan John, âgé de 30 ans.

Cet esprit communautaire apporte l’espoir aux gens de Kosti.

Sabina est la dernière à se proposer bénévolement à l'espace « Ami des enfants » pour aider les enfants à surmonter les incertitudes de l'avenir. « Ensemble, nous triompherons », dit-elle.


 

 

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