Soudan

Au Soudan, la campagne Saleema apporte une nouvelle perspective dans le débat sur la mutilation génitale féminine

© UNICEF/NYHQ2009-1482/Holt
VIDÉO : Dans un village situé en dehors de la ville de Kassala, au Soudan, une accoucheuse traditionnelle tient un foulard qui est le symbole de la campagne Saleema contre la mutilation génitale féminine.

 

Par Chris Niles

GEDARAF, Soudan, 20 août 2010 – « Je me souviens parfaitement du jour de mon excision, » dit Tahani Omar Ali, la mère d'une famille de jeunes enfants. « J'avais cinq ans et cela a été une journée pénible. Je suis restée 15 jours au lit après lesquels cela s'est cicatrisé mais j'ai souffert pour le reste de ma vie. »

Tahani Omar Ali et sa famille vivent dans une région éloignée et peu peuplée du nord du Soudan où la mutilation génitale féminine est habituelle. Quand elle se rappelle ce que lui a fait vivre cette coutume, son air est calme mais il dissimule une grande souffrance.

Coutumes dommageables

Les origines de la mutilation génitale féminine sont profondément mêlées aux traditions sociales et religieuses du Soudan. Elles reflètent aussi les inégalités brutales dans la condition des femmes et des filles. Par exemple, le mot arabe pour décrire une fille non excisée est un terme qui évoque la honte.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2009-1471/Holt
Des chefs religieux et des habitants de la communauté face au quartier d'Abu Si’id d'Omdurman, au Soudan.

Avec l'appui de l'Union européenne, l'UNICEF se consacre à mettre fin à la mutilation génitale féminine d'ici une génération. Ici, au Soudan, le programme « Saleema » honore les filles qui ne sont pas excisées.

« Saleema est un terme arabe qui signifie complet, intact – entier, comme Dieu l'a créé, inaltéré, » explique Samira Ahmed, Chargée de la protection de l'enfance à l'UNICEF.  

Grâce au programme, un enseignement régulier non officiel encourage les familles soudanaises à débattre de sujets tabous et à examiner si l'excision est compatible avec les droits de l'homme.

Elan accru

« Je convaincs [les familles] en les approchant petit à petit, pas brusquement, » dit Amal Mohammed Murad, un animateur du programme Saleema. « J'utilise la logique qui convient en gagnant leur amitié. J'ai aussi recours à des brochures et des affiches ainsi qu'à des séminaires. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2009-1483/Holt
Des femmes et des enfants assistent à une réunion locale pour débattre de l'abandon collectif de la mutilation génitale féminine dans le village d'Ardel Al Hajar, au Soudan.

Plus de 100 religieux sont à présent investis dans le programme et leur participation a un effet profond. 

« Il y a dans ce pays un mouvement en faveur des droits de l'homme qui s'accroît, » dit l'Imam et ex-Premier ministre du Soudan Al Sadiq Al-mahdi. « De nombreuses personnes réactionnaires et conservatrices tentent de parler des droits de l'homme comme un impérialisme culturel mais l'Islam est un des plus importants bastions des droits de l'homme. »

Saleema  utilise les médias pour faire passer le plus largement possible ses messages. Il dispose même d'un « uniforme » – une écharpe aux couleurs vives portée à la fois par les hommes et les femmes – qui encourage les débats et la diffusion des messages qui sont ceux de « Saleema » entre les communautés.

Remise en question de la norme

Quand toute une communauté partage une croyance sociale dommageable, il est quasiment impossible pour un individu de la défier, même s'il est conscient de ses dangers. Pour cette raison, la campagne Saleema  encourage les prises de décision collectives et les déclarations publiques d'abandon.

« L'abandon ne doit pas être un acte personnel, il doit provenir de l'ensemble de la communauté, » dit Gamar Habani, Secrétaire générale du conseil national pour la protection de l'enfance.

Saleema a considérablement changé les choses dans les vies de Tahani Omar Ali et de sa famille.  Munis de faits concernant l'excision, elle et son mari, Abdul Atti Ibrahim, ont pu décider ensemble de ce qui était mieux pour leurs filles et ont choisi de ne pas les exciser.

« Quand je suis tombé sur ce programme, Saleema, j'ai consulté ma femme. Nous étions prêts et préparés à répondre, » dit Abdul Atti Ibrahim. « Une fille est née Saleema, alors laissons-la Saleema. »


 

 

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