Soudan

Tentant de tourner le dos au conflit, un village du Darfour-Sud se consacre à un développement axé sur l’enfance

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sudan/2007/Maki
Des élèves se rassemblent dans une classe de l’école du village de Yara, dans le Darfour-Sud. L’UNICEF y soutient une Initiative communautaire en faveur des enfants qui a contribué à améliorer l’environnement scolaire.

Par Edward Carwardine

DARFOUR-SUD, Soudan, 4 mai 2007 – Le village de Yara révèle à l’observateur un aspect surprenant du Darfour. Dans une région qu’on a décrite comme déchirée par les différends ethniques et les tensions tribales, les villageois membres de la tribu locale des Four et les familles de nomades arabes vivent côte à côte et travaillent ensemble à améliorer la situation de leur communauté.

La relative stabilité qui règne ici à Yara a permis aux habitants de se concentrer sur leurs propres priorités – renforcer leur communauté pour préparer l’avenir.

L’école a été reconstruite et le dispensaire local également. Une pépinière a été créée qui permettra aux villageois de planter des citronniers, des papayers et des acajous dont les fruits et le bois leur assureront plus tard un revenu. « Les papayes sont maintenant très appréciés au Darfour – cela va donc nous fournir une culture commerciale, » explique Mohammed El-Hassan Awad qui a été choisi par les villageois pour s’occuper de ce projet de pépinière.

Équipement sanitaire et éducatif

En face de l’abri de bambou où sont cultivés les plants, des locaux bien tenus accueillent le dispensaire rénové. Desservant une population d’environ 16 000 personnes répartie dans tout le district, le dispensaire est aujourd’hui la seule source de soins ordinaires à des kilomètres à la ronde. Un panneau solaire fournit de l’électricité à l’installation de stockage de vaccins, ce qui permet de faire des tournées de vaccination régulières.

Le personnel du dispensaire comprend un travailleur de santé local, un médecin et un auxiliaire. Bien qu’habitant à plus d’un kilomètre, une sage-femme est disponible pour les accouchements. Malgré ses moyens limités, le dispensaire est devenu un bien précieux pour les habitants de Yara et des villages environnants.

Un peu de la même manière, l’école est devenue un symbole coloré et bruyant des efforts que le village fait pour tourner le dos au conflit. Plus de 400 enfants âgés de 6 à 14 ans, dont un quart de filles, y passent cinq heures par jour dans des classes fraîchement rénovées. Un point d’eau a été installé aux portes de l’école; dans un coin éloigné du bloc scolaire, on a creusé des latrines à l’usage des élèves.

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Une jeune élève de l’école du village de Yara, dans le Darfour-Sud va sonner la cloche pour donner le signal du retour en classe.

Toutes les classes sont équipées de chaises, de pupitres, de tableaux noirs et de manuels scolaires. Le village a même une association qui rassemble parents d’élèves et enseignants.

Préparer l’avenir

Qu’est-ce qui a donc permis à Yara d’envisager l’avenir d’une manière aussi positive ? Un ancien du village, Abdel Latif Eisa Haroun, rappelle un peu d’histoire locale.

« En 1999, l’UNICEF a lancé ici l’Initiative communautaire en faveur des enfants, se souvient-il. Cela a permis à la communauté de participer à la planification des services locaux, une partie de l’argent et du soutien étant fournis par le projet ; les habitants ont apporté leur propre contribution – parfois des matériaux de construction, ou bien simplement la main d’œuvre. »

Ce programme, baptisé Initiative communautaire en faveur des enfants, a fonctionné à Yara pendant deux ans avant d’être interrompu par le conflit. En 2006, une nouvelle série de projets a été lancée, la première réalisation ayant été la pépinière. Aujourd’hui, le village est décidé à préserver l’élan ainsi acquis.

« La communauté veut que cette initiative connaisse le succès, dit M. Haroun. Obtenir des gens qu’ils y consacrent de leur temps n’est pas un problème. Nous croyons au principe du travail collectif sur certains projets. Donner aujourd’hui une journée ou deux de son temps amènera des bénéfices à long terme pendant des années. »

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Hamdan (à gauche), 13 ans, enfant d’une famille nomade du Darfour-Sud, est resté à Yara pour aller à l’école grâce à un arrangement entre ses parents et les anciens du village qui ont garanti sa sécurité.

La passion d’apprendre

Hamdan et Hamid, 13 ans tous les deux, sont dans une classe de mathématique de 8e année ; leurs parents sont des éleveurs de moutons nomades. Ils sont d’origine arabe, un groupe minoritaire dans cette communauté. Leurs parents les ont néanmoins laissés à Yara depuis trois ans, un frère aîné s’occupe d’eux et leur sécurité est garantie par les anciens du village.
L’unique raison de cette décision était d’assurer qu’ils puissent finir leur scolarité.

« Avant, il nous fallait marcher longtemps pour aller à l’école, raconte Hamdan, alors nos parents ont décidé que nous resterions ici. Si nous n’allions pas à l’école, nous ne ferions rien d’autre que de garder les moutons, sans avoir de but dans la vie. Aller à l’école nous donne une chance de faire beaucoup mieux dans la vie. »

Ils ont vu leurs parents pour la dernière fois il y a trois mois et leur famille leur manque ; mais les deux garçons manifestent une véritable passion d’apprendre – Hamid dit qu’aujourd’hui il ne vit que pour cela. Il veut entrer à l’école secondaire et, un jour, devenir médecin. Hamdan, lui veut être ingénieur. Et leurs parents, qui ont passé toute leur vie dans le nomadisme traditionnel, partagent ces aspirations

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Le chef du village de Yara, Abdel Latif Eisa Haroun, explique comment l’Initiative communautaire en faveur des enfants de l’UNICEF a aidé à renforcer la cohésion de la communauté.

Les deux garçons ont été adoptés par le village. Mohammed Ibrahim, le Directeur de l’école, voit en eux le signe d’un avenir meilleur.

« Nous voyons maintenant des élèves de cette école entrer à l’université, dit-il. Cela ne devrait même pas nous surprendre, Tous les enfants du village viennent à l’école ; nous avons ici de nombreux enfants arabes parmi nous. Notre comité de village les encourage et ils se sentent en sécurité avec nous. Les familles apportent leur propre contribution en aidant à payer les enseignants bénévoles qui ne reçoivent pas de salaire du gouvernement. »

« Qu’est ce qui rapproche les gens »?

C’est l’essence même de l’Initiative communautaire en faveur des enfants. Les contributions apportées par l’UNICEF et par les ONG locales sont complétées par des contributions équivalentes des gens du pays qui y voient une chance de construire une communauté plus forte qui prospérera dans la stabilité. Ces apports complémentaires font naître un sens de responsabilité et de contrôle qui se traduit par un meilleur usage de ces services.

Encore plus important, alors que le conflit du Darfour affecte toujours environ 4 millions de personnes, cette initiative rappelle aux communautés la nécessité du développement et celle de placer les enfants au centre même de ces préoccupations.

« Ce programme marche parce qu’il apporte le soutien qu’il faut à la population qui en besoin et nous pouvons créer des structures – comme cette école – qui rapprochent les gens, explique M. Khalil. Quand une communauté accueille des enfants de toutes les familles et démontre que tout le monde peut acquérir une éducation en toute sécurité, c’est le genre de geste qui rapproche vraiment les gens, » conclut-il.

Un vieil homme ajoute sa propre opinion à cette déclaration : « Vous demandez ce qui rapproche les gens ? Chez les gens qui n’ont rien, il n’y a pas d’inégalités. Nous avons tous en commun de ne rien avoir. Cela nous rend tous égaux. »


 

 

Audio (en anglais)

4 mai 2007 :
La correspondante de Radio UNICEF, Chevigny Blue, parle avec le chargé de Communication Edward Carwardine des succès de la communauté dans le village Yara, au Darfour-Sud.
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