Soudan

Les écoles du sud du Soudan envahies par les élèves qui rentrent chez eux

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sudan/2006/ Beck
Un étudiant reçoit de nouveaux cahiers au cours d’une distribution de matériel scolaire à Buluk A, une école de Juba, dans le sud du Soudan.

Par Rachel Beck et Sharon Mous

JUBA, sud du Soudan, 31 juillet 2006 – Alors que les vents de l’après-midi faiblissent et que la plupart des écoles se vident, les étudiants de Buluk A, la seule école publique de la ville où l’enseignement est en anglais, commencent juste à ouvrir leurs livres.

Depuis 2005, année de l’accord de paix mettant fin à deux décennies de guerre civile, on estime que 80 000 personnes réfugiées ou déplacées dans le pays sont rentrées chez elles dans le sud du Soudan. Cet afflux massif compromet les capacités d’un système éducatif déjà dévasté par la pauvreté et les conflits.

A Buluk A, où le nombre d’inscriptions a plus que doublé en un an, les administrateurs ont dû se résoudre à diviser les sessions scolaires en deux, une le matin, une le soir.

Même avec le nouvel emploi du temps, plus de 200 étudiants sont serrés dans des classes prévues pour accueillir cinquante personnes. L’école manque de matériel de base pour tous les élèves, sauf les plus âgés, alors, les enfants s’assoient par terre dans la poussière.

« Les enseignants trouvent que c’est difficile de gérer des classes avec des effectifs aussi chargés »,  dit le proviseur de l’école, Rejoice William Jada, où moins de 1 300 élèves se sont inscrits en 2005. « Plus de 5 000 enfants voulaient venir à l’école cette année. Nous ne pouvons en accepter que 2 895. Et c’est encore beaucoup trop.”

Partenariat pour l’éducation

Grâce à un partenariat sans précédent entre l’UNICEF et les soldats de paix des Nations Unies, les choses pourraient s’améliorer pour cette école bondée.

Dans le cadre de l’initiative « Va à l’école », soutenue par l’UNICEF et dont le but est d’inscrire 1,6 million d’enfants non scolarisés d’ici à fin 2007, un contingent du Bangladesh en poste dans la région est en train d’installer huit tentes de la taille d’une salle de classe à Buluk A.

« On tient à ce que ces tentes soient gérées comme une école primaire à part, » affirme Isidoro Asuk, Directeur de l’éducation de base au Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie de l’Etat central Equatoria. « Avec l’aide de l’UNICEF et celle des soldats du Bangladesh, nous pourrons nous occuper des enfants de retour au pays après la signature de l’accord de paix. »

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© UNICEF Sudan/2006/ Beck
Des élèves de Buluk A examinent leurs nouveaux cahiers, distribués dans le cadre d’une vaste campagne visant à donner des fournitures scolaires à chaque enfant du sud du Soudan.

L’UNICEF a fourni plus de 200 classes sous tentes aux écoles du sud du Soudan. Une fois qu’une classe en dur est terminée, les tentes peuvent servir à d’autres projets ou être envoyées dans d’autres régions qui en auraient besoin.

Le projet fait partie d’une campagne visant à reconstruire complètement le système éducatif. Des enquêteurs dessinent une carte des emplacements et de l’état des écoles dans les dix provinces; on recrute et on forme de nouveaux enseignants; et des fournitures scolaires sont offertes à chaque enfant en âge d’aller à l’école primaire dans le sud du Soudan.

Depuis le lancement de l’initiative « Va à l’école », en avril, 126 720 cahiers ont été distribués rien qu’à Juba.

Des obstacles à franchir

Pour les enfants comme Adong Jacqueline, 16 ans, revenue de l’Ouganda il y a trois mois, s’adapter c’est aussi se faire de nouvelles relations, de nouveaux amis, et même apprendre une nouvelle langue.

« Mes parents sont morts », dit-elle. « Lorsque je suis arrivée à Juba, je n’avais personne à qui parler. J’étais seule. Les seules personnes à qui je pouvais parler en anglais, c’était mes professeurs. Alors en classe je me taisais. »

Comme Adong, beaucoup de ces personnes revenues récemment, avaient fui la guerre pour aller dans les pays anglophones d’Afrique de l’Est. Mais la plupart des écoles du sud du Soudan continuent d’enseigner en arabe – ce qui compromet leurs chances de continuer leur éducation.

Buluk A est actuellement la seule école publique enseignant en anglais à Juba, mais de nouvelles options sont prévues pour bientôt. Le Gouvernement du sud du Soudan met en place peu à peu un programme scolaire en anglais seulement, et l’UNICEF offre des cours accélérés d’anglais pour les enseignants ne parlant qu’arabe.

Entre temps, les classes de Buluk A aident les élèves qui reviennent à s’acclimater à leur nouvel environnement.

« Je n’avais personne avec qui jouer, ou à qui parler », dit Emmanuel Yata, 13 ans, camarade d’Adong. « Puis j’ai eu mes livres et je suis allé à l’école. Le lendemain, j’ai fait pareil. Et chaque jour, j’ai trouvé de nouveaux amis ».


 

 

Vidéo (en anglais)

31 juillet, 2006:
Karim Bin-Humam, de l’UNICEF, parle des écoles surpeuplées du sud du Soudan
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