Soudan

Au Darfour, des pompes à main pour instaurer la paix

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sudan / 2006 / Fromm
Une petite fille remplit d’eau un jerrycan à l’aide d’une pompe à main. Le point d’eau, qui donne accès à de l’eau salubre, a été construit par l’UNICEF.

Par Dorn Townsend

TAWILA, Soudan, 25 Janvier 2006 – Jusqu’à tout récemment, Naimat Ibrahim, 7 ans, n’avait pas facilement accès à une pompe à main pour rapporter de l’eau à sa famille. La pompe la plus proche était au coeur du conflit du Darfour. Elle devait faire 700 mètres au péril de sa vie, car la pompe se situait dans un terrain vague, brûlé par le soleil, qui durant les derniers mois était devenu un « no man’s land », situé à égale distance de son domicile et des fusils du camp militaire sur la colline.

« En général, je ne viens que le matin, avant le lever du soleil », dit Naimat. « J’ai peur que les soldats me tirent dessus s’ils me voient. »

Depuis qu’en décembre dernier, les soldats du gouvernement ont envahi la ville de Tawila, brûlant les maisons et saccageant les puits, les pompes sont devenues la seule source d’eau potable à des kilomètres à la ronde. L’eau est si rare que les habitants et les soldats se battent – voire se tuent - pour étancher leur soif. En fait cette pompe-là avait été le site de nombreux viols, agressions et on y a dénombré au moins trois morts, y compris des soldats tués par des rebelles.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sudan / 2006 / Fromm
Les femmes et les filles retournent s’approvisionner en eau à un point d’eau soutenu par l’UNICEF. L’aide de l’UNICEF comprend également l’installation des pompes à main.

Les soldats et les villageois disent qu’ils ne cherchent pas des ennuis, tout ce qu’ils veulent c’est l’accès en toute sécurité à de l’eau salubre. A bien des égards, la pompe de Tawila symbolise ce qui se passe au Darfour, où l’animosité a atteint un tel degré que même les tâches banales de la vie quotidienne peuvent déclencher à tout moment la violence. Heureusement, l’intervention de l’UNICEF a quelque peu apaisé les tensions à Tawila.

« En fait, on a dû creuser et installer une pompe séparée pour les soldats, comme ça, les  villageois pouvaient utiliser l’autre », constate Caesar Hall, un administrateur de l’UNICEF chargé du programme d’eau et d’assainissement dans le nord du Darfour.  « Nous l’avons fait pour stabiliser la région et éviter que tous les habitants ne partent dans les camps de personnes déplacées ».

Au cours des deux dernières années, l’UNICEF a creusé et réparé environ 2 000 puits et pompes manuelles dans l’ensemble du Darfour. Ces pompes permettent aux enfants et à des millions d’autres d’avoir de l’eau potable pour boire et cuisiner, se laver avant d’aller à l’école et nettoyer leurs vêtements. Mais au-delà de ça, sur ce morceau de terre aride, le programme de l’UNICEF pour l’eau et l’assainissement joue un rôle de paix, en première ligne.

A Tawila, garder les groupes à l’écart les uns des autres semble avoir permis d’atteindre deux objectifs : améliorer les relations et réduire la violence. Quelques jours après l’installation de la nouvelle pompe, Tawila est déjà un village plus tranquille, et les abords de la pompe sont devenus une place où les villageois se retrouvent la journée pour parler de ce qui se passe. A sept cents mètres de là, les soldats s’approchent de leur propre pompe sans dégainer.

« Ce qui se passe au Darfour n’est bon pour personne, mais pour le moment je crois que c’est très bien d’avoir séparé les pompes », constate Zena Suliman, une maman vivant à Tawila.


 

 

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