Sri Lanka

Sri-Lanka : dans l’est du pays, touché par le conflit, aide à une population sur le chemin de l’exode

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sri Lanka/2007/Weiss
Enfants déplacés juchés sur un frangipanier dans l’enceinte de l’école Eruvil Mala Vidyalayam, à l’est du Sri Lanka, à environ vingt kilomètres de Batticaloa.

Par Gordon Weiss

BATTICALOA, Sri Lanka, 28 mars 2007 – «A pied, en ferry, en tracteur, en tuk-tuk, les gens ne cessent d’affluer» affirme Donna Carter, Responsable des programmes d’urgence à l’UNICEF.

Sa radio portable grésille avec, en permanence, des comptes rendus provenant du terrain. «Ils se trouvaient dans les rizières, explique-t-elle. Les tirs ont commencé, ils ont attrapé leurs enfants et ils ont pris la fuite avec rien d’autre que les vêtements qu’ils portaient. Maintenant, ils sont ici et ils n’ont rien.»

Depuis la fin 2006, la reprise des hostilités entre les forces gouvernementales et les Tigres tamouls à l’est du Sri Lanka a provoqué la fuite de dizaines de milliers de civils pris dans les zones de combat. Durant les dernières semaines, les attaques d’artillerie et aériennes se sont intensifiées tandis que l’armée tente de prendre contrôle de la région entourant la ville de Batticaloa, cette dernière étant actuellement aux mains des forces gouvernementales.

La ville s’est emplie de milliers de civils et des milliers d’autres grossissent la population des camps existants et des nouveaux sites ouverts dans les districts voisins.

Les écoles servent d’abris à des milliers de personnes

A vingt kilomètres de là,  un samedi matin, Vijay Selvarajah est arrivée à l’école dont elle est directrice, espérant pouvoir se mettre à jour dans son travail. A la place, elle a découvert les salles de classe, les couloirs et tous les endroits disponibles emplis de personnes en loques et apeurées qui avaient fui leurs foyers.

«Il y avait plus de 5 000 personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, raconte-t-elle. Les gens d’ici ont essayé de leur donner à manger. Nous avons appelé des enseignants et nous avons commencé à les inscrire et nous continuons toujours à le faire. La plupart de nos 1200 élèves restent simplement à la maison mais nous avons réussi à conserver trois classes en cours de fonctionnement pour les élèves ayant des examens importants à passer.»

Et du monde continue à arriver. La situation de l’école est une ample démonstration de l’importance que revêt la réponse sanitaire de l’UNICEF. L’air est lourd de la puanteur des déjections humaines, des vêtements et les corps sales, des feux en train de brûler et des odeurs de cuisine. Bien que trois pompes manuelles aient été récemment installées et que des citernes et des réservoirs d’eau soient actuellement mis en place, d’avantage d’eau est nécessaire.

L’enceinte de l’établissement est souillée d’excréments et de grandes flaques d’urine. Les enfants urinent contre les murs, sur les tentes et à proximité des sources d’approvisionnement en eau. Le mobilier scolaire a été brûlé pour faire du feu.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sri Lanka/2007/Weiss
Des enseignants enregistrent les personnes déplacées récemment arrivées à l’école Eruvil Mala Vidyalayam, à l’est du Sri Lanka.

Equipement sanitaire et approvisionnements pour les camps

L’UNICEF répond ici à la crise par des secours d’urgence, à savoir des biscuits à haut pouvoir énergétique, des aliments thérapeutiques, des ustensiles de cuisine, des uniformes scolaires, environs 300 points d’eau et 500 latrines. Pour faire face à la mobilité de la population déplacée, l’UNICEF a conçu des latrines qui peuvent être montées en un jour puis démontées rapidement si nécessaire pour suivre les personnes déplacées dans le nouvel endroit où elles se trouvent. 

Bien qu’une rangée de latrines soit en cours de construction à l’école de Batticaloa, il en faut évidemment davantage au fur et à mesure que du monde continue d’arriver des campagnes. Cette situation de chaos se reproduit dans des douzaines de camps et sites alors que les différentes organisations humanitaires s’efforcent de savoir qui va où et quels sont les besoins pour ensuite  organiser la logistique afin d’acheminer les approvisionnements d’urgence.

Dans un camp, au cours d’une seule journée, les ONG ont inscrit plus de 10 000 nouveaux arrivants. Entre 50 000 et 60 000 personnes ont été déplacées au cours de ces derniers jours, rejoignant les 80 000 autres déjà forcées de quitter leurs foyers pour les camps qui jonchent le district de Batticaloa depuis la reprise des combats l’an dernier.

«Nous essayons juste de suivre»

Plus de 30 000 élèves de l’intérieur et de l’extérieur de la ville ont cessé de se rendre dans la centaine d’écoles locales du secteur. La Responsable des opérations de secours de l’UNICEF à Batticaloa, Christina de Bruin, explique que, alors que tant d’écoles sont envahies de personnes déplacées, la simple peur a vidé les autres.

«Le bruit des lance-roquettes multiples en train de tirer est simplement terrible, note-t-elle. Nous connaissons des parents et des enfants qui évitent l’école parce qu’ils ont trop peur pour y aller. Quant à ceux qui essayent de continuer à étudier, l’UNICEF collabore avec les responsables de l’enseignement pour créer davantage de salles de classes et pour organiser des cours supplémentaires pour les élèves l’après-midi.»

La radio de Christina de Bruin grésille, une information est confirmée.

«Beaucoup de ces personnes ont été déplacées trois, quatre ou une demie douzaine de fois, explique-t-elle et nous essayons simplement de suivre. Et c’est une affaire assez simple : juste s’assurer qu’ils peuvent trouver de l’eau potable et rester propres.»

Puis elle saute dans une voiture et part pour un autre endroit où ce travail « simple » se poursuit.


 

 

Recherche