Soudan du Sud, République du

Seule et perdue : le cauchemar d’une fillette prise dans les combats au Soudan du Sud

Par Ricardo Pires

La terrifiante épreuve d’une fillette reflète ce que vivent des milliers d’enfants emportés par le conflit au Soudan du Sud : séparés de leur famille, ils se retrouvent seuls et ont besoin d’une aide urgente.

PAGAK, Soudan du Sud, le 2 mai 2014 - Nyagonar* se souvient encore de la dernière fois où elle a vu sa mère. C’était à Malakal, l’une des nombreuses bourgades du Soudan du Sud où les combats et l’insécurité sont devenus des menaces permanentes.

Image de l'UNICEF
© UNICEF South Sudan/2014/Pires
Nyagonar*, 10 ans, a marché pendant près de deux mois avant d’atteindre Pagak, dans l’État du Haut-Nil, au Soudan du Sud.

Nyagonar, qui vient d’avoir 10 ans, a été obligée de fuir Malakal il y a deux mois. Elle a fini par aboutir à Pagak, le long de la frontière avec l’Éthiopie, à près de 300 kilomètres de chez elle, où l’on a constaté qu’elle avait besoin d’aide.

« Je ne l’ai plus jamais revue. »

« Les combats ont commencé au milieu de la nuit. Nous nous sommes réveillés, terrifiés, et nous avons couru chercher un endroit où nous cacher, raconte la petite d’une voix tremblante. Lorsque je suis sortie avec ma mère, j’ai vu mon père étendu par terre, mort. Ma mère n’arrêtait pas de hurler, elle me tirait par le bras pour que je coure me cacher. »

Après quatre jours à se terrer dans la brousse, la maman de Nyagonar a décidé qu’il était temps de retourner au village, car les coups de feu semblaient avoir cessé.

C’était une fausse impression de sécurité et le calme n’a duré que quelques heures.

« Ma mère est revenue me chercher alors que je dormais, elle m’a dit que nous devions nous enfuir dans un camp où on allait nous protéger, se rappelle Nyagonar. Dehors, tout le monde courait en hurlant, beaucoup de gens se faisaient tuer. Je n’ai pas regardé derrière moi. Quand j’ai atteint l’endroit et que j’ai essayé de trouver ma mère, elle avait disparu. Je ne l’ai plus jamais revue. »

Des nuits entières sans dormir

Seule et terrifiée, la fillette a continué à chercher sa mère dans le camp des Nations Unies de Malakal. Les semaines ont passé et elle a commencé à perdre espoir. Elle n’arrivait pas à dormir la nuit, tant elle avait peur que des violences n’éclatent à nouveau si elle fermait les yeux. C’est alors qu’elle a décidé de se joindre à un groupe de déplacés qui partaient pour Pagak.

« Nous avons marché pendant deux mois avec très peu de nourriture et d’eau. Je ne connaissais personne et j’étais seule. Beaucoup sont morts en chemin ou ont abandonné, dit-elle. Nous avons dû traverser des rivières en bateau ou à la nage, et parfois on arrivait à manger ou boire quelque chose quand on traversait des villages où les gens ne se battaient pas. »

Des larmes coulent sur ses joues tandis qu’elle raconte son histoire.

« Je n’ai personne d’autre. »

Pour résoudre le problème des enfants non accompagnés et séparés de leur famille, l’UNICEF a mis sur pied un programme de recherche et de réunification des familles à Pagak et envoyé un groupe d’intervention rapide sur place. Nyagonar est l’un des 160 enfants identifiés comme ayant besoin d’une aide urgente.

Image de l'UNICEF
© UNICEF South Sudan/2014/Pires
Des enfants séparés de leur famille et non accompagnés font la queue pour s’inscrire à Pagak.

L’UNICEF a enregistré plus de 3 000 enfants séparés de leur famille ou non accompagnés sur l’ensemble du territoire du Soudan du Sud et il y en a un nombre bien plus grand qui n’a pas encore été recensé. Ce sont des milliers d’enfants qui connaissent les mêmes horribles incertitudes que Nyagonar. En dépit des troubles qui agitent le pays en ce moment, l’UNICEF a réussi à rendre 251 enfants à leurs parents ou à des proches.

Avant que les combats n’éclatent au Soudan du Sud en décembre dernier, Nyagonar allait à l’école. Elle terminait sa quatrième année. Elle rêvait de devenir institutrice, mais ses ambitions se limitent à présent à retrouver sa mère et à vivre en paix.

« J’ai peur que ma mère ne soit plus en vie, mais j’espère que d’autres gens prendront soin de moi. Je n’ai personne d’autre, dit-elle. J’aimerais retourner à l’école, mais seulement dans un endroit sûr. Je veux juste retrouver ma mère et rentrer chez moi. Parfois, je me réveille avec des tas de gens qui me tiennent serrée dans leurs bras parce qu’ils disent que je crie et que je m’agite dans mon sommeil. J’ai peur de ne plus jamais arriver à bien dormir. »

*Le nom a été changé.

 


 

 

Photographie : Me voyez-vous ?

 

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