Soudan du Sud, République du

Dans le chaos du conflit au Soudan du Sud, faire en sorte que les enfants séparés de leur famille la retrouvent

Par Mercy Kolok

JUBA, Soudan du Sud, le 24 mars 2014 – Beaucoup de questions ont traversé l’esprit de Joséphine* lorsqu’elle a entendu les coups de feu, en décembre. « Est-ce que la guerre reprend dans le pays ? Mes enfants vont-ils vivre la même vie que moi ? Qu’en est-il de la sécurité de mes enfants ? »

Image de l'UNICEF
© © UNICEF South Sudan/2014/Kolok
Joséphine et deux de ses enfants. Bien qu’elle soit déplacée à cause de la résurgence des violences, elle s’occupe de l’enfant d’un voisin séparé de sa famille.

Un refuge

Joséphine et ses trois enfants sont venus trouver refuge dans la base de la Mission des Nations Unies en République du Soudan du Sud (UNMISS) à Juba il y a presque trois mois.

En décembre, Joséphine passait une journée comme les autres à Giada, à Juba. « Je préparais le dîner pour ma famille, et au moment où nous allions manger, nous avons entendu des coups de feu. »

« J’ai d’abord cru qu’il s’agissait des coups de feu habituels que l’on entend à Juba presque tous les soirs – mais les tirs se sont poursuivis toute la nuit », se souvient-elle.

Le mari de Joséphine est soldat. Il a été réquisitionné ce soir-là.

Joséphine et ses enfants ont fui à la base de l’UNMISS après deux jours de conflit. « La situation n’avait pas l’air de s’améliorer, et je craignais pour la sécurité de ma famille », explique-t-elle.

Un enfant, seul

Lorsque la famille est arrivée au camp de personnes déplacées de l’UNMISS, Joséphine a vu l’un des enfants de ses voisins. Ben, quatorze ans, avait perdu contact avec son frère, un soldat. Joséphine s’est occupée de Ben. Il vit avec eux depuis.

« J’ai décidé de m’occuper de cet enfant parce qu’il n’avait nulle part où aller et personne pour s’occuper de lui,  explique-t-elle. Je m’occuperai de lui et nous partagerons avec lui le peu dont nous disposons jusqu’à ce qu’il retrouve sa famille, » ajoute-t-elle.

Et si Ben ne retrouvait pas sa famille ?

Image de l'UNICEF
© © UNICEF/NYHQ2014-0229/Knowles-Coursin
Une fille, dans le camp de personnes déplacées de Malakal. Elle se trouve toujours avec sa famille, mais la résurgence des conflits a séparé d’autres enfants de leurs proches. L’UNICEF et ses partenaires s’efforcent de les réunir.

 « Alors il resterait avec nous, précise-t-elle. Où irait-il sinon ? C’est un enfant innocent qui  a besoin d’être pris en charge et protégé, en particulier pendant cette période difficile. »

La recherche et la réunification des familles

Dans le chaos des situations de conflit, il arrive que des enfants comme Ben soient séparés de leur famille, et se retrouvent alors en grand danger. La localisation des familles de ces enfants pour les réunir constitue une priorité pour l’UNICEF.

D’après la responsable de la protection de l’enfance de l’UNICEF Fatuma Ibrahim, « L’UNICEF travaille en liaison avec des partenaires afin d’identifier, de rechercher et de réunifier les enfants non accompagnés et disparus avec leur famille. Nous nous assurons également que les enfants soient protégés tout au long du processus de réunification. »

Avec l’appui de l’Office of U.S. Foreign Disaster Assistance (OFDA), l’UNICEF a aidé des partenaires sur le terrain à mettre en place un système de recherche des familles. Les partenaires utilisent ce système pour identifier les enfants, là où ont lieu des combats intenses.

Depuis décembre, 223 enfants non accompagnés, séparés ou disparus ont pu retrouver leur famille, sur 1 780 ayant besoin de ce type de services. Environ 380 000 enfants ont été déplacés par les conflits, ce qui souligne la gravité de la situation au Soudan du Sud, et l’ampleur du travail à réaliser pour l’UNICEF et ses partenaires.

En attendant, Joséphine passe du temps dans sa minuscule tente avec ses enfants et Ben. « Je ne sais toujours pas pourquoi les gens se battent, affirme-t-elle, tout ce que je sais c’est que nos vies ne seront plus jamais les mêmes. »

« Je prie pour que ce conflit cesse et que les familles soient réunifiées. »

Malgré la signature d’un accord de cessation des hostilités le mois dernier, les besoins humanitaires dans le pays demeurent élevés, alors que le nombre de personnes déplacées à cause des violences augmente dans les États du Haut-Nil, de Jonglei et de l’Unité. Le nombre de familles signalant des enfants disparus a considérablement augmenté, notamment dans les zones affectées par le conflit.

L’UNICEF a besoin de 75 millions de dollars des É.-U. pour ses programmes au Soudan du Sud en 2014.


*Les prénoms ont été modifiés.

 

 


 

 

Photographie : Photo de la semaine

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