Soudan du Sud, République du

Réunir les enfants avec leurs familles au milieu de la violence au Soudan du Sud

Des centaines d'enfants du Soudan du Sud ont été séparés de leur famille, mais un système de recherche des familles vise à les rapprocher.  Télécharger cette vidéo

 

Par Sarah Crowe

Le 21 février, l’UNICEF a lancé son rapport Action humanitaire pour les enfants 2014. Cet appel mondial regroupe les besoins des personnes vivant dans les environnements les plus difficiles – qu’il s’agisse de situations d’urgence à grande échelle faisant les gros titres dans le monde, ou de crises moins visibles mais pas moins urgentes qui menacent la vie et le bien-être des enfants et des femmes.
 
Avec l’objectif de fournir une aide cruciale à 85 millions de personnes, dont 59 millions d’enfants, ce rapport représente le plus grand appel humanitaire jamais lancé par l’UNICEF – 2,2 milliards de dollars des É.-U. au total – reflétant l’impact accru des catastrophes naturelles et des situations d’urgence sur les enfants dans le monde.

Dans un contexte de déplacements de population à grande échelle et d’insécurité au Soudan du Sud, de nombreux enfants ont été séparés de leurs familles et de leurs communautés. Les réunir pose des problèmes considérables mais les efforts de l'UNICEF et de ses partenaires portent leurs fruits. 
 
JUBA, Soudan du Sud, 14 février 2014 – Loin de chez eux, en compagnie d'étrangers qui parlent une langue qu'ils ne connaissent pas, quelques garçons et filles jouent dans la poussière du Centre de bien-être de l'enfant à Juba. Ils font partie des centaines d'enfants perdus ou non accompagnés dans le chaos des combats acharnés qui se déroulent au Soudan du Sud.
 
Les forces gouvernementales ont sauvé ces enfants dans la ville de Bor, Etat de Jonglei, à environ 200 km au nord d’ici et les ont ramenés à Juba. Personne ici ne connaît leur nom ou leur âge exact. Les enfants parlent à peine arabe. Certains parlent le Murle, une langue minoritaire. La plupart ne disent rien.

« On les a ramenés ici. Ils étaient malheureux - ils ont beaucoup souffert. C’était vraiment très dur. Ils sont profondément traumatisés et malades. Ils ne savent même pas quoi faire, c'est pourquoi les travailleurs sociaux ici ont beaucoup travaillé pour les faire monter au niveau auquel vous les voyez maintenant », affirme Bishop Martin Moga, le directeur des services de protection de l'enfance à Juba. « Grâce à l'aide de l'UNICEF, notre partenaire, nous nous occupons de ces enfants, nous leur donnons des médicaments, de la nourriture et des vêtements. On leur fait prendre un bon bain et  ils dorment bien ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
A Juba, ces garçons ont été séparés de leurs proches. Les enfants non accompagnés courent le risque d’être victimes de la traite, de violences, d’une adoption illégale ou d’être sortis du pays.

Système de recherche des familles

Retracer leurs histoires et retrouver leurs familles, cela pose des problèmes considérables à un moment où plus de 700 000 Soudanais du Sud ont été déplacés à l'intérieur du pays et que près de 150 000 autres se sont enfuis dans les pays voisins.

Certes, un accord de cessation des hostilités a été signé le 23 janvier mais de nombreuses familles ont encore peur de rentrer chez elles. Environ 75 000 personnes ont trouvé refuge dans des bases de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud. Rien qu’à Juba, 245 enfants ont été enregistrés sous l’étiquette « séparé de sa famille et non accompagné par un adulte ».

Les besoins humanitaires sont énormes au Soudan du Sud, et d’importantes restrictions entravent l’aide des organismes humanitaires à destination de ceux qui en ont besoin. Jusqu'à présent, l'UNICEF a été en mesure d'atteindre seulement 300 000 personnes déplacées - moins de la moitié du total. Le manque criant de fonds, les fréquents pillages des fournitures et le manque d'accès aux zones touchées ont de graves conséquences sur l’acheminement de l’aide aux enfants et à leurs familles.

Au Centre de bien-être de Juba, l’UNICEF et l'organisation partenaire Non Violent Peaceforce ont mis en place un système de recherche des familles pour réunir des familles comme celle de Nyawal Rouah, 29 ans, de Bor, qui était très heureuse d'avoir retrouvé ses deux jeunes fils au centre.

«Il y avait un gros tank qui tirait des obus là où nous étions, se souvient-elle. J'ai attaché mes enfants ensemble afin qu'ils ne soient pas séparés l’un de l’autre et puis je suis allée à la maison prendre mon nouveau-né et des vêtements et à ce moment-là, mes deux garçons se sont enfuis, suivant ceux qui partaient en courant.  Mon mari est toujours porté disparu. Mais au moins, grâce aux gens du centre, j'ai mes enfants ».

Une question de temps

Alors même que les familles recherchent leurs enfants, la plus grande préoccupation pour les groupes de protection de l'enfance et de l'UNICEF, c’est que ces enfants non accompagnés risquent d’être victimes de la traite, de violences, d’une adoption illégale ou d’être emmené hors du pays.

«Dans une période délicate comme celle-ci, nous avons tiré les enseignements de toutes les situations d’urgence du monde entier. Nous savons ce qu’il ne faut pas faire, c’est-à-dire sortir les enfants de leur communauté, hors de leur pays », dit Cornelius Williams, conseiller en protection de l'enfance pour la région de l’Afrique de l’Est et australe  « Cela briserait les liens de ces enfants avec leurs communautés. Si nous trouvons leurs familles, ne serait-ce que leur famille élargie, ils partent. C'est un Etat qui a des lois, qui régissent la manière dont vous déplacez les enfants. »

Malgré les risques persistants, M. Williams est persuadé que l’on peut réunir les enfants et leurs familles.

«C'est juste une question de temps, avec la cessation des hostilités, avec le travail que nous faisons, la plupart de ces enfants seront de retour dans leurs familles », dit-il.


 

 

Le retour des violences inter-ethniques

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