Soudan du Sud, République du

Le premier nouveau-né après l'indépendance marque la naissance d’une nouvelle nation, le Soudan du Sud

Par Stephen Gray

DJOUBA, Sud-Soudan, 13 juillet 2011 – Au petit matin du 9 juillet, un choeur de cris perçants poussés par un groupe de femmes a retenti  dans le pavillon du service de maternité du centre hospitalo-universitaire de Djouba au Sud-Soudan ; bien loin d’être des cris de douleur de patientes du pavillon, ces cris étaient en fait une expression de grande allégresse.

VIDÉO (en anglais) : 10 juillet 2011 - le reportage de Simon Ingram de l'UNICEF sur les actions entreprises pour améliorer la santé des mères et des nouveau-nés dans la toute nouvelle République du Sud Soudan.  Regarder dans RealPlayer

 

Comme les milliers de gens qui se sont rassemblés dans les rues à l’extérieur de l’hôpital, ces femmes célébrent une nouvelle naissance. Quelques instants auparavant, le Sud-Soudan était officiellement devenu le plus récent pays indépendant du monde – et elles aussi fêtent un évènement marquant – la venue au monde du premier enfant né après la proclamation de l'indépendance. Lui aussi portera le nom « Independence ».

Independence Moses Spina est né juste après minuit heure locale ce samedi à Djuba, la capitale de la nouvelle république. Peu après la naissance, sa mère, Joséphine Spina, 24 ans, encore allongée sous la pâle lumière des néons de la salle d’accouchement, s’est trouvée entourée des membres de sa famille, des sages-femmes, des infirmières et de témoins amicaux de l’évènement. Son enfant nouveau-né reposait sur sa poitrine enveloppé d’une couverture, les yeux à peine ouverts. Mère et enfant sont épuisés.

Des enfants en danger

Quel sentiment inspire à Joséphine Spina la première naissance enregistrée par la nouvelle République du Sud-Soudan ? Satisfaction et fatigue se lisent sur son visage. Elle se déclara simplement « heureuse ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sud Soudan/2011/Ashleigh
Joséphine Spina présente fièrement son enfant nouveau-né qu’elle a nommé Independence Moses en honneur de l’accession à l’indépendance d’une nouvelle nation : le Sud-Soudan.

Joséphine Spina et Independence représentent un microcosme des défis auxquels fait face le Sud-Soudan à l’aube de cette ère nouvelle. Joséphine Spina, une ex-enfant soldat, est entrée dans les rangs de l’Armée populaire de libération du Soudan à l’âge de 14 ans. Aujourd’hui, elle travaille pour le service de protection de la faune après avoir participé à un programme de désarmement, démobilisation et réinsertion sociale.

Independence, son second enfant, est né dans un pays où un enfant sur neuf meurt avant d’atteindre l’âge de cinq ans, où plus de la moitié des filles sont mariées avant l’âge légal, et où le risque de recrutement dans des forces armées avant l’âge adulte reste élevé.

« Le Sud-Soudan est encore un des endroits les plus dangereux du monde où naître, déclare le Dr Yasmin Ali Haque, représentante de l’UNICEF au Sud-Soudan. La survie et le développement représentent d’énormes défis ».

L’État civil : un droit

Mais bébé Independence a de la chance. En passant une loi sur l’enfance en 2008, le futur gouvernement du pays s’est engagé à améliorer l’accès aux services de base pour ses citoyens les plus vulnérables. Une des dispositions fondamentales de cette loi est l’enregistrement universel des naissances. À la différence d’environ les deux tiers de ses compatriotes, Independence Moses Spina est officiellement enregistré comme citoyen du Sud-Soudan.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sud Soudan/2011/Ashleigh
Une sage-femme du centre hospitalo-universitaire de Juba présente à sa mère Independence Moses Spina qui vient de voir le jour un peu après minuit le 9 juillet 2011, une naissance qui a coïncidé avec l’accession officielle à l’indépendance du Sud-Soudan.

« L’enregistrement de la naissance est un droit humain fondamental. Il vous attribue citoyenneté et identité. Il prouve que vous existez », explique Fatuma Ibrahim qui dirige le service de protection de l’enfance du Sud-Soudan.

Face à un nombre aussi considérable de priorités concurrentes, pourquoi le gouvernement et ses partenaires se préoccupent-ils autant de l’enregistrement des naissances ? Parce que le travail des enfants, les mariages précoces et le recrutement d’enfants soldats restent des questions importantes au Sud-Soudan – et pour que le gouvernement puisse faire face à ces problèmes, l’état civil de chaque enfant doit permettre de connaître clairement et officiellement son âge.

L’enregistrement des naissances aidera aussi les autorités à planifier les infrastructures et les services dont le pays à besoin. « Comment pouvez-vous faire des projets pour l’avenir de citoyens qui n’existent même pas ? » demande Fatuma Ibrahim.

Mettre en place des services à l’échelle nationale

Cependant, sensibiliser à l’importance de l’enregistrement des naissances reste un défi. À terme, des services d’état civil fiables devront être rendus accessibles dans tout le pays.
Profitant de sa large expérience acquise dans d’autres pays, l’UNICEF travaillera avec ses partenaires pour aider la nouvelle administration à étendre les services de déclaration et d’enregistrement des naissances aux hôpitaux, aux jardins d’enfants, et aux localités qui offrent des services d’accouchement traditionnels à travers tout le Sud-Soudan.

Mais il reste beaucoup de travail à faire : avant que ces services puissent être offerts dans tout le pays, des méthodes d’enregistrement informatisées efficaces doivent être mises en place, de plus, il est nécessaire de former les soignants et des officiers d’état civil, ainsi que de mener de vastes campagnes de sensibilisation pour encourager la déclaration des naissances.

De retour dans la salle d’accouchement, Joshéphine Spina se repose, fière d’être la mère du premier nouveau-né du nouveau pays. Comme beaucoup d’autres et comme le pays lui-même, elle a dû lutter pour se donner une nouvelle identité ; aujourd’hui on espère qu’Independence et les autres enfants ne connaîtront pas les mêmes difficultés.


 

 

vidéos OneMinutesJr.

18 jeunes du Sud Soudan participent à un atelier de l'UNICEF en 2010 et réalisent des vidéos d'une minute sur le thème, "Peace in My World" (La Paix dans mon monde). 
Voir ici.
(lien externe, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Recherche