Somalie

Journal de terrain : une mère en deuil à Mogadiscio

Il y a un an, le 20 juillet 2011, les Nations Unies déclaraient la famine dans deux régions du sud somalien, le point chaud de la crise humanitaire qui s'installait dans la Corne de l'Afrique. Après un élan de solidarité internationale, la famine s’est achevée en février 2012, et des vies innombrables ont pu être sauvées à travers la région. Mais huit millions de personnes en Somalie, Éthiopie, et Kenya continuent d’avoir besoin d’une aide humanitaire, et les efforts de l‘UNICEF pour leur venir en aide continuent. A Mogadiscio, le journaliste indépendant Abdikhaadir Abdulle, nous dresse un portrait de la situation désespérée de ces personnes.

Par Abdikhaadir Abdulle

MOGADISCIO, Somalie, 23 juillet 2012 – À 50 ans, Kaltuumo Abdi Ibrahim a laissé toute une vie derrière lui. Après que la sécheresse a tué ses animaux et détruit ses récoltes, elle a quitté son village de Dahar où elle était fermière agropastorale pour la capitale.

Vidéo (en anglais) : un an après que la famine a ravage des parties de la Corne de l’Afrique, des femmes et des enfants qui ont été déplacés par la sécheresse dévastatrice racontent leur histoire.  Regarder dans RealPlayer

 

Pour sauver ses six enfants ainsi qu’elle-même, elle est partie pour Mogadiscio où se situe le Gouvernement fédéral de transition. Pendant la crise, beaucoup sont venus ici de tout la région sud pour trouver de l’aide et la sécurité. Cinq des enfants de Kaltuumo n’ont pas survécu.

« Safiyo et Mohamed sont morts une fois arrivés en ville, tandis que Fatuma et Ali sont décédés pendant le voyage, et je ne sais rien du sort du cinquième », dit-elle. « Ma vie est dévastée et je n’ai rien pour soulager ma peine ».

À peine assez à manger

Quand j’ai rencontré Kaltuumo, elle était dans un triste état. C'était aux alentours de 10h00 du matin par une journée accablante de chaleur de janvier 2012. Elle portait de vieux vêtements sales, et appuyée sur sa canne semblait maladive.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Somalie/2012
Kaltuumo Abdi Ibrahim a été obligée de venir dans la capitale, Mogadiscio, après que la sécheresse a tué son bétail, détruit ses récoltes et provoqué la mort de cinq de ses six enfants.

Elle vit avec sa dernière fille survivante dans un abri fait de plastique et d’herbes qui les couvre à peine de la pluie et du soleil, dans un camp installé dans l'ancienne Université de Gahayr. Elles ont à peine de quoi manger.

« J’ai perdu mes enfants, et pourtant la même faim à laquelle j'ai essayé d'échapper persiste autour de moi », raconte Kaltuumo. J'espérais et j’espère toujours une certaine assistance qui allège mes terribles difficultés, pourtant je reste dans le froid et dans l'obscurité sans aide », m’a-t-elle dit.

« C’est trop douloureux »

Quand je lui ai demandé ce qu’elle allait faire maintenant, elle m’a répondu que sans bêtes à élever elle ne pouvait pas retourner dans sa ferme. Elle demande à tout sympathisant de l’aider – elle voudrait recommencer à élever des vaches.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Somalie/2012
Une personne déplacée debout dans un camp de Mogadiscio en Somalie. Des dizaines de milliers de Somalis ont dû quitter leurs foyers quand la famine a frappé en 2011.

Néanmoins, rentrer un jour chez elle reste une perspective lointaine.

« Continuer à vivre où mes enfants sont morts – est trop douloureux », dit-elle.

Kaltuumo Ibrahim fait partie de la dizaine de milliers de personnes déplacées qui sont arrivées à Mogadiscio pendant la famine en 2011, et qui demeurent aujourd’hui dans des camps autour de la ville. Bien que la famine soit terminée, un tiers de la population du pays, 2,5 millions de personnes, continuent d’avoir besoin d’une aide humanitaire.


 

 

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