En bref : Sierra Leone

S’accommoder d’un héritage de violence en Sierra Leone

Image de l'UNICEF
© UNICEF Sierra Leone/2006/Crowe
Des enfants malentendants dans un couvent de Sono, Sierra Leone. Leur couvent fut capturé par les rebelles pendant la guerre.

Par Sarah Crowe

MAKENI, Sierra Leone, le 15 juin 2006 - La guerre de dix ans qui a sévi en Sierra Leone et a causé 50 000 morts a été une des plus brutales d’Afrique. Les atrocités commises à l’encontre des femmes et des enfants étaient monnaie courante. La guerre a changé les enfants en machines à tuer sous l’emprise de la drogue et leur a donné un pouvoir bien supérieur à celui de leur âge.

« On a donné à ces enfants des postes élevés. On les appelait « Colonel », ou « Général », et le pouvoir leur a monté à la tête » déclare un des responsables de la protection de l’enfance de l’UNICEF, Michael Charley.

Alors que la communauté internationale commémore demain la Journée de l’enfant africain, le thème de cette année : « Arrêtons la violence contre les enfants » revêtira une signification particulière pour les enfants de Sierra Leone.
 
Fantômes de la guerre

La Journée de l’enfant africain honore la mémoire et la courage des enfants sud-africains tués et blessés au cours du soulèvement de Soweto en 1976, où des centaines d’étudiants sont descendus dans la rue pour protester contre la qualité inférieure de leur éducation et exiger le droit de recevoir un enseignement dans leur propre langue.

Trente ans plus tard, cette célébration annuelle est l’occasion d’une réflexion sur les progrès accomplis dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’égalité et de la protection de tous les enfants du continent.

Pendant la guerre en Sierra Leone, 10 000 enfants ont été enrôlés de force comme porteurs ou combattants et les filles ont été en plus soumises à des abus sexuels d’ « épouses des maquis ». Peu de temps après la fin de la guerre en 2002, l’étendue réelle de cet épouvantable héritage a été révélé au cours des débats de la « Commission de la Sierra Leone sur la vérité et la réconciliation » (TRC), créée en gros sur le modèle du Comité sud-africain sur les crimes de l’apartheid.

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La guerre civile peut être finie en Sierra Leone, mais la société reste imprégnée de violence.

Bien que la majorité des crimes commis contre les enfants et les femmes en Sierra Leone soit à imputer aux rebelles du front révolutionnaire uni, les combattants des milices en ont commis eux aussi une grande partie. Partout, les fantômes de la guerre hantent les survivants.

Des enfants qui prennent la réalité à bras-le-corps

Le pardon  en échange de la vérité, tel est le thème central des travaux de la TRC. Le combat pour la justice est permanent alors que l’ex-Président libérien Charles Taylor languit dans une cour de justice des Nations Unies à Freetown, à attendre d’être traduit en justice pour crimes de guerre à La Haye.

La TRC semble bien avoir pansé certaines blessures, mais les traumatismes subis par les enfants sont invisibles.

« Les rebelles sont venus dans tous les villages parce qu’ils voulaient multiplier leurs armes de guerre. Ils ont enlevé ces enfants, les ont formés à leur rôle de rebelles et les ont drogués », indique l’évêque Joseph Humper, chef de la TRC.

« Maintenant, ces enfants retournent dans la société et prennent à bras-le-corps la réalité de leur enfance », ajoute-t-il. « On les a privés de leur éducation, ils ont perdu un stade crucial de leur développement psychologique général par lequel ils devaient passer pour devenir des personnes responsables ».

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Adama Kamara a été enlevée pour devenir « épouse du maquis » pendant la guerre en Sierra Leone. Elle apprend maintenant un métier dans ce centre Caritas soutenu par l’UNICEF.

La violence dans l’ombre

Au couvent Makeni pour les malentendants, un garçon de 17 ans se tient devant un de ses camarades de classe et dessine un AK-47. Il ne sait pas parler, n’entend pas, mais communique tout de même ce qui lui est arrivé pendant la guerre. Il montre sa tête, indique qu’il a été drogué et gesticule comme s’il tirait des coups de feu.

Tous les enfants qui se trouvent ici ont éprouvé des années de peur indicible, et certains d’entre eux ont été des tueurs

De nos jours, au Sierra Leone, les signes de la paix montrent résolument la direction d’une ère nouvelle : « la guerre non-non, la paix on aime ». Mais la violence contre les enfants est toujours tapie dans l’ombre. Des cinémas de quartier montrant des scènes d’extrême violence et de viol prolifèrent dans les ruelles animées de Freetown et d’autres villes. Comme les places sont très bon marché, les rangées sont pleines de petits enfants.

Toutefois, pour la première fois dans l’histoire de la Sierra Leone, quelqu’un est là pour s’occuper de ces enfants. Discrètement installés dans les hôpitaux, de nouveaux centres ont été mis sur pied pour aider les jeunes victimes d’abus sexuels – mais le financement de ces centres reste aléatoire.

La plupart des viols ne sont pas signalés, mais pour ceux qui ont le courage de demander réparation aux termes de la loi, il y a ici des policiers en civil qui porteront leur plainte à l’attention des unités de soutien familial rattachées aux postes de police.

Bien que peu de ces poursuites arrivent jusqu’aux tribunaux, la Sierra Leone commence à prendre au sérieux les mauvais traitements dont ses enfants sont victimes. La justice cependant, la vraie, est encore loin de régner en maître.   

Contribution de Sabine Dolan, de New York.


 

 

Vidéo (en anglais)

15 juin 2006:
La correspondante de l’UNICEF Sarah Crowe évoque la tradition de violence qui affecte la vie des enfants de la Sierra Leone après la guerre.
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