En bref : Sierra Leone

Histoires vécues

Les enfants de la Sierra Leone racontent leur version de l’histoire

Image de l'UNICEF
© UNICEF/ Sierra Leone/ Alusine Savage 2004
Albert, l’un des nombreux enfants témoins d’atrocités lors du conflit de la Siera Leone, a pu raconter son histoire devant la Commission de la Vérité et de la Réconciliation.

La Situation des enfants dans le monde 2005 va être publiée le 9 décembre. Dans les semaines précédant la publication du rapport, nous allons présenter une série d'histoires qui montrent à quel point la pauvreté, les conflits et le VIH/SIDA affectent les enfants dans leur vie.

Les enfants ont été au coeur de la guerre civile qui a sévi en Sierra Leone. Ils ont été témoin de violences atroces, soumis à toutes sortes de traitements barbares et, dans de nombreux cas, contraints de devenir eux-mêmes des combattants. Viols, mutilations, prostitution forcée, tueries insensées, tout cela faisait partie de leur vie quotidienne. La guerre les a privés d’éducation et confrontés, dès leur plus jeune âge, à l’expression la plus brutale de la cruauté humaine, brisant définitivement leur enfance.

« J’habitais Soldier Street, dans le centre de Freetown, juste à côté du Parlement et de la « Maison de l’État », où se trouvait alors le bureau du Président, raconte Albert*, 17 ans. Pendant l’invasion des rebelles, le 6 janvier 1999, nous étions dans l’œil du cyclone. ».

Albert se souvient de la façon dont les rebelles se servaient des civils comme de boucliers humains, les obligeant à frapper aux portes de leurs voisins pour les faire sortir de chez eux. Ceux qui s’en laissaient convaincre étaient immédiatement assassinés. D’autres se faisaient enlever et servaient ensuite de porteurs aux bandes armées. Il se souvient aussi d’un jour où les rebelles avaient demandé aux gens de sortir de leur maison pour participer à une manifestation en faveur de la paix, à la suite de quoi ils les avaient massacrés au lance-grenades et au mortier.

Beaucoup de maisons, dont celle d’Albert, avaient été réduites en cendres. « Nous nous étions réfugiés dans l’église, derrière chez nous, raconte-t-il. Les rebelles croyaient que nous étions restés dans la maison. Ils y ont mis le feu, ils voulaient nous brûler vifs. ».

L’obligation de rendre des comptes

Suite à la signature des accords de paix de Lomé en 1999, une Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a été établie en Sierra Leone pour faire la lumière, en toute impartialité, sur les violations des droits de l’homme perpétrées pendant la guerre civile. Elle devait remettre son rapport et faire des recommandations au gouvernement afin de prévenir la résurgence des conflits armés. Les Commissions Vérité et Réconciliation sont désormais l’une des options classiques dans la palette des alternatives judiciaires de transition pour les pays qui tentent de gérer les séquelles d’années de guerre et de répression. Vingt-cinq de ces commissions ont aidé à panser les blessures dans des pays comme l’Argentine, le Salvador, l’Afrique du Sud, la Serbie-et-Monténégro et Sri Lanka. Mais la Commission de Sierra Leone a joué un rôle exemplaire, car elle a été la première à attacher une attention particulière aux témoignages des enfants qui avaient tant souffert du conflit.

Reconnaissant que les enfants avaient été parmi les principales victimes de la guerre civile et que leur participation était indispensable au travail de réconciliation, les membres de la Commission ont mis en place des mesures visant spécifiquement à ce qu’ils se sentent en sécurité lorsqu’ils racontent leurs épreuves. Les enfants de la Sierra Leone ont donc pu participer à son travail d’enquête grâce à des auditions spéciales et à des sessions à huis-clos, dans un environnement où ils pouvaient parler sans crainte, tout en bénéficiant d’un soutien psychologique.

Enhardis par l’expérience et conscients de leurs responsabilités, ils ont demandé que soit rédigée, spécialement à leur intention, une version pour enfants du rapport de la Commission. Elle a été élaborée en partenariat avec l’UNICEF et la Mission des Nations Unies pour la Sierra Leone. Les enfants ont participé à ce travail, contribuant ainsi à donner forme à un rapport destiné à susciter des initiatives positives pour et par les enfants.

Albert s’est beaucoup impliqué dans ces efforts de pacification. « Un de mes amis est le président fondateur du Forum des Enfants sur Internet. Il m’a invité à rejoindre l’organisation, qui défend la cause des enfants en Sierra Leone, raconte-t-il. J’en suis le Secrétaire général sortant. Nous avons deux réunions par semaine. L’une où les représentants des enfants de l’ensemble du pays se rassemblent pour discuter des problèmes, l’autre au Ministère des affaires sociales, de la femme et des enfants. Au Ministère, ils nous écoutent, mais les choses avancent très lentement. En fin de compte, ce n’est pas grave. L’important, c’est de progresser, même à petits pas. »

Durant les travaux de la Commission Vérité et Réconciliation, Albert a entendu les témoignages d’enfants décrivant ce qui leur était arrivé pendant la guerre. « C’était extraordinaire, car les enfants racontent tout exactement comme ils s’en souviennent; ce qui n’est pas toujours le cas avec les adultes, explique-t-il. Le rapport officiel comporte beaucoup de mots savants que les enfants ne comprennent pas. La version adaptée aux enfants est différente. Elle est faite pour eux, pour montrer l’impact de la guerre sur la vie des enfants de façon à ce que ça ne se reproduise jamais. »

Aujourd’hui, la vie est redevenue presque normale pour Albert et sa famille. Il étudie l’histoire à l’Université de Sierra Leone et fait des projets d’avenir.

*Les noms ont été changés.


 

 

La situation des enfants dans le monde 2005

Pour en savoir plus sur le contenu du rapport de cette année et lire les histoires qui montrent à quel point la pauvreté, les guerres et le VIH/SIDA affectent les enfants dans leur vie quotidienne.

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Le saviez-vous...

Pourcentage d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale modérée et grave : en Afrique subsaharienne, 29; au Moyen-Orient et Afrique du Nord, 14; en Asie du Sud, 46; en Asie de l’Est et Pacifique, 17; en Amérique latine et dans les Caraïbes, 7; et en ECO/CEI, 6.

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