Serbie

Un atelier de photographie donne aux enfants roms et serbes un aperçu de la diversité

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© UNICEF 2013/Serbia/Pirozzi
« Je ne savais pas que la photographie pouvait être si puissante, » a déclaré Kristijan Memisevic, 18 ans. Ici, il photographie un jeune Rom devant son domicile dans le cadre de l’atelier de photographie à Pirot, en Serbie.

Par Ruth Ansah Ayisi

PIROT, Serbie, le 25 octobre 2013 – Branislav Jasarevic s’agenouille à la hauteur d’un groupe de jeunes enfants vêtus d’habits usés, se tenant à l’entrée de leur petite maison.

« La famille ne vit pas dans des conditions décentes », explique Branislav. Les fossettes qui illuminent habituellement son visage disparaissent parce qu’il est ému par ce qu’il voit. Le foyer n’a ni eau courante, ni électricité.

Branislav, 14 ans, est photographe. Sa ville natale, Pirot, l’une des plus grandes municipalités du sud-est de la Serbie, est bordée de montagnes spectaculaires, mais Branislav préfère se concentrer sur la pauvreté critique d’une famille rom de son quartier.

En entrant dans la maison de la famille, Branislav ajuste les rideaux pour faire entrer un peu de lumière dans l’une des deux pièces peu équipées qui abritent les parents et leurs cinq enfants.

On dirait qu’il prend des photos depuis des années, mais il vient en fait d’apprendre à utiliser un appareil photo.

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© UNICEF 2013/Serbia/Pirozzi
Mila Ćiric (à gauche) et Irena Vučic, toutes les deux âgées de 14 ans, prennent des photographies dans une communauté rom à Pirot, en Serbie. Elles faisaient partie des 19 participants de l’atelier de photographie, organisé par l’UNICEF avec l’appui de Sony.

Aussi simple que possible

Branislav essaie de mettre en application les conseils donnés par son professeur, Giacomo Pirozzi, lors d’un atelier de cinq jours organisé par l’UNICEF. En suivant les conseils de Giacomo Pirozzi, Branislav interroge la famille afin de pouvoir rédiger des légendes pour ses photographies.

« La photo doit être aussi simple que possible, pour qu’elle vous touche », explique Giacomo Pirozzi aux participants, âgés de 11 à 18 ans. Ils sont tous d’origine rom et serbe, et 14 des 19 participants sont des filles.

Le premier jour de l’atelier, Giacomo Pirozzi montre aux enfants des photographies qu’il a prises dans le monde entier. Il demande aux enfants leur avis sur les images, qui mettent en avant la diversité culturelle ainsi que des sujets difficiles comme la guerre, le VIH/sida et la famine.

« En voyant ces images, ils peuvent aussi apprécier les expériences d’autres personnes », explique Giacomo Pirozzi.

Kristijan Memisevic, l’un des participants, acquiesce. « Je ne réalisais pas que la photographie avait tant de pouvoir », explique-t-il.

Le droit de communiquer

Giacomo Pirozzi a dirigé plus de 30 ateliers de photographie pour les enfants dans le monde. Celui-ci s’inscrivait dans le cadre d’un projet de l’UNICEF intitulé EYE SEE, mené en partenariat avec Sony. Il s’agit du premier atelier de ce type réalisé en Europe.

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© UNICEF 2013/Serbia/Memisevic
L’atelier a permis aux participants de s’exprimer et de montrer des exemples de diversité culturelle à travers la photographie. Kristijan a photographié les voisins d’un des participants à l’atelier.

Jadranka Milanovic, responsable de la communication de l’UNICEF en Serbie, affirme : « L’atelier permet à un groupe diversifié d’enfants – notamment des Roms, qui figurent parmi les plus vulnérables et les plus exclus – d’appliquer leur droit de communiquer et de participer au développement d’une société interculturelle. »

Les Roms font partie des groupes les plus marginalisés en Serbie. Près de 50 pour cent d’entre eux vivent dans la pauvreté, principalement dans des implantations sauvages. Bien qu’en 2009 le gouvernement ait mis en place une politique d’éducation sans exclusion, l’achèvement de la scolarité est toujours limité,  atteignant seulement 63 pour cent chez les enfants en âge d’aller à l’école primaire dans les implantations roms.

« Pour faciliter l’intégration des enfants et des adolescents roms, l’UNICEF en Serbie se concentre sur l’identification et l’analyse des obstacles à l’intégration et sur le développement de méthodes pour les surmonter », explique Judita Reichenberg, Représentante de l’UNICEF en Serbie. « Pour l’instant, les résultats sont favorables : le niveau d’intégration des enfants roms s’est amélioré, ce qu’a bien démontré l’atelier photo avec la participation d’enfants roms et non roms ».

La discrimination n’est pas une bonne chose

Les photographies des enfants de l’atelier seront d’abord exposées à Belgrade, la capitale de la Serbie, puis dans sept municipalités du sud et de l’est de la Serbie, dont Pirot, où l’UNICEF met à l’essai des centres communautaires dans les communautés roms, en coopération avec les autorités locales et la société civile. Les centres communautaires sont censés constituer un point d’appui et fournir des services innovants aux enfants, aux adolescents et à leurs familles. Tous les centres ont défini l’éducation comme un axe prioritaire de leurs programmes.

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© UNICEF 2013/Serbia/Nencic
Kristina Nencic, 14 ans, a photographié Andjela, 4 ans, dans un établissement de Rom. « Sa famille est pauvre, et elle vient dans [ce centre communautaire] tous les jours pour apprendre quelque chose de nouveau et retrouver ses amis », explique Kristina.

Dans le centre communautaire de Pirot, où près de 150 enfants et jeunes des communautés serbe et roms participent à diverses activités, le lancement d’un club de photographie est prévu après l’atelier, grâce aux appareils photos donnés par Sony. Des cours de théâtre sont également prévus. Ils aborderont des sujets comme la discrimination via des jeux de rôle et des débats.

Zorana Djordjevic, 13 ans, participante à l’atelier, a bénéficié d’un soutien scolaire dans le centre communautaire. « Je venais au centre tous les soirs pour me faire aider avec mes devoirs », explique-t-elle. « Maintenant je me débrouille bien à l’école ».

Lorsqu’on les interroge sur leur expérience scolaire, certains enfants rom de l’atelier expliquent qu’il leur arrive de subir des brimades ou des taquineries.

« Je suis un enfant rom », affirme Branislav avec fierté. « Je suis trop populaire pour subir des discriminations, mais je connais des enfants roms qui en subissent. Nos photos peuvent faire réaliser aux gens que la discrimination n’est pas une bonne chose ».

Il marque une pause puis ajoute avec un large sourire : « je suis tombé amoureux de la photographie ! »


 

 

Photographie : Le point de vue d'un enfant

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