Rwanda

Au Rwanda, un centre abrite des victimes de la violence domestique

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© UNICEF Rwanda/2010/Williams
Dr Oreste Tuganeyezu, en dehors du centre Isange One Stop à Kigali, Rwanda.

Par Alexandra Williams

KIGALI, Rwanda, 15 février 2011 - Mary a été mariée pendant 17 ans avec un homme qui lui infligeait des sévices émotionnels et physiques. Elle est d'abord venue au centre Isange One Stop en octobre 2009, après que son mari l’eût battue, son bras gauche cassé. À l'époque, elle était tellement traumatisée qu'elle ne pouvait pas parler mais maintenant, à 32 ans, encouragée par l’amour de ses quatre enfants et le soutien capital du centre, elle va nettement mieux.

Créé en juillet 2009 par l'UNICEF, UNIFEM, l’UNFPA et d'autres partenaires, le centre One Stop Isange – Isange signifie « Soyez les bienvenus » en kinyarwandais - offre des services gratuits pour les rescapés de la violence familiale et de la violence sexiste. Le centre dispose d'une ligne téléphonique gratuite d'aide, offre des services de protection contre de nouvelles violences, et pour les enquêtes sur ces crimes, des soins médicaux et psychosociaux ainsi que le soutien et la collecte de preuves médicolégales.

« Mon mari était au chômage et il me torturait - et après mon départ, il m'a cherchée pour me dire qu'il allait me tuer », se souvient Marie. « Il a fait la même chose à mes enfants. La violence psychologique était monnaie courante dans notre couple. Il me disait que j'étais inutile, capable de rien et encore moins d’avoir un emploi. Je crains que mon fils de douze ans n’ait adopté ces traits de caractère de mon mari et qu’il ne soit violent avec sa femme un jour à son tour ».

Victimes d’abus sexuels

Le Dr Oreste Tuganeyezu est l'un des médecins qui ont soigné Mary au centre Isange.

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Une habitante de Kigali à l’extérieur du centre Isange One Stop, à Kigali, la capitale du Rwanda.

« J'ai vu beaucoup de situations très tristes », dit-il. « J’ai du mal à dormir la nuit quand je pense à cette fillette de deux ans qui a été violée. La famille a emmené l'enfant à notre centre récemment. L’intérieur de l'enfant était détruit, médicalement, elle souffrait d'une fistule, les voies urinaires avaient été écrasées, elle souffrait en plus d’infections ».

Selon un sondage, un tiers de toutes les femmes du Rwanda signalent qu’elles ont subi des violences depuis l’âge de 15 ans.

Les défis demeurent

Certes, le pays est en train de mettre en place un système pour protéger les enfants et les femmes de toutes les formes de violence, il a récemment adopté une loi contre la violence sexiste, créé des bureaux chargés de ces problèmes dans les postes de police du pays mais il sera difficile de reproduire le centre One-Stop Isange.

« La communauté des Nations Unies s’engage fermement à soutenir les efforts du  gouvernement du Rwanda pour mettre en place des mécanismes de prévention de la violence », explique Francesca Morandini, Chef de la protection de l'enfance pour l’UNICEF au Rwanda. « Le centre Isange a été très bien accueilli et sa charge de travail augmente de jour en jour, ce qui signifie qu’il y a de plus en plus de femmes qui en entendent parler et qui se sentent assez à l’aise pour se présenter ».

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Des gens attendent à l’extérieur du centre Isange One Stop à Kigali au Rwanda.

« Grâce au centre Isange One Stop, des femmes comme moi ont accès à des médecins et des psychologues qui peuvent nous écouter parler pendant longtemps des sévices subis, physiques et mentaux », affirme Mary. « J’en remercie Dieu tous les jours. Le centre m'a donné l'espoir - et un endroit où je peux entamer ma convalescence. Sans ce centre, je n'aurais rien ... même pas une vie digne d'être vécue ».

Restaurer la confiance en soi

Avec le soutien du centre Isange, Marie cherche à divorcer et elle voit un conseiller qui l’aide à retrouver confiance en elle pour qu'elle puisse recommencer à vivre et subvenir aux besoins de ses enfants.

« Il n'est pas toujours possible pour nous d'arrêter l'origine de la violence », explique le Dr Oreste, « mais dans le cas de Marie, notre personnel a retrouvé son mari. Il a refusé des séances d’aide psychologique, mais le fils voit un spécialiste. Pour beaucoup de femmes et d'enfants victimes, le simple fait de trouver un billet d’autocar pour venir au centre représente un énorme défi. Mais si des femmes comme Marie se sentent bien accueillies, cela signifie que nous faisons quelque chose de bien ».


 

 

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