En bref : Papouasie-Nouvelle-Guinée

La route de la justice juvénile est longue en Papouasie-Nouvelle Guinée

Image de l'UNICEF
© UNICEF PNG/2005/Pirrozi
Michael*, un jeune délinquant reçoit une éducation à Wewak Boys Town.

Le rapport sur La Situation des enfants dans le monde 2006 sera lancé le 14 décembre. Dans les semaines qui nous séparent de cette date, nous présenterons une série d'articles sur des enfants que les conflits armés, la pauvreté, le VIH/SIDA, des discriminations et inégalités de toutes sortes ont exclus de la société ou rendus invisible. Ces histoires sont celles de ces millions d'enfants dont les droits sont bafoués tous les jours.

WEWAK, Papouasie-Nouvelle Guinée - Michael*,  un orphelin de quinze ans qui n’a jamais eu la chance d’aller à l’école, purge une peine de privation de liberté de deux ans à Wewak Boys Town, centre de détention juvénile en Papouasie-Nouvelle Guinée, dirigé par les Frères du Sacré-Coeur.

Lors de son arrestation pour vol à l’étalage, Michael s’est fait tirer dans la jambe par un policier. « Alors que j’étais blessé et qu’ils m’emmenaient au poste de police, ils m’ont battu avec leurs armes et des tessons de bouteille », dit Michael en montrant une cicatrice sur son visage, près de l’œil. « Ils m’ont coupé ici. J’ai bien cru qu’ils allaient me tuer. » 

Il a été détenu pendant trois mois et n’a jamais reçu de soins médicaux. « Ce sont les autres garçons emprisonnés qui m’ont aidé », dit-il. « Je saignais beaucoup. Ils ont nettoyé mes blessures. Ensuite, deux garçons bien forts m’ont immobilisé. Ils ont sorti la balle de ma jambe avec un couteau et une fourchette pendant que je hurlais. » 

Le périple de pauvreté, de frustration et d’absence de scolarisation qu’a connu Michel est commun en Papouasie-Nouvelle Guinée, où de plus en plus de jeunes doivent abandonner l’école, en grande partie à cause de droits de scolarité élevés.  Faute de perspectives d’avenir, ils se marginalisent.
« La criminalité s’aggrave dans la capitale et dans d’autres parties du pays, et surtout les crimes violents,  et les enfants et les jeunes commettent environ 10 pour cent des délits », affirme Christina Anawe, seule juge de paix de la province de East Sepik.  « La responsabilité criminelle commence ici à l’âge de sept ans. »

Pas moins de 40 pour cent des jeunes, particulièrement des garçons de 14 à 18 ans, s’exposent à des démêlés avec la justice. Mme Anawe estime que la pauvreté, la migration vers les zones urbaines et l’effondrement de la cellule familiale sont responsables de l’augmentation des délits de mineurs. « La plupart de ces enfants ont peu d’éducation et viennent de familles désunies des agglomérations urbaines. »

La plupart des jeunes sont interpellés   pour de petits délits et se voient refuser leurs droits fondamentaux. « Lorsqu’ils se font arrêter, on les garde souvent en détention pendant de longues périodes sans qu’ils puissent parler à un agent de contrôle juvénile ou contacter leur famille », dit Bruce Grant, spécialiste de la protection de l’enfance à l’UNICEF.  « Ils peuvent être passés à tabac et se voir refuser l’accès aux services de santé. »

Michael est détenu à Boys Town depuis presque un an. Les centres de détention comme celui-ci respectent les normes internationales pour la protection des jeunes privés de libertés. Ils représentent une alternative à la prison et sont reconnus et parfois financés par le gouvernement.

 Le frère Simon Manuk déclare avoir constaté de grands changements chez Michael. « Lorsqu’il est arrivé ici, il était très timide et avait la nostalgie de chez lui. Il ne faisait rien de ce qu’on lui demandait. Tout ce qu’il faisait, c’était rester dans le dortoir. » Maintenant, Michael dit qu’il se sent chez lui à Boys Town, et il est heureux qu’on lui donne la possibilité d’aller à l’école.

Tous les garçons actuellement détenus à Boys Town disent qu’ils ont été battus par la police. Bien que la situation des détenus juvéniles s’améliore, beaucoup de personnes pensent que le changement n’est pas assez rapide. Ce sont les droits fondamentaux des enfants accusés ou soupçonnés d’un crime qui risquent plus d’être bafoués. C’est pour cette raison que l’UNICEF a adopté la promotion et la protection des droits de ces enfants comme une de ses priorités globales dans la protection de l’enfance.

Un groupe de travail sur la justice pour mineurs soutenu par l’UNICEF et composé de représentants de 21 grands organismes gouvernementaux et communautaires œuvre à l’établissement d’un système judiciaire d’ensemble fondé sur la justice réparatrice, les traditions mélanésiennes et les pratiques contemporaines de la justice pour mineurs.

Après l’adoption par le parlement d’une législation sur les tribunaux des jeunes (« JCA ») favorables aux enfants, il a fallu attendre 11 ans pour qu’elle soit appliquée, en janvier 2003.  La promulgation de la législation témoignait de l’engagement pris par le Gouvernement de Papouasie-Nouvelle Guinée vis-à-vis de la justice pour mineur et de la confiance qu’il a dans la capacité du groupe de travail à coordonner de manière efficace la mise en œuvre du processus de réforme.

Les délinquants mineurs sont à présent séparés du système judiciaire classique. Une politique d’ensemble a été mise en place, et un agent de police spécialement formé aux questions de la jeunesse est de garde dans tous les postes de police et à toutes les heures. AusAID a financé de nouveaux centres de réception dans certains commissariats importants pour que puissent s’y réunir les familles, les agents d’assistance sociale, les policiers et les délinquants mineurs eux-mêmes.  

Cette réforme en profondeur du secteur judiciaire a conduit à des changements significatifs dans la manière dont les enfants et les jeunes sont traités lorsqu’ils ont des démêlés avec la justice.  Une des interventions principales de l’UNICEF consiste à appuyer les efforts menés par le groupe de travail contre les exactions policières, de façon à ce que des enfants comme Michael puissent en être protégés.
« La principale difficulté », affirme Paija Peyape, une gardienne de prison qui travaille avec l’UNICEF sur le problème de la justice juvénile, « c’est maintenant d’éduquer les gens à tous les niveaux (celui des dirigeants communautaires, des parents, des agents de police) sur la manière dont il faut traiter les jeunes délinquants. Mais on a déjà commencé. » 

*il ne s’agit pas de son vrai nom


 

 

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