Pakistan

Alors que les victimes des inondations au Pakistan retournent chez elles, l’insuffisance de financement menace les prestations de services

Image de l'UNICEF
© UNICEF Pakistan/2011/Chaudhry
Nawo édifie un mur de boue séchée dans les ruines de sa maison, détruite lors des récentes inondations.

Par Raheela Chaudhry

PROVINCE DU SINDH, Pakistan, 20 décembre 2011 – Nawo ferme à moitié les yeux dans le soleil des premières heures du matin, alors que sa fille Sarita, âgée de trois ans, marche pieds nus dans la boue. Autour d’elles, des monceaux de ruines jonchent la terre encore meurtrie.

Cette maison figure parmi des centaines de milliers d’autres qui ont été détruites dans la province du Sindh par des pluies torrentielles en août et septembre. Il y aurait  4,8 millions de sinistrés, dont la moitié serait des enfants. Un bon nombre de sinistrés venaient à peine  de reconstruire leur vie après les inondations désastreuses de l’année précédente.

Une série de tragédies

Nawo a presque tout perdu dans les inondations de cette année.  La petite maison de boue séchée qu’elle partageait avec ses frères et soeurs a été détruite par la montée des eaux ;  il ne reste qu’une pièce.

Elle subvenait aux besoins de ses enfants en fabriquant et en vendant des draps traditionnels. À présent, elle passe ses journées à essayer de reconstruire la maison avant l’arrivée de l’hiver. Elle a dû envoyer son fils aîné de 12 ans, Mukesh, travailler comme journalier pour faire vivre la famille.

« J’ai essayé de sauver mes quatre enfants lorsque notre maison a été inondée, du fait des fortes pluies », raconte Nawo. « Nous avons eu la chance d’être récupérés par un bateau et nous avons fini dans un camp en bordure de la route ».

Mais même après le sauvetage, le sort s’est acharné sur la famille. Guddi, une fille de Nawo, âgée de cinq ans, a succombé, victime d’une maladie d’origine hydrique. « Elle a été prise de diarrhées et elle est morte dans mes bras », dit Nawo.

Nawo a profité des services offerts dans le camp où ils avaient trouvé refuge. Ce camp bénéficie de l’aide de l’UNICEF. Nawo et ses enfants qui avaient survécu ont été approvisionnés en eau potable et en trousses d’hygiène. Ils ont également profité de services en matière de santé et de nutrition. Et ce qui est peut-être le plus important, Nawo a figuré parmi le 1,2 million de personnes qui ont suivi des séances sur l’hygiène auxquelles l’UNICEF a apporté son concours. Elle a ainsi reçu des informations en vue de protéger ses enfants de la maladie et d’un assainissement insuffisant.

« La vie dans les camps était plus facile », dit-elle. « J’ai appris des choses sur la propreté et comment protéger mes enfants de maladies d’origine hydrique telles que la diarrhée. Mes enfants ont pu aller à l’école pour la première fois de leur vie ».

Mais ils sont maintenant de retour dans le village de Bachal Mangiro, où Nawo n’a plus accès à toutes ces aides.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Pakistan/2011/Chaudhry
Nawo soigne Sarita, sa fille de trois ans, qui souffre de diarrhées.

La lutte pour les ressources

Les services de base ont toujours été médiocres dans les villages reculés comme celui de Bachal Mangiro, et les inondations ont endommagé le peu d’infrastructures en place.
Alors que les familles rentrent chez elles, il est primordial qu’elles continuent à bénéficier des services dont elles disposaient dans les camps, afin de les aider à survivre à l’hiver rigoureux. Les foyers dont le chef de famille est une femme, comme celui de Nawo, figurent parmi les plus vulnérables et vont nécessiter un soutien supplémentaire.

En tant que mère seule sans éducation, vivant dans une société conservatrice où les hommes s’occupent de la plupart des affaires publiques, Nawo lutte pour obtenir les ressources qu’il lui faut pour reconstruire sa vie et sa petite entreprise.

« Nous vivons dans de très mauvaises conditions », confie  Nawo, tout en soignant sa fille Sarita, qui souffre à présent de diarrhées. « Les eaux de l’inondation sont encore devant notre porte, et nous n’avons pas grande chose à manger ni beaucoup d’eau potable, et il n’y a pas de médecin dans ce village ».

Pénurie de financements

L’UNICEF travaille avec ses partenaires locaux afin de fournir des services aux enfants qui rentrent chez eux après les inondations.

Jusqu’à présent, l’UNICEF a fait en sorte que près  de 800 000 personnes affectées par les inondations en 2011 – dont plus de la moitié sont des enfants – aient accès à de l’eau potable. Environ 14 300 latrines ont été construites, répondant aux besoins de 416 000 personnes, et 1658 centres d’enseignement provisoires ont été créés pour les enfants déplacés. Un bon nombre de ces services sont à présent  fournis dans des zones de retour, permettant ainsi aux enfants de continuer à avoir accès à une éducation de base, à l’assainissement et à des soins de santé, après avoir quitté les camps.

Mais il faut financer ces services, et l’UNICEF n’a reçu que 37 pour cent des 50,3 millions de dollars É.-U. nécessaires afin de répondre aux besoins immédiats des enfants et des femmes pendant cet hiver.

« Une seule grosse crue peut accabler ces pauvres communautés rurales pendant des années. Nawo et d’autres familles comme la sienne ont subi deux catastrophes de cette ampleur dans l’espace d’une année », rappelle Kristen Elsby, la Chef de la communication de l’UNICEF au Pakistan. « Sans les fonds nécessaires, nous ne pourrons pas fournir à ces enfants et à leurs familles les services de santé, d’assainissement et d’éducation dont ils ont besoin pour vivre en bonne santé, avec les possibilités d’améliorer leur existence et leur bien-être ».

Pour l’instant, Nawo est préoccupée par la santé de Sarita et l’avenir de Mukesh. En attendant de disposer d’une aide supplémentaire, elle protège ses enfants de la seule manière qu’elle connaisse : elle s’accroupit et façonne la terre avec ses doigts, faisant sortir du sol un nouveau mur en boue séchée.


 

 

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