Pakistan

Faciliter des mesures d’hygiène parmi les survivants du tremblement de terre

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© UNICEF Pakistan/2005/Marroquin
Mohammad Ishfaq, 7 ans, au premier plan, chante pour les enfants du camp de Havelian construit pour les rescapés du tremblement de terre au Pakistan, au cours d’une séance de promotion de l’hygiène avec Shana Hal, assistant à la santé publique.

Par Julia Spry-Leverton

MUZAFFARABAD, Pakistan, 15 février 2006 – Dans la région du Cachemire administrée par le Pakistan et dans la Province de la Frontière du nord-ouest (NWFP), plus de 136 000 rescapés du tremblement de terre vivent dans des camps. , où l’UNICEF a engagé deux nouveaux et importants projets afin de mettre en place des pratiques d’hygiène. La première consiste à leur donner des habitudes de propreté ; la seconde à fournir de l’eau chaude pour qu’ils puissent se laver même durant l’hiver.

Les conditions de vie dans le camp sont difficiles. Des familles de 10 personnes quelquefois vivent dans une seule tente. Beaucoup sont des montagnards habitués à vivre dans des villages reculés. Parmi les multiples changements auxquels ils doivent faire face, il y a l’obligation d’utiliser des latrines, chose qui n’entrait pas jusqu'alors dans leurs pratiques culturelles. On craint en effet dans ce contexte l’arrivée de maladies contagieuses – provoquée par le manque d’hygiène - et qui pourrait rapidement se transformer en épidémie. Les enfants sont les plus vulnérables – et toujours les premiers à succomber aux maladies, comme le choléra.

Fauzia Minallah, une jeune artiste spécialiste de conception graphique, originaire d’Islamabad, travaille dans le camp de Havelian, District de Mansehra. Pour cette campagne en faveur de l’hygiène, elle met ses talents de photographe à contribution.

« Je prends de photos qui montrent les mauvaises pratiques d’hygiène », dit-elle. « Par exemple, cuisiner sans s’être lavé les mains ou sortir des toilettes sans utiliser le savon et l’eau qui s’y trouvaient pourtant. Lorsque nous parlons aux communautés, on s’aperçoit que le message passe mieux si on leur montre des personnes qu’ils reconnaissent sur les photos.”

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L’artiste déambule dans le camp avec son appareil, prenant en photos des pratiques de bonne ou mauvaise hygiène. Elle peut ensuite en parler avec les habitants.

Un autre programme – se concentrant sur les enfants – a commencé près du camp de Jaba, où vivent 2 990 personnes. Muhammad Ishfaq, 7 ans, s’empare d’un mégaphone et chante les paroles d’un poème bien connu, Murgha. Les enfants suivent le rythme en frappant dans leurs mains.

Alors viennent les questions sur l’hygiène: « Pourquoi faut-il se laver les mains ? » demande Shana Hal, assistant à la santé publique. La plupart des enfants lèvent les mains et une petite fille répond distinctement : « Pour nous débarrasser des microbes ». Puis elle mime comment bien se laver les mains avec de l’eau et du savon.

« C’est plus facile d’avoir de l’influence sur les enfants, leurs habitudes ne sont pas encore trop ancrées », explique Shana.  « En plus nous savons qu’ils peuvent jouer un rôle capital dans leurs familles, lorsqu’ils rapportent à leurs parents chez eux de nouvelles connaissances et d’autres façons de se comporter. »

Avec de l’eau chaude on a plus envie de se laver l’hiver

« Contrairement à la plupart des urgences complexes, qui se passent sous les tropiques, ce tremblement de terre a eu lieu dans une partie du monde où l’hiver est extrêmement rigoureux », rappelle Bent Kjellerup, chargé des programmes d’eau et d’assainissement à l’UNICEF. Cela signifie qu’il existe peu de normes concernant la fourniture d’eau chaude en situation d’urgence.

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Une femme du camp de Thori près de Muzaffarabad ajoute de l’eau dans un cumulus d’eau chaude – le premier d’une soixantaine que l’UNICEF déploie en espérant qu’ils encourageront les rescapés du séisme à continuer de se laver pendant les durs mois d’hiver.

Le camp de Thori Park près de Muzaffarabad sera le premier camp disposant de salles de bains communes alimentées en eau chaude. Auparavant les aires sanitaires –séparées du reste du camp par de simples rideaux de plastique – n’avaient qu’un robinet d’eau froide. Alors que les températures plongent bien en dessous de zéro la nuit, les résidents du camp se lavaient de moins en moins.

Deux abris équipés de salles de bains chauffées ont également été construits à Hassa,  Afiz Abad.

Le docteur Herbert Raaijmakers, chargé des programmes de santé de l’UNICEF à Muzaffarabad explique : « Les dermatoses sont très courantes ici, ce qui est préoccupant. Les démangeaisons provoquées par la gale sont l’un des principaux problèmes des gens qui viennent nous voir. En leur donnant de l’eau chaude, on les aiderait à s’en débarrasser et en plus, on leur montrerait comment une bonne hygiène peut améliorer la santé de l’ensemble de leur famille ».

L’UNICEF étudie le moyen de produire de l’eau chaude à moindre coût en se servant des produits locaux. Le cumulus de Thori Park est un prototype chauffé au feu de bois. C’est le premier des 60 sur lesquels travaillent l’UNICEF et les organisations partenaires.

Après s’être lavés avec la moitié d’un seau d’eau chaude chacun, Sajid, 12 ans et Michel, 4 ans, s’en retournent, les cheveux trempés et le visage luisant de propreté, vers l’école du camp, installée sous une tente. « Avant, à la maison, nous prenions souvent des douches chaudes, mais c’est notre toute première depuis le tremblement de terre », dit Munir, 12 ans, tout en s’essuyant le visage et le cou avec une serviette.

Reportage sur le terrain de Javier Marroquin et Amita Kulkarni.


 

 

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