État de Palestine

Les enfants sont les plus touchés par la reprise des hostilités à Gaza

Par Catherine Weibel and Monica Awad

L’escalade de la violence à Gaza et Israël constitue une menace physique et mentale gravissime pour les enfants des deux côtés. Ils risquent d’en subir les conséquences à vie dans la mesure où leur sentiment de sécurité est ébranlé.

GAZA, le 14 juillet 2014 – Dans l’hôpital d’al-Shifa de la ville de Gaza, deux enfants de cinq ans sont allongés sur des lits. Noureldin et son cousin Kinan ont tous les deux été gravement blessés par des fragments d’obus après une frappe aérienne qui a détruit la maison de leur famille mardi soir. La mère de Noureldin venait de coucher les deux garçons lorsque le missile est tombé, la tuant ainsi que son mari, apparemment militant, ainsi que le père, la sœur et la grand-mère de Kinan.

Au total, six membres de la famille, âgés de 21 à 62 ans, ont été tués, et cinq gravement blessés, alors qu’ils prenaient le thé dans le jardin. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2014-0901/El Baba
Kinan, 5 ans, a été blessé lors d’une frappe aérienne israélienne. Ici, il est entouré de proches et de personnel médical dans le service de soins intensifs de l’hôpital d’al-Shifa dans la ville de Gaza, au sud de la bande de Gaza.

« Bondés de patients »

Noureldin a subi une opération de chirurgie abdominale; un fragment d’obus est toujours logé dans sa tête. Kinan a un fragment d’obus dans la main et une jambe cassée. « Ils sont conscients, mais aucun d’eux n’a prononcé un mot depuis la frappe aérienne, » explique une autre grand-mère. Elle ajoute qu’elle ne sait pas comment leur annoncer que leurs parents sont morts.

Pendant que les enfants se reposent, morts et blessés affluent au service de soins intensifs, accompagnés de leurs proches, en larmes.

« Le service est tellement bondé de patients que les médecins sont obligés d’en traiter  certains par terre, ou de renvoyer des blessés chez eux plus tôt que prévu, notamment des enfants, à cause du manque de lits à l’hôpital, » explique le spécialiste de la santé de l’UNICEF à Gaza Younis Awadallah. « Cela les met en danger. »

L’escalade de la violence à Gaza et Israël constitue une menace physique et mentale gravissime pour les enfants des deux côtés. Ils risquent d’en subir les conséquences à vie dans la mesure où leur sentiment de sécurité est ébranlé. Ne serait-ce qu’entre le 8 et le 13 juillet, au moins 35 enfants palestiniens âgés de 1 à 17 ans auraient été tués par des frappes aériennes sur Gaza, et au moins 296 auraient été blessés. L’enclave côtière est fermée, il est donc difficile pour les civils de fuir. En Israël, les tirs de roquettes de Gaza menacent aussi la vie des enfants israéliens.

« Il savait ce qui allait se passer »

Mohammed Jaber, neuf ans, se souvient d’avoir pris son argent de poche et d’être sorti avec sa sœur Ghina, cinq ans, après une longue journée estivale de jeûne, pendant le mois de Ramadan. « Mes parents ont essayé de m’empêcher de sortir, mais je m’ennuyais, alors nous sommes allés acheter des bonbons et des chips, » explique-t-il. Une fois dans la rue, dans le camp de réfugiés densément peuplé d’al-Bureij, il a entendu que les voisins avaient été avertis d’une frappe aérienne imminente. Mohammed s’est précipité chez lui. Il n’y a pas d’abris à Gaza, alors ses parents et leurs six enfants se sont réfugiés dans une chambre.

« Mohammed se souvient de la dernière guerre, il y a deux ans. Il savait ce qui allait se passer, » explique sa mère Mariam, en se souvenant que l’enfant, blanc de peur, s’était précipité pour couvrir sa tête et ses oreilles avec un oreiller. « J’ai cru qu’il allait s’étouffer, » raconte-t-elle. Tout à coup, l’explosion assourdissante a projeté des fragments d’obus et de verre à travers la pièce. « Tous mes enfants se sont mis à hurler. J’ai réussi à les calmer, mais ensuite ils étaient sous le choc; ils ne disaient plus un mot. »

« Depuis, Mohammed a recommencé à faire pipi au lit, et ma fille de 5 ans, Ghina, ne cesse de répéter ‘maman, notre maison va être bombardée’. Dès que son père sort, elle s’agrippe à lui. Elle a peur qu’il ne revienne pas si elle le laisse partir. » Mariam ne sait que dire à ses jeunes enfants. « Je ne peux pas leur dire la vérité, à savoir qu’il n’y a pas d’endroit sûr, et que nous ne pouvons pas partir. »

Aider les familles à la maison et à l’hôpital

Pour aider les enfants et les parents à faire face à la peur, à l’anxiété et au stress, cinq équipes d’urgence psychosociale appuyées par l’UNICEF ont commencé à effectuer des visites à domicile et dans les hôpitaux. Gérées par le Centre palestinien pour la démocratie et la résolution du conflit palestinien (PCDCR), partenaire de l’UNICEF depuis 2002, elles fournissent les premiers secours psychologiques.

« Ces équipes étaient sur le terrain dès le deuxième jour de l’escalade des combats, souvent dans des conditions dangereuses, » explique le responsable de la protection de l’enfance de l’UNICEF à Gaza Safa Nasr.

Mardi, quatre conseillers ont rendu visite à douze enfants dont les maisons ont été endommagées par une frappe aérienne à Rafah. Alors qu’ils se trouvaient avec eux, un appel téléphonique a averti que la maison était sur le point d’être visée à nouveau; ils ont tous fui quelques minutes avant cette seconde frappe aérienne. 

Depuis le début des hostilités, les équipes ont déjà réalisé 262 visites, atteignant plus de 302 enfants. De nombreuses autres visites sont prévues.


 

 

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