État de Palestine

Une solution rafraîchissante à la crise de l’eau de Gaza

Par Catherine Weibel et Sajy Elmughanni

À Gaza, l’approvisionnement limité en eau a longtemps été synonyme de prix élevés et de mauvaise qualité de l’eau pour de nombreux résidents, mais l’introduction de nouvelles installations de dessalement a permis un changement spectaculaire.

GAZA, État de Palestine, le 14 janvier 2014 – Tous les deux jours, Ramadan, un résident du camp de réfugiés de Nuseirat, avait l’habitude de porter des bouteilles et des bidons vides dans les petites allées du camp pour trouver un vendeur d’eau privé. Ne pouvant tout porter, ce père de cinq enfants emmenait avec lui quatre de ses jeunes enfants pour l’aider à porter davantage de bouteilles. Il dépensait l’équivalent de 10 dollars des É.-U. par mois en eau, une somme conséquente pour les familles démunies vivant dans cette enclave côtière.

Image de l'UNICEF
© UNICEF State of Palestine/2014/ElBaba
À l’extérieur de l’installation de dessalement de Rafah, un enfant boit de l’eau au robinet.

« L’eau du robinet est salée et non potable, » explique M. Al-Essawi. « Ce n’est pas juste ». Sa famille n’utilise l’eau du robinet que pour nettoyer et se laver.

« Je n’ai pas de travail, et j’ai besoin d’économiser autant que possible pour survivre et pouvoir nourrir mes enfants », explique-t-il. « Jusqu’à récemment, je ne pouvais me permettre d’acheter que le strict minimum d’eau, sans même savoir ce que buvaient réellement mes enfants. »

Un lourd fardeau

La situation en matière d’eau est particulièrement désespérée à Gaza : plus de 90 pour cent de l’eau extraite de l’unique aquifère du territoire s’est révélée impropre à la consommation humaine. Et il est estimé que quatre cinquièmes de l’eau vendue par les vendeurs privés est contaminée. Plus de quatre Gazaouis sur cinq  achètent leur eau potable à des vendeurs privés échappant à tout contrôle, un lourd fardeau pour des familles déjà appauvries.

« Certaines familles dépensent jusqu’à un tiers du revenu du foyer en eau, » explique June Kunugi, la représentante spéciale de l’UNICEF pour l’État de Palestine.

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© UNICEF State of Palestine/2014/ElBaba
« Nous payions presque 35 nouveaux shekels par mois (10 dollars des É.-U.) pour acheter de l’eau aux vendeurs. Mon mari n’a pas de travail et nous avons du mal à gagner de l’argent », explique Sabreen Al Essawi, 29 ans, qui peut désormais se procurer de l’eau potable grâce à une installation de dessalement récemment mise en place.

Ne disposant ni de ruisseaux ni de rivières, Gaza comptait historiquement sur son aquifère côtier pour s’approvisionner en eau. Mais l’eau ayant été extraite à un rythme plus rapide que celui de la réalimentation naturelle, de l’eau de mer de la Méditerranée a infiltré les eaux souterraines, faisant monter la salinité à des niveaux dangereux. À cela s’ajoute la contamination par les eaux usées non traitées, avec 90 000 mètres cubes d’eaux usées brutes ou partiellement traitées qui s’écoulent de Gaza dans les eaux côtières peu profondes. La surexploitation des eaux souterraines pourrait rendre l’aquifère inutilisable d’ici 2016, d’après un rapport récent des Nations Unies.

Une solution parfaite

Pour les plus pauvres des 1,7 millions de résidents de Gaza, il existe peut-être une solution : les installations de dessalement locales et les robinets publics gratuits qui distribuent de l’eau salubre. Le territoire dispose déjà de 18 petites installations, fournies pour la plupart par l’UNICEF. Avec l’appui du Gouvernement du Japon, l’UNICEF a installé trois unités de dessalement des eaux saumâtres (mélange d’eau douce et salée) permettant de traiter 50 mètres cubes par heure, et 10 unités permettant de traiter 50 mètres cubes par jour, qui, réunies, permettent un approvisionnement en eau potable salubre pour 95 000 personnes.

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© UNICEF State of Palestine/2014/ElBaba
Ramadan Al-Essawi, 38 ans, remplit ses bouteilles d’eau à l’installation de dessalement du camp de réfugiés de Nuseirat.

Avec l’appui de l’Union européenne, l’UNICEF est à présent en train de mettre en place une installation de dessalement de l’eau de mer pour traiter 6 000 mètres cubes par jour, qui bénéficiera à 75 000 personnes.

« Les unités de dessalement ont été installées là où la pollution des eaux est la plus élevée », explique Bilas Dongol, responsable du programme WASH de l’UNICEF dans l’État de Palestine. « C’est une solution parfaite pour Gaza, à condition qu’il y ait suffisamment d’électricité et de combustible pour alimenter les installations. » Gaza est actuellement affectée par l’une des plus graves crises de l’énergie depuis sa fermeture en 2007 limitant les mouvements de biens et de personnes vers et à partir du territoire.

Pour M. Al-Essawi et sa famille, la situation en matière d’eau s’est radicalement améliorée depuis la mise en place par l’UNICEF d’une installation de dessalement des eaux saumâtres qui profite à 15 000 refugiés vivant dans le camp de Nuseirat.

« Les résidents ont accès à l’eau potable une fois par semaine, ce qui leur permet de faire des provisions d’eau chez eux qui durent jusqu’au prochain approvisionnement, » explique Sabri Al-Faleet, de la municipalité d’Al-Nuseirat.

Ahmad Al-Essawi, le fils de Ramadan, âgé de 7 ans, est content d’être dispensé de la tâche de porter de lourdes bouteilles d’eau à travers le camp tous les deux jours. « Il fallait marcher longtemps avec mes sœurs dans le froid de l’hiver ou la chaleur de l’été », explique-t-il. « Maintenant nous pouvons tous nous concentrer sur nos devoirs ou jouer avec nos amis ».


 

 

Photographie : Les enfants détenus

 

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